Tulay Hatimogullari. « Le peuple du Rojava résistera avec force » (La Marseillaise)

Tulay Hatimogullari est la coprésidente du Parti de l’égalité et de la démocratie des peuples (DEM) et députée de la circonscription d’Andana. De retour du Rojava, elle se fait porte-parole de la population sur place qui témoigne d’attaques perpétrées par des groupes islamistes liés au pouvoir intérimaire syrien, auxquels la Turquie apporte son soutien.

La Marseillaise : Les autorités turques ont interdit tout rassemblement jusqu’à samedi soir dans la province de Mardin, à la frontière avec la Syrie, où le DEM avait appelé à manifester. Quel était le mot d’ordre de cette mobilisation ?

Tulay Hatimogullari : En tant que parti DEM, nous avons décidé de tenir notre réunion parlementaire hebdomadaire dans le district de Nusaybin (sud-est de la Turquie), dans la province de Mardin. Nusaybin est limitrophe de la ville de Qamishli (nord-est de la Syrie), dont elle est séparée uniquement par une clôture métallique. Notre rassemblement avait pour but d’attirer l’attention sur les attaques inhumaines perpétrées contre le Rojava. En effet, l’État a répondu à ces marches et manifestations démocratiques par des interdictions et des agressions contre les personnes à la frontière.
Un jeune homme nommé Diyar Koc, accusé d’avoir retiré un drapeau à la frontière, a été victime de graves tortures. Il a ensuite été arrêté et se trouve actuellement en soins intensifs dans un hôpital d’Ankara. Je tiens à souligner que l’endroit où nous avons fait notre déclaration était loin de la frontière et que l’incident du drapeau ne s’est pas produit ici. Le gouvernement ne peut rien accomplir en recourant à la violence et en interdisant des actions et des événements, au lieu de comprendre les réactions de la population et de soutenir les efforts de paix. J’appelle à renoncer à ce type d’approche.

La Marseillaise : Vous demandez l’ouverture de couloirs humanitaires vers Kobané où vous vous êtes récemment rendue. Quelles sont vos craintes ?

Tulay Hatimogullari : Kobané est soumise à un siège intense. La ville est prise en étau entre les zones contrôlées par le gouvernement intérimaire syrien et celles contrôlées par la Turquie. Les conditions météorologiques y sont actuellement extrêmement froides et défavorables. De plus, l’accès aux services de base tels que l’électricité, l’eau et Internet est impossible à Kobané. Le barrage de Tichrine, l’un des trois principaux barrages construits sur l’Euphrate, situé au sud du district de Manbij, fournissait de l’énergie à tous, sans distinction d’identité ou de croyance, lorsqu’il était sous le contrôle des forces kurdes. Depuis que le gouvernement intérimaire de Damas s’est emparé du barrage, Kobané est privée d’électricité et d’eau, alors qu’elle subit les conditions hivernales les plus rigoureuses de ces dernières années. D’après les informations dont nous disposons à ce jour, cinq enfants sont morts de froid. C’est une tragédie et une honte que le monde portera à jamais sur ses épaules.
Lors de nos visites, nous avons clairement constaté que le Rojava était soumis à un siège brutal, intensifié par des mesures dépassant toutes les limites humanitaires. Mais le peuple du Rojava a été privé d’identité pendant des décennies. Il a combattu Daech, il a lutté contre Assad, il s’est dressé contre les organisations salafistes. Dès lors, nous avons compris qu’il résistera avec force à toute intensification des attaques.

La Marseillaise : Quel rôle joue l’État turc dans les attaques menées par Damas au Rojava ?

