Les écrits exhumé par Médiapart percute la stratégie du RN (L’Indep)

Le site d’investigation a publie, lundi, des messages antisémites attribués à Jordan Bardella, qui dément.

Plongé dans une nouvelle tempête médiatique, après les déboires judiciaires de Marine Le Pen, le Rassemblent national (RN) essaie de faire bloc pour contester les écrits antisémites attribués à son président, Jordan Bardella. Mardi matin, au lendemain des révélations de Mediapart, la candidate à l’Élysée et son futur Premier ministre en cas de victoire, ont tenté de renvoyer l’image d’un duo uni et combatif face à l’onde de choc provoquée par cette affaire qui soulève de nombreuses questions.

1 Que sait-on de ces écrits ?

Dans son article en ligne, Mediapart dit avoir examiné des dizaines de messages privés qui auraient été écrits à l’été 2013, par Jordan Bardella quand il était un militant actif du Front national (ancêtre du RN), âgé de 17 ou 18 ans. Des textes aux accents antisémites et conspirationnistes, dont le média d’investigation ne révèle pas les destinataires. « Toutes les banques appartiennent à des juifs. Le juif doit dominer les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur », aurait notamment écrit Jordan Bardella, prenant aussi pour cible des personnalités comme Pierre Moscocivi, tout en affichant son soutien au sulfureux Dieudonné.

Des « faux grossiers », assure le président du RN, là où le site d’investigation affirme avoir authentifié ces messages privés.

Jordan Bardella, à qui on prête de longue date des connexions avec l’extrême droite radicale, cultivait également à l’époque une fascination pour Alain Soral, selon Mediapart. Or « ce n’est pas un idéologue comme un autre », souligne Valérie Igounet, historienne et politologue spécialiste de l’extrême droite en France. « C’est un négationniste, antisémite notoire qui a été condamné à de multiples re prises pour incitation à la haine raciale. » En 2024, Complément d’enquête affirmait déjà que Jordan Bardella aurait alimenté, entre 2015 et 2017, le compte Twitter@RepNatDuGaito, glorifiant un certain Alain Soral.

2 Le RN a-t-il rompu avec son passé ?

Ces révélations sont embarrassantes pour le RN, qui a officiellement rompu avec le passé sulfureux du FN (cofondé par des figures de la collaboration et d’anciens Wallen-SS) et de son ancien président, Jean-Marie Le Pen, exclu par sa fille en 2015 après de multiples dérapages.

Depuis l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du parti, en 2011, sa stratégie de dédiabolisation « a porté ses fruits auprès de la société civile », souligne Valérie Igounet, « on la vu lors de la marche contre l’antisémitisme après le 7-Octobre, le RN a été accepté dans le cortège, mais elle n’a pas fonctionné en interne, lors des campagnes électorales (municipales, législatives…), des médias s intéressent aux profils sulfureux de certains candidats, négationnistes ou antisémites. La génération de Marine Le Pen n’est pas du tout celle de Jean-Marie Le Pen, mais il y a toujours des brebis galeuses. »

Un terme souvent utilisé par Jordan Bardella et qui lui revient aujourd’hui comme un boomerang. Mais le mal est peut-être plus profond au sein du parti. « Je travaille à Conspiracy Watch, l’observatoire du complotisme », explique Valérie Igounet, « à la question « est-ce qu’il existe un complot juif sioniste mondial », ce sont les électeurs et militants du RN qui sont les plus perméables. »

3 Que sera l’impact le ces révélations ?

La classe politique s’est immédiatement emparée de l’affaire, condamnant largement ces propos. « Ces écrits, s’ils sont avérés, sont d’une immense gravité, Leur nature antisémite et complotiste rappelle, à ceux qui voudraient l’oublier, la nature profonde de l’extrême droite », a réagi la ministre chargée de la lutte contre les Discriminations, Aurore Bergé. Le chef d’un parti qui se présente comme un bouclier pour la communauté juive, face à Jean-Luc Mélenchon (LFI), régulièrement accusé de flirter avec les codes de l’antisémitisme. « L’homme qui se présente aujourd’hui comme le plus grand défenseur des juifs et juives de France est en réalité un antisémite obsessionnel », affirme la cheffe de file des Écologistes, Marine Tondelier, qui réclame la démission de Jordan Bardella. « Si ces faits sont avérés -il les conteste- à quelques mois de la présidentielle, c’est un peu compliqué pour lui, il sera dans une situation délicate », rappelle Valérie Igounet.

