Conférence mondiale contre la bombe A et H. Intervention de Pierre Vilard

Pierre VILLARD
Former national chair of Le Mouvement de la Paix
Chair of Provence’s coordination of French’ peace comities

Chers amis,

C’est avec un immense plaisir que je m’adresse une nouvelle fois à vous aujourd’hui à l’occasion de la Conférence mondiale contre les bombes A et H, organisée par Gensuikyo, C’est pour moi la 6ème fois que je suis à vos côtés pour commémorer les tragiques évènements de 1945. J’éprouve à chaque fois la même émotion, la même tristesse. J’ai des frissons. J’en veux à tous ces dirigeants qui ont osé utiliser l’arme atomique et à ceux qui continuer à justifier sa possession au nom de leurs intérêts vitaux.

Aujourd’hui, nous n’avons qu’un seul et même intérêt vital. Notre intérêt vital c’est l’élimination définitive des armes atomiques. Et nous savons que tous ensemble nous sommes une force extra-ordinaire.

Gensuikyo au Japon et Le Mouvement de la Paix en France sont deux organisations amies qui ont le même objectif : éliminer les armes nucléaires pour offrir aux générations futures l’assurance d’un monde apaisé, débarrassé de la menace atomique. Pour cela, nous devons faire de la Paix le moteur des transformations du monde. C’est possible avec la Culture de la Paix.

Je coordonne les activités des comités du Mouvement de la Paix dans le sud de la France et nous avons eu le plaisir d’accueillir cet automne une délégation de Gensuikyo et du Prix Nobel de la Paix Hidankyo.

Paul Valery, un grand écrivain français disait « la guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas ». Nous, les peuples japonais et français, nous voulons nous connaître pour ne pas accepter que nos gouvernements nous massacrent. C’est aussi valable pour tous les autres peuples du monde. Nous avons besoin de nous connaître pour ne pas avoir peur les uns des autres, et ne rien avoir à craindre les uns des autres.

La situation du monde est contrastée. A la fois de grandes inquiétudes, mais aussi de grandes opportunités. Le multilatéralisme est attaqué de toutes parts. L’organisation des nations unies est remise en cause par tous ceux qui veulent s’affranchir des règles internationales.

Mais nous avons obtenu l’interdiction des armes atomiques grâce à nos mobilisations. 65% des états du monde vivent dans des zones exemptes d’armes nucléaires. Un jour, il n’y aura plus d’armes nucléaires sur la planète.

En France, nous devons faire face à une vaste campagne de militarisation des esprits. Les budgets militaires sont à la hausse. L’idée d’une armée européenne refait surface. Les industries militaires augmentent leur production. Elles embauchent. Le gouvernement vient de réinstaurer un service militaire volontaire. Un deuxième porte-avion va être construit. Le complexe militaro-médiatico-industriel se porte bien.

La guerre n’est pas qu’une vue de l’esprit. Ce sont des vies meurtries, des vies fauchées. Des familles endeuillées. Des corps mutilés. L’angoisse permanente. Les peuples n’ont aucun intérêt à la guerre. Ce message, nous devons le faire passer ensemble. Pour cela, nous avons besoin de vous et vous avez besoin de nous.

Le Mouvement de la Paix a été très heureux de voir le Prix Nobel de la Paix attribué à Hidankyo, l’association des victimes et survivants des armes atomiques. Après Pugwash, IPPNW et ICAN, c’est une nouvelle fois aux citoyens engagés pour l’élimination des armes atomiques que le comité Nobel a décidé d’attribuer son illustre Prix.

Comme je vous l’ai dit, nous avons invité nos amis de Hidankyo et des représentants de Gensuikyo dans le Sud de la France pour une Tournée du Prix Nobel. Durant 10 jours ils ont sillonné 7 départements et ont visité 18 localités. Des grandes villes comme Marseille ou Montpellier mais aussi de villes plus petites dans nos campagnes françaises.