Tulay Hatimogullari : Lors de notre visite dans le nord-est de la Syrie, le 21 janvier dernier, les responsables de l’Administration autonome ont clairement exposé la situation dans les termes suivants : ces attaques ne sont pas seulement perpétrées par les forces de Hayat Tahrir al-Sham (HTS), mais aussi par des groupes armés directement soutenus par la Turquie. Ces milices, telles que la division al-Hamza, Sultan Mourad et Abou Amsha, sont responsables de ces graves violations des droits humains et de ces massacres. L’Administration autonome a déclaré que la Turquie fournissait un soutien en matière de renseignement à la fois au gouvernement provisoire de Damas et à ces groupes armés. Le rôle de la Turquie était clair dès le départ. Le jour même où les attaques contre Alep ont commencé, le ministère turc de la Défense nationale a déclaré : « Si la Syrie demande de l’aide, nous lui fournirons le soutien nécessaire. » Le ministre turc des Affaires étrangères consacre plus de temps à la question syrienne que l’administration intérimaire de Damas. Une grande partie de ce temps est consacrée à réfléchir à la manière de réduire davantage les acquis des Kurdes.
L’exemple le plus frappant de ce double standard : le ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan déclare que le Hamas est « un mouvement de résistance qui ne peut déposer les armes sans que ses droits soient garantis ». Ce même ministre, qui reconnaît le droit légitime du Hamas à se défendre, fait exactement le contraire s’agissant des Kurdes. Lorsque ces derniers se défendent, ils sont qualifiés de terroristes et lorsqu’ils revendiquent leurs droits, ils sont considérés comme une menace. Ce double standard n’est pas seulement constaté par les Kurdes, mais par le monde entier. Il est si flagrant que nul ne peut l’ignorer.

La Marseillaise : Le régime d’Ahmed Al Charaa a-t-il pour objectif de « dékurdifier » le territoire ?

Tulay Hatimogullari : Le régime qu’Ahmed Al Charaa tente d’instaurer est un mélange d’autoritarisme baasiste et djihadiste. Il ne reconnaît ni peuple, ni démocratie. Tout en se forgeant une légitimité extérieure grâce à un discours sécuritaire aligné sur les États-Unis, l’Union européenne, le Royaume-Uni, Israël, la Russie, la Chine, la Turquie et les pays du Golfe, et grâce à des opportunités financières, il instrumentalise cette légitimité intérieurement en menant des opérations militaires brutales contre les Kurdes, les Alévis, les Druzes etc.
Il s’agit donc d’un plan visant à éliminer non seulement les Kurdes, mais tous les peuples. Le principal obstacle à ce régime est actuellement constitué par les Kurdes eux-mêmes. Il poursuit un objectif non seulement militaire, mais aussi sociopolitique contre eux. En créant l’illusion d’une « guerre ethnique » entre Kurdes et Arabes, il cherche à déstabiliser la région de l’intérieur et à anéantir l’entité politique kurde qui jouit d’une légitimité internationale.

La Marseillaise : Dans une interview au média « The Amargi », vous dîtes craindre une guerre arabo-kurde. Qui aurait intérêt à cela ?

Tulay Hatimogullari : Le 4 janvier, alors qu’un accord était sur le point d’être conclu entre les FDS et le gouvernement intérimaire, les pourparlers ont été brusquement interrompues. Le 5 janvier, un accord a été conclu entre Israël et la Syrie à Paris. Le 6 janvier, des attaques ont été menées contre les quartiers kurdes d’Alep et des crimes contre l’humanité ont été commis. À première vue, il semble qu’une attaque ait été perpétrée avec l’approbation des puissances internationales, l’assentiment de la Turquie, la participation des forces du gouvernement provisoire, des composantes du HTS et des groupes salafistes. Toutefois, il est nécessaire d’apporter des réponses précises à certaines questions, telles que les raisons pour lesquelles les puissances internationales ont approuvé cette attaque et pourquoi Israël a apporté son soutien tacite au HTS dans ces attaques.

Il y a un siècle, lorsque le nouvel ordre au Moyen-Orient a été établi, les Kurdes ont été exclus. Depuis cent ans, ils ont combattu les Arabes, les Perses et les Turcs dans leur région divisée en quatre. Aujourd’hui, on tente d’instaurer un nouvel ordre. Une fois de plus, on veut exclure les Kurdes. On souhaite que la guerre entre Arabes et Kurdes soit sans fin. On veut que la guerre entre Kurdes et Turcs s’intensifie. Lors de notre visite au Rojava, l’Administration autonome a déclaré s’être retirée des villes de Raqqa et Tabqa afin d’empêcher une guerre arabo-kurde. Opposer les peuples les uns aux autres est l’une des stratégies de domination des puissances impériales internationales et sous-impériales régionales. Les peuples et les administrations de la région doivent prendre conscience de ce scénario dangereux dans lequel le Moyen-Orient connaîtrait à nouveau des siècles de souffrances, de mort, de décomposition sociale et d’effondrement institutionnel.