Jordan Bardella, arc-bouté sur sa rhétorique antisystème, assure, lui qu’on veut l’« assassiner politiquement » et porte plainte pour diffamation, pointant une « manipulation ». Marine Le Pen lui a redit, mardi sa « confiance absolue », choisissant de prendre pour cible Mediapart, qu’elle menace de représailles, en puisant dans la dialectique guerrière. Des propos d’une « violence sidérante », dénonce le site d’information.

L’affaire peut-elle gêner la campagne présidentielle de Marine Le Pen, qui a le vent en poupe dans les sondages ? Les prochaines enquêtes d’opinion le diront. Valérie Igounet ne croit pas, en tout cas, à un impact important sur le noyau dur des soutiens du RN.

Reste à savoir si cette controverse aura un effet sur l’électorat plus large et modéré que Marine Le Pen espère agréger au second tour de l’élection présidentielle. Et si Mediapart a prévu, comme souvent, une autre salve de révélations.

M. C. (L’Indépendant, le 30 septembre 2026)

Soutien de la presse aux journalistes de L’Indépendant (L’Indep)

Les deux journalistes de L’Indépendant pris à partie par le maire Rassemblement National de Carcassonne, Christophe Barthes, lors du conseil municipal du 24 septembre dernier, reçoivent le soutien d’un large collectif de journalistes et de rédacteurs.

Dans un communiqué publié ce mardi 29 septembre, la Société des journalistes de Mediapart, ainsi qu’un large collectif de SDJ de plusieurs dizaines d’autres médias locaux et nationaux dénoncent les propos tenus par le maire à l’encontre de deux de nos collègues de ‘Indépendant. Ils estiment que ces déclarations constituent des tentatives d’intimidation visant à dissuader les journalistes de faire leur travail.

Lors du conseil municipal, Christophe Barthès avait notamment accusé nommément nos collègues de vouloir « nuire au maire », les qualifiant de « journaleux ». Il a également visé les titres du groupe La Dépêche, les qualifiant de « torchons » et de « presse nauséabonde ».

Il a également affirmé que si des agents municipaux « devaient subir à l’avenir des actes graves », il en tiendrait les journalistes cités, entre autres, pour responsables. Pour rappel, L’Indépendant n’a jamais cité de noms complets ou publié de photos des policiers mis en cause.

Face aux déclarations du maire, les sociétés de journalistes signataires disent leur solidarité envers les journalistes de L’Indépendant et leur « vive inquiétude » face à ce qu’elles considèrent comme des attaques répétées contre la presse, rappelant également un précédent récent. Le 9 septembre dernier, lors d’une conférence de presse de la mairie donnée à la suite de la révélation de la vidéo contenant les propos racistes d’un policier municipal, un journaliste de La Dépêche du Midi s’est vu refuser l’accès par un adjoint au maire.

Pour ces organisations, les journalistes du groupe La Dépêche du Midi doivent pouvoir exercer leur métier « sereinement ». Elles demandent que cessent les attaques et les intimidations visant la presse. Des demandes auxquelles ne peut que souscrire la rédaction de L’Indépendant.

Océane Laparade (L’Indépendant, le 30 septembre 2026)

« Un journaliste engagé dans le football qu’on réduit au silence » (L’Indep)

Voilà sept mois jour pour jour, hier, que le journaliste sportif Christophe Gleizes est emprisonné en Algérie. Le Club de la presse Occitanie, Reporters sans frontières et le Département des Pyrénées-Orientales ont appelé a un rassemblement citoyen a cette occasion. Une banderole invitant à signer une pétition réclamant sa libération a été déployée sur l’Hôtel du Département.

« Nous sommes ici aujourd’hui, rassemblés pour obtenir la libération de Christophe Gleizes, journaliste français, injustement condamné à sept années de prison par la justice algérienne pour une soi-disant apologie du terrorisme. Son tort, être entré en contact pour écrire un article sur un club de football kabyle », dénonce Dominique Anton, président du Club de la presse Occitanie, dans son discours lu par Baptiste Maurel, membre du club de la presse des P.-O. Ce jeudi, une banderole a été déployée sur la façade de l’Hôtel du Département de Perpignan, réclamant sa libération.