La délégation était composée de 7 personnes :

  • Mme Emiko Honma, membre du conseil exécutif de Hidankyo, quartier de Chugoku.
  • M Hideto Matsuura, membre du conseil d’administration d’Hidankyo, issu de l’arrondissement de Shikoku.
  • M Saburō Sugasawa, secrétaire général du Gensuikyo de la préfecture de Yamanashi.
  • Mme Masako Watanabe, secrétaire générale du Gensuikyo de la préfecture d’Akita
  • Yayoi Tsuchida, secrétaire générale adjointe de Gensuikyo, responsable du secteur international
  • Yuhi Shimada, membre du conseil exécutif de Gensuikyo, responsable du service jeunesse.
  • Fumiko Kataoka, responsable des interprètes de Gensuikyo

Nous avons constitué deux équipes qui ont réalisé un total de 40 rencontres. Chaque équipe a parcouru un millier de kilomètres, depuis la Méditerranée jusqu’aux Alpes ou aux Cévennes.

Avec eux, nous avons pu rencontrer près de 7 000 citoyens de France pour faire connaître les conséquences humaines et humanitaires des armes atomiques et soutenir le Traité d’interdiction des armes nucléaires.

Ils ont été accueillis dans des établissements scolaires. Le 21 novembre leur témoignage a été retransmis en visio-conférence dans près de 60 établissements scolaires, avec la participation du représentant du ministère de l’éducation nationale. 2000 élèves y ont assisté. Ce fut une grande première pour nous. Les élèves français ont appris des chants japonais, réalisé des chorégraphies.

Plusieurs opérations de pliages de grues ont permis de partager l’histoire de Sadako et la légende des 1000 grues. Des musiciens ont apporté leur soutien artistique.

Leur périple a permis de rencontrer de nombreux élus français, dont certaines localités membres de Mayors for Peace. Cela a renforcé la campagne de nos comités pour le soutien des villes au Traité d’interdiction des armes nucléaires. Après leur passage, plusieurs maires ont décidé de rejoindre l’appel des villes pour le TIAN.

Les témoignages de Mme Emiko Honma et de M Hideto Matsuura ont permis de faire connaître la réalité des souffrances des victimes et les angoisses des hibakusha de seconde ou troisième génération. Ils sont devenus de véritables stars des cours de récréations. De nombreuses personnes se sont rendues compte qu’elles ne connaissaient finalement pas grand-chose des armes atomiques.

La presse locale a donné un écho important à cette tournée. Nous avons plusieurs dizaines d’articles de presse qui relate cette tournée.

Au-delà du témoignage de Hidankyo, la participation de Gensuikyo a permis de faire connaître vos mobilisations pour l’engagement du Japon en faveur du TIAN. Nous avons mieux compris la politique actuelle du Japon et les volontés de militarisation. Il est difficilement compréhensible que votre pays soit prêt à disposer de la bombe atomique. Vraiment votre gouvernement n’a rien retenu des souffrances des Hibakusha.

La participation de Gensuikyo à la tournée française vous aura permis d’aller à la rencontre du peuple français. Sans doute nos amis ont mieux mesuré la difficulté d’agir pour la Paix dans un pays doté de l’arme atomique. C’est pourquoi vos témoignages ont été si essentiels pour nous.

Nous voulons que la France soit le premier pays doté à s’engager dans le TIAN. C’est pourquoi nous avons besoin de vous pour réaliser cet objectif.

Nous allons continuer à venir régulièrement à Hiroshima et Nagasaki avec de jeunes français. Nous vous attendons en France début 2027 pour une nouvelle tournée de Hidankyo et Gensuikyo.

Vive la coopération des pacifistes japonais et français.
Vive la solidarité internationale des peuples pour la paix, l’abolition des armes nucléaires et l’abolition de la guerre.

