Grève dans les cliniques : le combat continue (L’Indep)

Statu quo ce week-end dans les deux cliniques perpignanaises du groupe Elsan dont une partie des salariés sont en grève depuis le 24 avril.

Selon le syndicat CGT de la clinique Saint-Pierre, lors des négociations qui se sont tenues ce vendredi avec la direction, cette dernière a un peu fait évoluer ses propositions. Mais pas suffisamment pour convaincre les salariés de mettre fin au mouvement. Ce samedi matin, ces derniers ont décidé de reconduire la grève jusqu’à lundi matin. Tandis que du côté de la polyclinique Médipôle Saint-Roch de Cabestany, une nouvelle assemblée générale est programmée le même jour à 10 heures pour décider des suites de la mobilisation.

Pour mémoire, les salariés des deux cliniques réclament une amélioration de leurs conditions de travail, ainsi que des mesures destinées à maintenir leur pouvoir d’achat.

A. A. (L’Indépendant, le 10 mai 2026)

La CGT66 soutient les grévistes des cliniques ELSAN et appelle à la mobilisation

Madame, Monsieur,

Ce mardi 5 mai, Madame la députée Sophie Blanc a exprimé son « entier soutien aux personnels soignants mobilisés dans les cliniques privées du groupe ELSAN dans les Pyrénées-Orientales ». Dont acte.

La CGT66 rappelle que les salarié.es et grévistes des cliniques ELSAN n’ont rien à attendre de l’imposture du Rassemblement National.

Pour preuve, l’extrême droite dit soutenir celles et ceux réclamant une augmentation des rémunérations. En réalité, les propositions du Rassemblement National concernent un allégement des cotisations sociales payées par les employeurs, une défiscalisation des heures supplémentaires… En d’autres termes, une diminution du salaire socialisé, impactant ainsi directement le financement de la sécurité sociale (assurance maladie, retraite, famille…).

Pire, quand il s’agit d’augmenter les salaires minimaux, l’extrême droite s’y oppose et vote contre les propositions.

Ainsi, elle a voté contre l’augmentation du SMIC à 1.500 € ; contre l’indexation des salaires sur l’inflation ; contre l’encadrement des salaires, cela afin de satisfaire les intérêts du grand patronat et du MEDEF.

Quand le 20 avril dernier, les dirigeants du Rassemblement National se réunissent avec le MEDEF, ce n’est pas pour les convaincre d’augmenter les salaires et d’améliorer les conditions de travail des travailleurs et des travailleuses mais bien pour les soutenir dans cette entreprise de casse sociale et syndicale !

Pour rappel, sur notre département des Pyrénées-Orientales, le président du MEDEF66 n’est autre que Julien Coulomb, président de la clinique saint Pierre, qui depuis 2 semaines est perché dans sa tour d’ivoire et refuse toute négociation avec les grévistes.

ELSAN est le premier groupe de cliniques privées en France avec 217 établissements. Il a racheté des cliniques à la pelle, avant de tailler dans les salaires et les conditions de travail, pour rentabilité toujours plus grande pour ses actionnaires. De l’argent, il y en a mais il va directement dans les poches de fonds d’investissement et de banques. Ainsi le français Ardian et l’américain KKR sont les principaux actionnaires d’ELSAN et exigent une rentabilité accrue pour dégager des dividendes.

Actuellement, il y a une vingtaine de cliniques du groupe ELSAN en France qui se mobilisent par la grève et les débrayages dont 4 dans les Pyrénées-Orientales.

Les salarié.es en ont ras le bol et se mobilisent légitimement par la grève pour gagner l’amélioration de leurs conditions de travail afin d’assurer leurs missions de service public et de soin aux patients et contre la baisse de leurs salaires (non augmentation des salaires et absence cette de primes d’intéressement et de participation cette année alors que le groupe ELSAN dégage des bénéfices).

La CGT66 s’indigne d’un communiqué opportuniste et hors sol d’une élue Rassemblement National.

La CGT66 soutient les salarié.es au quotidien pour leur permettre de s’organiser afin de se mobiliser pour gagner sur leurs revendications.

Ce jeudi 7 mai, nous serons auprès des grévistes et des salarié.es des cliniques ELSAN pour une manifestation qui partira à 14h de la place de catalogne à Perpignan et nous appelons à son élargissement.

Dans l’attente que vous diffusiez ce communiqué de presse, nous vous invitons à couvrir ce rassemblement.

Cordialement,

L’Union Départementale CGT66

La polyclinique Méditerranée débraye : « Les primes, c’est avec ça qu’on vit » (L’Indep)

Hier matin, la grève s’est poursuivie pour les cliniques Saint-Pierre et Médipôle. Les personnels soignants se sont réunis autour d’une manifestation commune et ont entamé une marche vers la polyclinique Méditerranée (Elsan) pour rejoindre leurs collègues. Avant d’être reçus par lARS.

L’union fait la force et les personnels soignants des cliniques de Perpignan l’ont bien démontrer hier. Si Saint-Pierre et Medipôle Saint-Roch sont mobilisés depuis vendredi, la polyclinique Méditerranée, avenue d’Argelés-sur-Mer à Perpignan, a rallié le mouvement ce mercredi. En effet, un débrayage a eu lieu pendant 2 h pour « soutenir les collègues ».

