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« Un journaliste engagé dans le football qu’on réduit au silence » (L’Indep)
Voilà sept mois jour pour jour, hier, que le journaliste sportif Christophe Gleizes est emprisonné en Algérie. Le Club de la presse Occitanie, Reporters sans frontières et le Département des Pyrénées-Orientales ont appelé a un rassemblement citoyen a cette occasion. Une banderole invitant à signer une pétition réclamant sa libération a été déployée sur l’Hôtel du Département.
« Nous sommes ici aujourd’hui, rassemblés pour obtenir la libération de Christophe Gleizes, journaliste français, injustement condamné à sept années de prison par la justice algérienne pour une soi-disant apologie du terrorisme. Son tort, être entré en contact pour écrire un article sur un club de football kabyle », dénonce Dominique Anton, président du Club de la presse Occitanie, dans son discours lu par Baptiste Maurel, membre du club de la presse des P.-O. Ce jeudi, une banderole a été déployée sur la façade de l’Hôtel du Département de Perpignan, réclamant sa libération.
Le journaliste de 36 ans s’est rendu en Algérie en 2024 pour réaliser un reportage sur le club de foot de la Jeunesse sportive de Kabylie. Mais les autorités lui ont reproché d’avoir échangé avec un dirigeant lié au mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, une organisation considérée comme terroriste par Alger. Il fut alors arrêté et retenu. Le Club de la presse souligne avoir « cru que sa libération était en bonne voie », mais le 3 décembre dernier, la cour d’appel de Tizi Ouzou a confirmé sa condamnation à sept années de prison ferme. « C’est l’assommoir et la consternation face à cette décision, contre un professionnel de l’information qui n’a fait que son travail ».
Pour Pierre Mathis, réacteur en chef de L’Indépendant représentant l’ensemble des rédactions des Pyrénées-Orientales présentes ce jour, « cette situation concerne tous les journalistes. Elle a pour objectif d’instituer un climat de pression, un climat de peur, un climat d’arbitraire contre lequel on doit tous faire attention. Si on pensait que notre métier pouvait se tenir sans combat, on a là l’exemple partait du contraire ».
« Christophe Gleizes est avant tout un passionné », a tenu à rappeler Éric Wattellier, président du district des Pyrénées-Orientales de football. « C’est un journaliste engagé dans le football, et particulièrement dans le football africain depuis des années, mais qu’on réduit au silence. On parle de sport, et dans le sport, il ne doit pas y avoir de politique, de différences, de discriminations », clame-t-il. Éric Dubuis, membre de l’Union des journalistes de sport en France a quant à lui rappelé que la liberté de la presse est un combat, et que « son syndicat continuera de défendre la place des journalistes dans le décor du sport français, et dans ces stades, d’en valoriser le travail et d’aider les 5.000 journalistes de sport. Bien que pour l’instant, il en manque un », a-t-il conclu.
Emma Lemaire (L’Indépendant, le 30 janvier 2026)
L’édito du Travailleur Catalan par Jacques Pumaréda. Les voix de l’Empire
Le coup de force ahurissant contre le Venezuela a donné lieu à des commentaires divers et variés dans les médias français. Attachons-nous à regarder de plus près les chaines d’info en continu. On sait combien certaines, propriété de milliardaires de droite ou d’extrême droite, diffusent l’idéologie de leur « patron » en bons serviteurs zélés. Mais ce qui est nouveau c’est l’angle d’approche des faits. Pendant des heures et des jours on nous a abreuvés de détails techniques sur les hélicoptères, les plans virtuels du lieu du kidnapping, les différents scénarios envisagés avec le chef suprême suivant en direct les évènements. Une vraie série Netflix, du spectacle hollywoodien, mais où est le fond ? Où sont passés les journalistes ? Où est l’analyse du rôle des États-Unis dans l’asphyxie économique du Venezuela ? Où est le rappel des sanctions, du sabotage financier, de l’étranglement méthodique d’un pays entier ? Où est la mise en perspective historique du chavisme, de ses contradictions, de ses dérives, certes réelles, mais aussi de ses origines sociales et populaires ? Les journalistes sont-ils réduits à commenter l’écume des choses, incapables de produire une synthèse, incapables de relier les faits, incapables de nommer les rapports de domination ? Sont-ils incultes à ce point ? Circulez, il n’y a rien à penser !
Certes me direz-vous, ne mettons pas tout le monde dans le même sac, d’accord, mais quand même n’assistons-nous pas au naufrage intellectuel d’un certain journalisme français ? Ce phénomène est moins visible dans la presse écrite dont la fonction première est de produire des analyses et des réflexions documentées. Les médias et la presse jouent un rôle essentiel dans une démocratie, celui d’informer les citoyens et de produire des analyses dans la diversité des approches idéologiques. La réflexion et le débat public permettant de se faire une opinion comme on dit. Mais si on évite au citoyen de penser, il ne faut pas s’étonner de voir les idées d’extrême droite progresser.
N’écoutons pas les voix de l’Empire.