Hiroshima le 5 août 2026

Journée internationale de la Paix du 21 septembre 2026. « Stop les guerres, stop les violences, stop la misère »

Le Collectif national des marches pour la paix appelle à multiplier les initiatives, partout du 19 au 26 septembre. L’espoir réside dans notre capacité collective à imposer d’autres choix que l’économie de la guerre et la guerre

Le Collectif national des marches pour la paix appelle les citoyennes et les citoyens, les organisations syndicales, associatives, politiques, culturelles, humanistes, philosophiques à multiplier les initiatives partout en France pour faire entendre l’immense aspiration de la population et des peuples à vivre en paix.

La situation internationale est d’une extrême gravité. Les guerres s’étendent, le droit international est trop souvent bafoué, les dépenses militaires augmentent massivement, les arsenaux nucléaires sont modernisés, et le risque d’une extension mondiale de la guerre, incluant l’utilisation possible d’armes nucléaires, ne peut être ignoré.

Dans ce contexte, le Collectif réaffirme son refus de la résignation et de la banalisation de la guerre. Depuis 2015, il rassemble près de 200 organisations nationales et locales autour d’un appel clair : « Pour la paix : stop la guerre, stop la violence, stop la misère. Exprimons notre volonté de vivre en paix dans un monde de solidarité, de justice, de fraternité. »

La guerre est toujours un échec. Elle détruit les vies, jette les populations civiles sur les routes de l’exil, aggrave les inégalités, nourrit les violations des droits humains, les crimes contre l’humanité et détourne des ressources considérables qui devraient être consacrées à l’emploi, aux salaires, à la santé, à l’éducation, au logement, aux services publics et à la transition écologique.

Nous refusons que les droits sociaux, les libertés, la dignité humaine, la sécurité des peuples et l’avenir des générations futures soient sacrifiés aux logiques de guerre, de domination et de militarisation. Le droit international doit primer sur la force. Les solutions politiques négociées doivent prévaloir sur la guerre et la violence. Une paix durable ne peut se construire sans justice sociale, justice écologique, coopération entre les peuples, respect de la souveraineté des États et réalisation concrète de tous les droits humains.

À travers cette mobilisation, le Collectif appelle à agir pour une sécurité humaine sur le plan national et mondial, construite sur les principes de la Charte des Nations Unies, la réalisation des objectifs de développement durable (ODD, la mise en œuvre des huit domaines de la culture de la paix définis par les Nations Unies et la concrétisation des recommandations du GIEC pour lutter contre le réchauffement climatique.

Face à la spirale de la guerre, l’espoir réside dans l’action citoyenne, dans l’unité des forces sociales, syndicales, associatives, écologistes, féministes, humanistes, culturelles et politiques qui refusent la guerre comme horizon.

Le 21 septembre 2026, et durant toute la semaine du 19 au 26 septembre, le Collectif national des marches pour la paix invite donc à organiser partout des marches, rassemblements, débats publics, forums, concerts, expositions, initiatives culturelles, rencontres avec les élus, actions dans les quartiers, les villages, les entreprises, les écoles et les universités. Chaque initiative compte. Chaque prise de parole compte. Chaque présence dans l’espace public compte.

Le Collectif appelle également à prolonger cette dynamique autour de la Semaine des Nations Unies pour le désarmement (fin octobre-début novembre), en organisant des forums départementaux pour la paix afin de faire connaître les alternatives pour une sécurité humaine mondiale, portées par le collectif et fondées sur la réalisation concrète de tous les droits humains. Marchons ! Débattons ! Rassemblons-nous ! Agissons ! Ensemble pour la paix, la justice, les droits sociaux et les droits humains.

Le collectif national des marches pour la Paix – Juillet 2026

L’édito du webzine. La guerre est un business

Alors que les discours politiques se parent des oripeaux de la « défense nationale » et de la « dissuasion », les marchés, eux, ne s’y trompent pas : la guerre est devenue le placement le plus lucratif du siècle.

Entre 2017 et 2025, le budget militaire français a bondi de 50 %, passant de 32,7 à 50,5 milliards d’euros par an. Et ce n’est qu’un début. D’ici 2027, il frôlera les 64 milliards, une somme colossale prélevée sur les contribuables, tandis que l’État nous serinera, sans ironie, que la réduction des déficits reste une « priorité ».

