Affaire Lyhanna. Un défilé pour réclamer une loi intégrale contre les violences sexuelles (L’Indep)

Depuis la mort de la petite Lyhanna, 11 ans, violée et tuée le 4 juin dernier, chaque lundi, pendant un mois, les rassemblements se sont succédé devant les tribunaux et le ministère de la Justice, agrégeant de nombreux citoyens et citoyennes aux militants des droits des femmes et des enfants.

Ce lundi 7 septembre 2024, Perpignan n’a pas failli à ce rendez-vous désormais ponctuel. D’autant qu’il coïncidait, à l’Assemblée nationale, avec le début de l’examen en commission parlementaire spéciale de « la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles » qui comporte 69 articles. Ainsi, une quarantaine de personnes se sont rassemblées au pied du Castillet, répondant à l’appel du Collectif Droits des femmes 66.

« De nouveaux droits ne suffiront pas sans les moyens de les rendre effectifs », assénait Camille, membre du Collectif. « Il faut 3 milliards d’euros pour financer cette loi essentielle ».

« Cette loi intégrale est essentielle », lançait une autre manifestante. « il faut davantage de prévention des violences, d’éducation à l’égalité et au consentement et renforcer la protection des victimes, la formation de professionnels et les moyens de la justice ».

Puis le cortège s’est mis en branle en musique et en slogans, empruntant le quai Vauban pour faire une halte symbolique devant le tribunal et s’arrêter ensuite devant la préfecture avant de se disperser.

Valérie Pons (L’Indépendant, le 8 septembre 2026)

« C’est une urgence absolue »… Après la mort de Lyhanna, des parents d’élèves de Perpignan agissent pour « faire bouger les choses » (L’Indep)

Depuis le 10 juin 2026, Ana Espinosa et l’association des parents d’élèves de l’école Jean-Jacques-Rousseau à Perpignan ont créé un carnet d’activités pour sensibiliser les familles à la prévention des violences sexuelles.

« Mon corps m’appartient ». C’est le nom du carnet d’activités mis en place par l’association des parents de l’école Jean-Jacques-Rousseau à Perpignan. Dans ce cahier d’une vingtaine de pages, des jeux informent les enfants sur leur corps et leur droit à l’intimité. Ana, une mère de deux enfants, est à l’initiative de ce carnet. « Il y a plusieurs années, j’ai assisté avec mon fils de 4 ans à une pièce de théâtre sur la prévention des violences sexuelles, au Mexique. À la suite de cette pièce de théâtre, j’ai fait une formation pour les parents sur la prévention des violences sexuelles. Ça permet d’apprendre à commencer à aborder le sujet avec des enfants. »

L’apprentissage par l’action

L’idée est donc claire : apprendre aux enfants comment réagir sous forme d’activités. « Vu que les enfants apprennent par le jeu, la façon la plus ludique de commencer à leur parler des violences sexuelles, c’est justement de faire des cahiers d’activités », explique Ana. Des systèmes ingénieux permettent de ne pas terrifier les enfants : un feu tricolore pour expliquer les parties intimes du corps, un labyrinthe qui mène vers des personnes de confiance, des mots croisés et enfin, un certificat qui félicite les enfants d’être allés jusqu’au bout du carnet. « Je pense que quand on fait réfléchir l’enfant par lui-même, c’est plus facile pour lui qu’il prenne ensuite des décisions », explique la créatrice du carnet.

Depuis sa création, il connaît un véritable succès : « Quand des parents utilisent cet outil, c’est aussi qu’ils sont un peu perdus pour savoir comment aborder cette question. Pour l’instant, on a eu de très bons retours, je suis contente ».

Une situation trop taboue

Selon Ana Espinosa, beaucoup de parents ne parlaient pas de ce sujet avec leurs enfants. « On a envie de les protéger de tout ce qu’il y a de plus difficile et moche dans le monde et donc, on évite de leur parler du sujet. Mais je me rends compte qu’en fait, on ne les protège pas du tout, parce qu’on est en train de faire comme si le problème n’existait pas. Les enfants sont donc encore plus vulnérables ».

Ce malheureux constat, la mère l’a souligné depuis la mort tragique de Lyhanna. « J’ai vu beaucoup de monde étonné que ça puisse arriver, même près d’ici, parce que Perpignan n’est pas très loin du Gers. Je me suis alors rendu compte que beaucoup de parents avaient tendance à éviter de penser à ça parce qu’ils ne veulent pas être confrontés à l’impensable ».

Depuis la mort de la jeune fille de 11 ans, cette mère et l’association de Jean-Jacques-Rousseau sont déterminées à agir « pour faire bouger les choses ». Pour eux, « c’est une urgence absolue. Parce qu’avant que cette petite fille ne se fasse tuer, il y avait beaucoup d’enfants, et il y en aura encore beaucoup qui se font agresser sexuellement ».

Ils espèrent donc maintenant pouvoir également aider de nombreuses familles, qui pourraient prévenir le danger avant qu’il se produise.

Noémie Becamel (L’Indépendant, le 18 juin 2026)

Le carnet est disponible gratuitement à cette adresse. Elle figure aussi dans la bio du compte Instagram de l’association @ape.jjrousseau66