La Marseillaise : Le Parti des travailleurs kurdes (PKK) estime que ces attaques contre les Kurdes, en Syrie, pourraient avoir un impact sur le processus de paix en Turquie. Où en sont les discussions ?

Tulay Hatimogullari : Les attaques qui ont commencé à Alep ont eu un impact négatif sur le processus de paix en Turquie. Le peuple kurde est en proie à un profond sentiment de désillusion et à une crise de confiance. D’un côté, des négociations de paix sont en cours, mais de l’autre, les attaques contre le Rojava ont provoqué une vive réaction de la part des Kurdes. Je tiens à le dire très clairement : le processus se poursuit et doit se poursuivre. La paix et la résolution du conflit sont les besoins les plus urgents dans cette région. Il n’y a pas d’autre voie pour résoudre la question kurde. La guerre, la mort et la destruction n’ont jamais apporté, et n’apporteront jamais, de solution à personne.
Cependant, deux mesures fondamentales sont nécessaires pour faire avancer le processus : premièrement, des mesures concrètes et rassurantes doivent être prises dès maintenant concernant le processus de paix mené en Turquie. Il incombe au gouvernement de surmonter cette profonde crise de confiance au sein du peuple kurde. Il doit démontrer sa foi en la paix, non seulement par des mots, mais aussi par des mesures concrètes. Deuxièmement, la politique de la Turquie à l’égard du nord-est de la Syrie doit changer. Il faut abandonner l’idée que le Rojava constitue une menace. Elle doit reconnaître les droits fondamentaux et le statut des Kurdes du nord-est de la Syrie, et renforcer le dialogue et les négociations avec l’Administration autonome. La paix est un tout indivisible. Mener des pourparlers de paix d’un côté et considérer les Kurdes comme une menace de l’autre nuit à la recherche de la paix. Nous continuons à croire en la paix et en une solution. Car il n’y a pas d’autre voie, pas d’autre avenir.

La Marseillaise : À Marseille, des manifestations de soutien au Rojava ont dégénéré. Les organisateurs ont condamné les violences et accusé des « éléments infiltrés ». Les médias turcs n’ont pas tardé à qualifier les manifestants de « partisans de groupes terroristes ». Ces mobilisations sont-elles instrumentalisées ?

Tulay Hatimogullari : Des actions de soutien au Rojava ont eu lieu partout dans le monde. Ces actions sont tout à fait légitimes et visent à attirer l’attention sur une guerre et une crise humanitaire. Tenter d’étouffer un modèle de vie démocratique tel que celui de Rojava heurte la conscience humaine. Les personnes qui se font entendre à Marseille savent que le fléau de Daech est à nos portes. Sa résurgence est un problème majeur pour tout le monde. Des structures armées, financées par des pays, sont envoyées contre un peuple qui prône la paix. Face à cette politique hypocrite, les peuples répondent par une solidarité internationale.
Pour empêcher cela, des provocations sont organisées, des provocateurs interviennent dans les actions. La solution n’est pas de faire taire les Kurdes en interdisant leurs actions. Cela ne ferait qu’alimenter l’hostilité envers les Kurdes. Des responsables et des médias proches du gouvernement turc prennent des mesures qui attisent ouvertement cette hostilité. C’est un jeu très dangereux. Tout le monde y perd.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 2 février 2026)

Alors que la région kurde du nord-est de la Syrie est plongée dans une offensive généralisée depuis janvier, Kobané se retrouve au cœur d’un siège implacable : coupée d’électricité, d’eau et d’internet. La ville kurde est encerclée par les forces syriennes tandis que les températures sont glaciales. Les attaques répétées de milices islamistes, dont certaines soutenues par la Turquie, se multiplient autour de Kobané et dans diverses zones kurdes. C’est dans ce contexte que Damas et les Kurdes ont annoncé, vendredi, un accord sur l’intégration progressive des forces et de l’administration de la zone autonome kurde au sein de l’État syrien, salué par Washington et Paris (notre édition de ce week-end). Cet accord « global », selon le terme utilisé par les deux camps, porte un coup aux espoirs d’autonomie des Kurdes, le nouveau pouvoir islamiste étant déterminé à imposer son autorité sur l’ensemble du territoire syrien.