Pendant que les citoyens s’interrogent sur leur pouvoir d’achat ou l’avenir des services publics, les actionnaires, eux, comptent leurs plus-values. Thales, spécialiste des radars et de la cybersécurité militaire, a vu son cours de Bourse s’envoler de 80 % en 2025. Dassault Aviation, porté par les ventes du Rafale, affiche un chiffre d’affaires en hausse de 20 % et une action en progression de 70 % en un an. Même Exail Technologies, plus discrète mais tout aussi vorace, a doublé sa valorisation.

Et que dire des géants américains ? Les six premiers jours du conflit entre les États-Unis et l’Iran ont englouti 9,7 milliards de dollars de fonds publics. Résultat : Northrop Grumman (fabricant du bombardier B-2) a grimpé de 46 %, RTX (ex-Raytheon, producteur des missiles Patriot) de 45 %. Chaque missile tiré, chaque drone détruit, chaque obus explosé se transforme en nouvelle commande publique en dividende juteux.

La mécanique infernale

Le système est implacable : lorsqu’un conflit éclate ou menace d’éclater, les États dépensent sans compter pour « se défendre », les industriels de l’armement empochent les contrats, gonflent leurs marges, et reversent des dividendes à leurs actionnaires, les marchés applaudissent, les cours flambent, et la boucle est bouclée.

Cela se traduit pour les États :par un endettement croissant, des services publics asphyxiés, une sociétés fracturées et pour les industriels par des carnets de commandes pleins à craquer, des actionnaires ravis, des perspectives radieuses.

Voilà le vrai enjeu de la prochaine élection présidentielle. Quel candidat osera briser cette spirale mortifère ? Qui aura le courage de dire que la sécurité ne se mesure pas en milliards de dépenses militaires, mais en diplomatie, en coopération, en désarmement ? La paix se négocie, la guerre se vend.

La paix n’est pas un luxe. C’est un investissement. Et il est grand temps de désinvestir de la guerre.

Dominique Gerbault

Un Castillet pour la Paix

Le 28 Mars est une journée nationale de solidarité avec le peuple Palestinien portée par 13 organisations Françaises qui demandent justice pour le peuple Palestinien fondé sur le droit international afin que le peuple Palestinien puisse enfin exercer son droit à l’autodétermination, et que cesse l’agression systématique et meurtrière dont il est victime de la part du Gouvernement Israélien..

Ce même jour, en fin de soirée l’Association Cultures de Paix à organisé une action symbolique à Perpignan consistant à revêtir les Murs du Castillet d’images numériques porteuses de messages en faveur de la Paix dans le monde, du refus de l’escalade guerrière et de faire payer par les salariés et la population la facture de la guerre que présentent gouvernants et profiteurs de ces conflits.

Bravant le froid et la pluie une cinquantaine de personnes ont participé à cette action symbolique.

Une action et des messages destinées à être partagés avec les habitants du Département, dans les jours et les semaines à venir afin de faire grandir ces exigences et d’appeler également à la solidarité avec tous les peuples victimes de ces agressions qui les enfoncent dans la terreur et la misère.

Cette initiative portée par « Cultures de Paix » est également soutenue par CGT, FSU, Mouvement de la Paix, AFMD66, MRAP, LSR, PCF, MJCF.

Bertrand Badie. « Une très forte tension entre aspiration à la paix et populisme » (La Marseillaise)

Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po Paris est l’auteur de « Par-delà la puissance et la guerre. La mystérieuse énergie sociale »(*).

La Marseillaise : Quel regard portez-vous sur ce conseil de paix créée de toutes pièces par Donald Trump ?