« Nous sommes une petite structure. Nous sommes impactés sur le volet ressources humaines, l’absence d’un 13e mois et de congés de fractionnements. On se retrouve aussi à compenser les absences, comme en salle de naissance, à faire les consultations et d’autres activités. Donc aujourd’hui, on voulait marquer le coup », confie Alban, sage-femme.

Ainsi, les trois établissements regroupes, près de 250 personnes, scandaient leurs revendications devant l’établissement de maternité et de chirurgie : « Elsan t’es foutu, tes soignants sont dans la rue ». Avant que les déléguées syndicales, Valérie (Cfdt) et Florence (CGT) de la polyclinique Méditerranée ne prennent la parole pour exprimer leurs revendications: « Comme chez nos deux grandes sœurs, Saint-Pierre et Médipôle, nous avons des conditions de travail compliquées. Nous avons un bon dialogue social, nous sommes entendus, mais ce qu’on aimerait c’est plus d’actions. Nous attendons que l’ARS ou EIsan nous donne une enveloppe pour être considérés, au même titre que tous les personnels de l’établissement, dans tous les services. Aujourd’hui, on ne s’y retrouve pas dans nos soins », confiaient l’aide-soignante et l’auxiliaire de vie. Dans cette structure « familiale de 127 salariés », le personnel réclame une reconnaissance du travail, une prime financière ou un 13e mois, mais aussi des remplacements pendant les congés payés. « On en est à un point où certains préfèrent se reposer que d’être payé » ont-elles ajouté.

Avant qu’une salariée retraitée récemment de la polyclinique Méditerranée ne s’exprime : « C’est la première fois qu’il y a autant de monde à une mobilisation. Je suis à la retraite depuis un an et il faut continuer à se mobiliser: Il faut prendre en compte que les dividendes c’est aussi pour les personnels, pas que pour les actionnaires. Les primes c’est avec ça qu’on vit à la fin du mois ». Du côté des infirmières au bloc, comme Céline, Amandine et Astrid, elles témoignent: « Plus ça va et plus on nous enlève des avantages. On avait le droit à des congés de fractionnement(*), ce n’est plus le cas. Ou alors on nous impose la période à laquelle on doit poser. Tout ça pour que ce soit en période d’activité plus calme et éviter d’embaucher des remplaçants ».

À Médipôle, les déléguées syndicales expliquent que « la direction a décidé d’arrêter les négociations ». À la clinique Saint-Pierre, elles ont été à nouveau reçues en début d’après-midi par le directeur Julien Coulomb mais « il ne veut pas ouvrir les négociations tant que le service de chimiothérapie n’aura pas rouvert. Donc le dialogue est coupé ». Le mouvement se poursuit donc aujourd’hui pour ces deux établissements de santé.

Laura Morales L’Indépendant, le 30 avril 2026)

(*) Les congés de fractionnement donnent des jours en plus si une partie des congés est prise hors période légale.

« Poursuivre un dialogue social constructif et apaisé » à Médipôle

Valéry Folcher, le directeur de la clinique Médipôle Saint-Roch, a réagi ce mercredi soir. « Comme chaque année, la direction et les élus ont ouvert les Négociations annuelles obligatoires (NAO). Plusieurs réunions se sont déroulées avec un engagement de clore les NAO au plus tard le 30 juin 2026. À la suite de la dernière réunion du 21 avril, il avait été convenu de la tenue d’une nouvelle rencontre à fixer avant le 6 mai. Les organisations syndicales nous ont informés, le 23 avril, d’un mouvement de grève à effet le 24 avril à 5 h ». Il ajoute : « Ce mouvement soudain, alors que les négociations étaient encore en cours, a amené la direction à prendre les dispositions nécessaires et indispensables pour garantir la sécurité des patients hospitalisés et ceux nécessitant une prise en charge médicale urgente et non reportable. La direction réaffirme sa volonté de poursuivre un dialogue social, constructif et apaisé dans le cadre de ces NAO ».

L’ARS « en ordre de marche »

Franck Nivaud, directeur délégué départemental de l’ARS, réagit à la grève des cliniques. Ce mercredi, il a reçu les déléguées syndicales pour connaitre les raisons de cette mobilisation. « On suit avec attention les mouvements de grève et nous sommes en lien avec les directions pour la continuité des réquisitions afin d’assurer le service minimum. Des que le mouvement s’arrêtera, elles seront caduques. Nous avons proposé d’en mettre en place jusqu’à lundi prochain inclus afin que tout le monde ait une visibilité », confie Franck Nivaud, soulignant l’importance de maintenir un dialogue « au fil de l’eau » et lors d’épisodes « comme celui-ci ». Quant a la situation qui en découle sur le territoire, notamment celle aux urgence du centre hospitalier de Perpignan, il explique : « Ce qu’il s’est passé lundi, pour les pompiers et ambulances, c’était une conjonction de facteurs. Mais le centre hospitalier prend toutes les mesures qu’il faut. Il ne faut pas oublier qu’a Médipôle et Saint-Pierre, les urgences accueillent toujours de patients ». Mais à l’approche du pont du 1er mai, la sécurité et la communication sont de mise : « Il faut que la coopération continue avec les autres établissements, pour alléger les charges. Mais tout le monde est en ordre de marche pour une bonne prise en charge des patients ». Il n’est pour l’heure pas exclu que le « plan blanc » soit déclenché à l’hôpital de Perpignan.