Le journaliste de 36 ans s’est rendu en Algérie en 2024 pour réaliser un reportage sur le club de foot de la Jeunesse sportive de Kabylie. Mais les autorités lui ont reproché d’avoir échangé avec un dirigeant lié au mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, une organisation considérée comme terroriste par Alger. Il fut alors arrêté et retenu. Le Club de la presse souligne avoir « cru que sa libération était en bonne voie », mais le 3 décembre dernier, la cour d’appel de Tizi Ouzou a confirmé sa condamnation à sept années de prison ferme. « C’est l’assommoir et la consternation face à cette décision, contre un professionnel de l’information qui n’a fait que son travail ».

Pour Pierre Mathis, réacteur en chef de L’Indépendant représentant l’ensemble des rédactions des Pyrénées-Orientales présentes ce jour, « cette situation concerne tous les journalistes. Elle a pour objectif d’instituer un climat de pression, un climat de peur, un climat d’arbitraire contre lequel on doit tous faire attention. Si on pensait que notre métier pouvait se tenir sans combat, on a là l’exemple partait du contraire ».

« Christophe Gleizes est avant tout un passionné », a tenu à rappeler Éric Wattellier, président du district des Pyrénées-Orientales de football. « C’est un journaliste engagé dans le football, et particulièrement dans le football africain depuis des années, mais qu’on réduit au silence. On parle de sport, et dans le sport, il ne doit pas y avoir de politique, de différences, de discriminations », clame-t-il. Éric Dubuis, membre de l’Union des journalistes de sport en France a quant à lui rappelé que la liberté de la presse est un combat, et que « son syndicat continuera de défendre la place des journalistes dans le décor du sport français, et dans ces stades, d’en valoriser le travail et d’aider les 5.000 journalistes de sport. Bien que pour l’instant, il en manque un », a-t-il conclu.

Emma Lemaire (L’Indépendant, le 30 janvier 2026)

L’édito du Travailleur Catalan par Jacques Pumaréda. Les voix de l’Empire

Le coup de force ahurissant contre le Venezuela a donné lieu à des commentaires divers et variés dans les médias français. Attachons-nous à regarder de plus près les chaines d’info en continu. On sait combien certaines, propriété de milliardaires de droite ou d’extrême droite, diffusent l’idéologie de leur « patron » en bons serviteurs zélés. Mais ce qui est nouveau c’est l’angle d’approche des faits. Pendant des heures et des jours on nous a abreuvés de détails techniques sur les hélicoptères, les plans virtuels du lieu du kidnapping, les différents scénarios envisagés avec le chef suprême suivant en direct les évènements. Une vraie série Netflix, du spectacle hollywoodien, mais où est le fond ? Où sont passés les journalistes ? Où est l’analyse du rôle des États-Unis dans l’asphyxie économique du Venezuela ? Où est le rappel des sanctions, du sabotage financier, de l’étranglement méthodique d’un pays entier ? Où est la mise en perspective historique du chavisme, de ses contradictions, de ses dérives, certes réelles, mais aussi de ses origines sociales et populaires ? Les journalistes sont-ils réduits à commenter l’écume des choses, incapables de produire une synthèse, incapables de relier les faits, incapables de nommer les rapports de domination ? Sont-ils incultes à ce point ? Circulez, il n’y a rien à penser !

Certes me direz-vous, ne mettons pas tout le monde dans le même sac, d’accord, mais quand même n’assistons-nous pas au naufrage intellectuel d’un certain journalisme français ? Ce phénomène est moins visible dans la presse écrite dont la fonction première est de produire des analyses et des réflexions documentées. Les médias et la presse jouent un rôle essentiel dans une démocratie, celui d’informer les citoyens et de produire des analyses dans la diversité des approches idéologiques. La réflexion et le débat public permettant de se faire une opinion comme on dit. Mais si on évite au citoyen de penser, il ne faut pas s’étonner de voir les idées d’extrême droite progresser.

N’écoutons pas les voix de l’Empire.