Bertrand Badie : C’est assez sidérant. Penser qu’un conseil de paix puisse être présidé de manière très autoritaire et unilatérale par le président d’une des puissances qui sont les plus impliquées dans la guerre, ce serait comme si on demandait à Al Capone de présider un conseil de lutte contre la mafia ! C’est un défi d’abord au multilatéralisme, dans le prolongement immédiat de propos extrêmement hostiles tenus à l’encontre des Nations Unies qui sont pourtant en grande partie une invention étasunienne. On entre dans un temps de subjectivation des normes internationales qui ne transcenderaient plus les logiques de puissance, mais seraient dans leur prolongement, ce qui est la négation même du droit. C’est ignorer ce qu’est la nature présente des nouveaux conflits internationaux qui ne sont pas liés à leur origine mais à un phénomène très préoccupant de décomposition sociale, économique, institutionnelle, donc qui implique, au contraire, une mobilisation des instruments de sécurité humaine. Dans ces conditions, on ne s’étonnera pas que les premiers à se précipiter ont été Victor Orban, le roi du Maroc, le ministre des Affaires étrangères de Biélorussie et maintenant Netanyahu.

La Marseillaise : Groenland, Venezuela, Iran : les appétits de Trump sont qualifiés d’impérialistes ou de néocolonialistes mais vous jugez ces termes inadaptés. Pourquoi ?

Bertrand Badie : Je me méfie toujours du recyclage des vieux mots qui avaient été forgés pour décrire des situations historiques tout à fait différentes. Il était un temps où l’interventionnisme américain se comprenait dans le contexte de la rivalité Est/Ouest. C’était l’époque de la bipolarité et de la guerre froide. On intervenait au Vietnam pour contenir indirectement la menace venant du camp soviétique. Puis, lorsque le mur est tombé, on intervenait en Irak pour changer le régime, le convertir aux vertus de la démocratie et du libéralisme : ces fameuses guerres de conversion. Aujourd’hui, la puissance est auto-finalisée. On intervient non pas dans un but précis, comme le prescrivait en son temps Clausewitz, mais tout simplement pour montrer sa puissance. Chacun sait que ni l’intervention indirecte à Gaza, directe au Venezuela, potentielle au Groenland, ne correspondent à des visions stratégiques ou de démocratisation des systèmes politiques concernés. On découvre une forme nouvelle de puissance, qui est nue, complètement coupée du droit et des valeurs. Elle n’a pour fonction que de faire écho à une crise de la société américaine qui se sent régresser, dépossédée, victime de la mondialisation et d’en faire un instrument de gouvernement en soi, indépendamment d’autres préoccupations. C’est devenu la puissance pour la puissance.

La Marseillaise : Vous soulignez dans votre livre(*) que ces puissances ne gagnent plus les guerres qu’elles mènent.

Bertrand Badie : Absolument. Les États-Unis ont été vaincus dans toutes les guerres qu’ils ont menées depuis 1945, sauf celles menées en 1991 sous mandat des Nations Unies. Ils ont été battus au Vietnam, Afghanistan, en Irak, en Somalie. Trump lui-même en tire les conséquences en s’agitant sur la scène internationale, en menaçant, en faisant de la musculation diplomatico-militaire, mais en évitant d’envoyer, comme on dit en anglais, « boots on the ground », c’est-à-dire des hommes sur le terrain.

La Marseillaise : Emmanuel Macron qui affirme « pour être libre, il faut être craint ». Que vous inspire cette rhétorique ?

Bertrand Badie : Ce n’est plus actuel, ni pertinent. Aujourd’hui, on a montré que la puissance n’impressionnait plus. Et de façon d’autant plus remarquable, que le plus souvent c’est le faible qui gagne sur le fort. Ce qui importe, ce n’est pas d’être craint, c’est d’être crédible. Dans notre monde tel qu’il est, toutes les forces et toutes les puissances brutes ne sont plus nécessairement craintes. En revanche, une force crédible, l’est à deux égards. Car, d’une part, il faut savoir convaincre que l’on a une proposition raisonnable de paix qui puisse susciter la confiance de l’adversaire, et ça, c’est ce qui manque à la diplomatie européenne. D’autre part, il faut montrer que l’on a une capacité d’action qui soit adaptée aux données et aux paramètres nouveaux des conflits, ce qui est loin d’être le cas.

