La ligne ferroviaire Perpignan/Villefranche-de-Conflent a repris du service hier. Fermée après un déraillement à Eus en 2024, elle rouvre au terme de longs travaux et de fortes mobilisations d’usagers. Pour toute une vallée, ce retour du train marque bien plus qu’une simple reprise du trafic.
« Le départ à destination de Villefranche-de-Conflent est imminent. » Cela faisait bien longtemps que cette phrase n’avait pas résonné à l’intérieur d’un TER Lio. Ce samedi 24 janvier 2026, soit après 18 mois d’arrêt, la ligne SNCF Perpignan/Villefranche-de-Confient/Vemet-les-Bains a pu reprendre du service. À 8h09 hier matin, son départ a été inauguré en gare de Perpignan en présence de Jean Castex, président-directeur général du groupe SNCF, de Pierre Regnault de la Mothe, préfet des Pyrénées-Orientales et de l’association Train en Têt.
Le 24 juillet 2024, une coulée de boue et un glissement de terrain avaient provoqué le déraillement d’un train régional au niveau de la commune d’Eus, qui avait terminé sa course contre un pont.
Un accident qui avait fait cinq blessés légers et entrainé la fermeture totale du trafic entre Ille-sur-Têt et Villefranche-de-Conflent. SNCF Réseau avait annoncé la nécessité de démolir l’ouvrage avant tout redémarrage.
Au départ, le maire d’Eus était opposé aux travaux, mais s’en est suivi une vague de manifestations d’usagers en colère de ne plus pouvoir se déplacer correctement. La destruction a finalement été acceptée à l’été 2025 et les travaux ont commencé en octobre, pour une réouverture de la ligne ce samedi.
Cette reprise de la circulation a été amplement saluée. « C’est un jour de célébration. Ce train revient enfin parmi les siens », se réjouit Enric Balaguer, président de l’association Train en Têt. Fortement engagé dans la réouverture de la ligne, ce dernier a effectué quelques calculs : « Un habitant de Prades, employé à Perpignan, a passé 198 heures de plus dans les transports et a généré 39 tonnes de CO2 en plus durant les 18 mois d’arrêt du TER ». Des chiffres significatifs de cette situation qui a impacté de nombreux usagers, contraints de prendre le bus ou la voiture.
C’est le cas de Raoul, cet habitant de Prades qui a trouvé ces travaux « trop longs ». « Je prenais le bus pour aller à Perpignan mais je mettais beaucoup plus de temps à cause des arrêts. Je suis moins impacté car je suis retraité mais il faut dire que le train est quand même bien plus écologique ».
Aude Vivès, vice-présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales, a suivi le dossier de près ces derniers mois. Aujourd’hui, elle est soulagée de cette reprise : « Toute la vallée est impactée. Ce n’est pas qu’une ligne de chemin de fer, c’est une ligne de vies, avec un « S ». On a pu voir les conséquences en termes d’emploi ou de fréquentation touristique ».
Mais la bataille ne semble pas terminée. Enric Balaguer souhaiterait notamment une amélioration du statut de la ligne pour qu’elle soit prise en charge par l’État et modernisée. Davantage de créneaux horaires permettraient également de desservir les lycées perpignanais. De son côté, la Coopérative des élus et le Parti communiste français présents ce jour, ont lancé une pétition, remise au préfet. Elle demande de développer les transports ferroviaires avec, entre autres, la réouverture des lignes Perpignan-Axat et Perpignan-Elne-Le Boulou-Céret, et la création de nouveaux arrêts à l’Université et sur le site de Paulilles.
Emma Lemaire (L’Indépendant, le 25 janvier 2026)










