Attendue massive, la mobilisation agricole lancée dans la nuit de mercredi à jeudi au péage sud de Perpignan a finalement pris une tournure plus contrastée… Entre contrôles de camions avortés, désaccords syndicaux et démonstration de force policière.
On l’attendait conséquente, unie et partie pour durer, dans la lignée des blocages de l’hiver dernier à la grande barrière de péage du Boulou. Mais la mobilisation engagée dans la nuit de mercredi à hier au péage sud de l’A9 à Perpignan a finalement pris une autre tournure. Plus modeste et plus tendue aussi.
Ils étaient une centaine au plus fort de la nuit. Une soixantaine à l’aube. Autour d’un barnum, d’un brasero, de quelques pneus et d’un barbecue, les militants de la Coordination rurale (CR) et de la Confédération paysanne ont installé leur campement aux abords de l’autoroute. Pas de tracteurs cette fois, interdits par arrêté préfectoral. Pas de blocage massif non plus. Juste une présence, surveillée de très près. Presque à effectifs égaux avec les forces de l’ordre.
Désaccords entre syndicats
Arrivés dès 3 heures du matin, les agriculteurs de la CR 66, rejoints par leurs homologues de l’Hérault et de l’Aude, ont tenté de mettre en œuvre leur plan : le contrôle des camions étrangers. « On a trouvé de la marchandise en infraction. Notamment de la viande transportée sans garanties sanitaires conformes. On a fait le boulot des douanes », souffle Philippe Maydat, président de la CR 66. Mais l’initiative tourne court. Face aux ralentissements sur l’autoroute, la préfecture décide de fermer purement et simplement la sortie du péage sud. Fin des barrages filtrants, fin des contrôles. Le rassemblement devient statique. Et la tension monte brièvement lorsqu’une poignée d’agriculteurs essaie de pénétrer à pied sur l’A9 en milieu de matinée.
Les revendications, elles, n’ont pas bougé.
Concurrence déloyale, accords de libre-échange comme celui avec les pays du Mercosur, gestion de la dermatose nodulaire contagieuse… le cahier des doléances est chargé. Arnaud Poitrine, viticulteur et maraicher, ne mâche pas ses mots : « On vit avec le RSA. On travaille sept jours sur sept pour à peine 1.000 euros par mois. La moitié des exploitations ne passera pas l’année. On est en train de crever. Tout le monde est à bout. On est constamment en concurrence déloyale avec des produits qui arrivent de l’étranger. On empile des normes en France qui vont au-delà des normes européennes. Des normes auxquelles les autres pays ne sont pas soumis. Ça devient plus possible. Et on est vraiment là pour crier notre détresse ».
Malgré cette cause commune, l’unité espérée n’est pas vraiment au rendez-vous. La CR 66 et la Confédération paysanne des Pyrénées Orientales ne sont pas vraiment alignées sur la stratégie de la CR 34. Même le Syndicat des vignerons, pourtant annoncé, ne rejoint finalement pas le mouvement.
Un peu plus tard dans la matinée, quelques manifestants de la CR 34 tentent de rejoindre le marché Saint-Charles pour poursuivre les contrôles de marchandises. En vain. L’impressionnant comité d’accueil -quatorze camions de CRS- refroidit rapidement les ardeurs et contraint les agriculteurs à rebrousser chemin.
En fin d’après-midi, ils étaient encore une quarantaine d’agriculteurs à « tenir » le péage sud de Perpignan. « On va rester là une bonne partie de la nuit. On espère qu’on sera rejoint par du monde ce soir. »
Et la suite ? Aujourd’hui, les Jeunes agriculteurs et la FDSEA 66 appellent à une action avec un convoi de tracteurs, tractopelles, citernes et bennes de végétaux, entre le péage sud et le péage nord de Perpignan, entre 9h30 et 10h30.
Driss Chaït (L’Indépendant, le 9 janvier 2026)
FDSEA et JA à leur tour
Un autre tempo et une autre méthode. Aujourd’hui, la FOSEA 66 et les Jeunes agriculteurs lanceront leur propre mobilisation, à l’écart de l’action organisée hier par la Coordination rurale et la Confédération paysanne. Le rendez-vous est fixé à 9h30 au péage sud de Perpignan pour les exploitants venant du sud du département, avant un regroupement général à 10h30 au péage nord de l’A9, point de départ de l’action. Et il ne s’agira ni d’un blocage, ni d’une opération escargot sur l’autoroute ou la nationale. « Les projets identifiés dans le plan de résilience eau n’avancent pas assez vite pour offrir des perspectives à moyen terme à l’agriculture. Sans eau, il n’y aura pas d’agriculture demain », alerte Bruno Vila, le président de la FDSEA 66. Ainsi, les manifestants prévoient de simuler la création de bassins de stockage d’eau sur des terrains proches du péage nord, puis, en début d’après-midi, à proximité de la Direction départementale des territoires et de la mer, près du pont Joffre, à Perpignan. La mobilisation devrait durer une bonne partie de la journée, avec un rendez-vous fixé à 15 heures à la préfecture.
D. C. (L’Indépendant, le 9 janvier 2026)