La Marseillaise : Face à cela, quel est le rôle de cette « mystérieuse énergie sociale » ?

Bertrand Badie : Pendant des siècles, les sociétés étaient tenues en dehors des relations internationales qui étaient, comme disait Raymond Aron, l’affaire du diplomate et du soldat. Or aujourd’hui, et depuis que la mondialisation est en marche, que la communication sociale s’est généralisée, on assiste progressivement à une appropriation sociale des relations internationales. De plus en plus, les forces sociales entrent sur la scène internationale et pèsent un poids remarquable sur celle-ci. La résilience sociale du peuple ukrainien a été l’un des facteurs majeurs d’échec de l’armée russe qui n’a pas réussi à conquérir Kiev au bout de quatre ans. Pour Gaza, l’opinion publique internationale s’est très fortement mobilisée, notamment sur les campus, la thématique palestinienne s’est insérée dans les revendications sociales des personnes, obligeant les gouvernements d’Europe occidentale à reconnaître l’État de Palestine, les États-Unis et même Israël, à mettre fin à une boucherie qui avait atteint pourtant déjà les 100 000 morts. C’est l’avenir des relations internationales : cette capacité de créer de l’empathie, de voir s’unir, se confondre les souffrances internationales.

La Marseillaise : Les réseaux sociaux favorisent cela ?

Bertrand Badie : C’est l’explication de cette insertion fulgurante de la nouvelle génération, la Gen Z, dans les affaires politiques mondiales. D’abord au Sri Lanka, au Bangladesh, au Népal, puis ensuite à Madagascar et au Maroc, tout ça renvoie à une nouvelle génération qui ne ressemble pas aux précédentes, qui est surconnectée. Vous avez dans le monde 3 milliards d’individus qui sont connectés, y compris jusque dans les bidonvilles africains. Il y a une visibilité du monde qui suscite l’empathie, l’intérêt pour des causes extérieures et quelquefois lointaines, qu’autrefois, les individus n’auraient même pas connu.

La Marseillaise : Le sondage Ifop publié ce jour témoigne des tensions qui traversent notre société…

Bertrand Badie : Vous avez dans la société une très forte tension entre une aspiration à la paix qui est puissante, transhistorique, que vous retrouviez même à l’époque de la guerre froide et, simultanément, une vague néopopuliste qui se construit autour d’une peur de la mondialisation, d’un sentiment croissant de rétraction nationale et identitaire. Elle s’exprime notamment par une hostilité à l’égard de la migration, du commerce mondial, une volonté protectionniste, souverainiste, de repli national. Cela conduit, paradoxalement, à rendre très impopulaire un personnage comme Donald Trump, mais à le rendre également fascinant, avec le désir secret de faire la même chose chez soi. C’est tout le danger du national-populisme aujourd’hui que de créer en même temps un appétit de paix et une demande sociale de puissance pour se rassurer face aux incertitudes imaginées de la mondialisation.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 22 janvier 2026)

(*) « C’est l’avenir des relations internationales : cette capacité de créer de l’empathie » aux éditions Odile Jacob

Le Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires a cinq ans

À l’occasion du 5ème anniversaire de l’entrée en vigueur du Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires (TIAN), le Mouvement de la Paix appelle tous les pays à s’engager dans ce traité, notamment la France, pour un monde débarrassé de la menace des armes nucléaires.

À l’heure de la remilitarisation vertigineuse du monde, la menace de l’usage de l’arme nucléaire refait son apparition. Avec un budget militaire de 50 milliards par an, dont environ 7 milliards pour les armements nucléaires, et une augmentation prévue de 6,7 milliards pour 2026, la France participe au renforcement des menaces.

Pourtant les populations n’ont qu’une seule aspiration : vivre dignement et en paix.

Pour le Mouvement de la Paix, le 5ème anniversaire du TIAN est l’occasion de rappeler que la société civile peut emporter des victoires en partenariat avec des États et l’ONU. Elle a été à l’origine en 2017 du vote par 122 États de l’adoption du TIAN. Depuis, 95 États ont signé ce traité et 74 l’ont ratifié. 127 le soutiennent. Le Mouvement de la Paix se félicite de cet engagement majoritaire sur la Planète.

Les escalades guerrières qui bafouent le droit international, les menaces multiples contre la souveraineté des peuples et l’exacerbation renouvelée des menées impérialistes, appellent d’autres réponses que le repli nationaliste et le réarmement y compris nucléaire. Celui-ci met en péril l’existence même de l’humanité. On ne peut tolérer que les 9 pays détenteurs de l’arme atomique puissent décider de l’éradication même de la vie sur Terre.

Le Mouvement de la Paix a fait du désarmement nucléaire une de ses grandes campagnes 2026, en lien avec les aspirations des français qui, selon le sondage IFOP de janvier 2026, demandent très majoritairement à 64 %  que la France s’engage dans un processus d’élimination contrôlé des armes atomiques tel que prévu par les Nations Unies. D’ores et déjà, nous sollicitons le Président de la République ce jour dans ce sens. L’année 2026 comprendra de grands moments d’action, dont notre présence, via une délégation nombreuse, à la première conférence du TIAN en novembre 2026 au siège des Nations Unies à New York.

C’est pourquoi le Mouvement de la Paix demande que la France :

  • Soit présente en tant que membre observateur à la prochaine réunion d’examen du TIAN et s’engage dans la signature du TIAN
  • applique les dispositions du Traité de non-prolifération (TNP), notamment son article 6
  • joue son rôle de garant de l’effectivité du droit international en tant que membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU
  • œuvre pour l’application de la Charte des Nations Unies, notamment pour que les dépenses d’armement soient réorientées vers la satisfaction des besoins essentiels des populations et la construction des 8 domaines de Culture de la paix.


Le 22 janvier 2026

Le MRAP condamne l’agression du Venezuela par les États-Unis !

Le MRAP, condamne l’intervention militaire des États-unis au Venezuela, le bombardement de Caracas, et l’enlèvement du président Maduro.

Ce procédé ne résout aucun problème et ajoute à l’instabilité de la situation internationale.

Le MRAP réaffirme la primauté du droit international que cet acte bafoue, ouvrant la porte à toutes les aventures.

Communiqué de presse de la FSU. Soutien au peuple vénézuélien

La capitale du Venezuela, Caracas, et plusieurs régions du pays ont été bombardées par l’armée des États-Unis d’Amérique cette nuit. Le gouvernement de Washington revendique un raid terrestre et l’enlèvement du président du pays, Nicolas Maduro.

Cette tentative impérialiste d’imposer un changement de régime au Venezuela survient après des semaines d’escalade et de frappes des États-Unis contre des navires, aux Caraïbes et dans le Pacifique, sous prétexte d’une lutte contre le trafic de drogues. Des actes dénoncés par le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU comme inacceptables et réalisés en violation complète du droit international.

La FSU se tient aux côtés du peuple vénézuélien. Si elle n’a pas d’illusion sur le régime en place à Caracas, son autoritarisme et ses atteintes aux droits de l’homme, elle n’en a pas non plus sur les motivations de l’administration Trump, notamment à l’égard des ressources pétrolières.

C’est au peuple vénézuélien qu’appartient souverainement le droit de déterminer son avenir et de gérer les ressources du pays, hors des tentatives de prédation étrangères.

L’agression militaire des Etats-Unis est inadmissible. Elle risque d’entraîner le chaos, la guerre civile et une souffrance accrue d’une population déjà confrontée à un blocus économique.

La FSU attend du gouvernement et de la communauté internationale qu’elle condamne cette intervention et défende les principes qui fondent le droit international.

La FSU appelle à se joindre aux mobilisations et rassemblements de soutien au peuple vénézuélien, contre l’agression des États-Unis.