Le Mouvement de la paix apporte son soutien au peuple Kurde

En Syrie (au Rojava) et ailleurs, il lutte pour la paix,
la démocratie et le respect des droits humains

Il appelle à participer aux rassemblements organisés à Paris et en province

  • Mercredi 28 janvier, 19h, à Paris, Place de la Sorbonne
  • Samedi 31 janvier, 14h, à Paris, Place de la République

Depuis des années, le Mouvement de la paix au plan national et à travers ses comités locaux apporte son soutien aux luttes du peuple Kurde, en Irak, en Syrie, en Turquie, en Iran… pour ses droits et plus largement pour la liberté, la paix, la démocratie, le respect des droits humains.
En Syrie les Kurdes n’ont cessé d’affirmer leur volonté de dialogue politique, de coexistence entre les peuples et de solution démocratique dans une Syrie décentralisée. Ils n’ont jamais voulu la division du pays. Ils ont lutté aux côtés de la coalition internationale contre Daesh.

Or, depuis le 6 janvier 2026, le Rojava est la cible d’une campagne militaire planifiée, exécutée par les milices djihadistes affiliées au régime de Damas, avec le soutien direct et actif de l’État turc. La situation humanitaire est dramatique. Des centaines de milliers de civils ont été déplacés, des centaines de personnes ont été massacrées, et des villes entières sont privées de nourriture, d’eau potable, de soins médicaux, de carburant et d’électricité, en plein hiver. La ville de Kobanê, désormais encerclée et bombardée, fait face à un risque imminent de massacre de masse. Cette guerre met en cause l’existence politique, sociale et démocratique du peuple kurde en Syrie.
C’est pourquoi le Mouvement de la paix, conformément à ses engagements sur le fondement de la Charte des Nations Unies, du droit international humanitaire et des résolutions des Nations unies sur la culture de la paix et de la non-violence appelle à participer aux rassemblements qui sont organisés à Paris et en province, pour exiger que la France et l’UE agissent pour :

  • un cessez-le-feu immédiat placé sous contrôle international, avec un mécanisme de surveillance sur le terrain ;
  • la levée immédiate du blocus et l’ouverture de corridors humanitaires permanents, notamment vers Kobanê et les zones encerclées du Rojava ;
  • la relance d’un processus politique garantissant les droits du peuple kurde, la reconnaissance du Rojava et un statut politique clair au sein d’une Syrie décentralisée ;
  • l’organisation d’un débat à l’Assemblée nationale française sur cette crise majeure.

Paris, le 28 janvier 2026 – le Mouvement de la Paix

Ehwen Çiyako. « Notre vision est celle d’un Iran démocratique » (La Marseillaise)

Ehwen Çiyako est membre du comité exécutif du PJAK, Parti pour une vie libre au Kurdistan qui lutte contre le régime iranien. Il répond à « La Marseillaise » alors que la répression est sanglante en Iran.

La Marseillaise : À la suite du mouvement « Femme, Vie, Liberté », d’importantes manifestations ont lieu en Iran. Quelles en sont pour vous les motivations principales ?

Ehwen Çiyako : Il convient de préciser d’emblée que le mouvement actuel s’inscrit complètement dans la continuité du soulèvement « Femme, Vie, Liberté » qui a émergé en 2022 suite à l’assassinat de Mahsa Jina Amini par la République islamique. Ces protestations sont le fruit d’une profonde et structurelle fracture entre l’État et la société. Depuis 47 ans, la République islamique d’Iran viole systématiquement les libertés et les droits fondamentaux du peuple iranien. Elle s’attaque aux droits culturels des différentes nationalités iraniennes par des politiques d’assimilation et, en appliquant des lois inspirées de la charia, prive les femmes de leurs droits de la manière la plus brutale qui soit. Le régime ne tolère aucune forme de dissidence et réprime les libertés politiques, culturelles, économiques et sociales par divers moyens. La liberté d’expression est bafouée et l’environnement iranien a été gravement dégradé, conformément aux intérêts et à la politique militariste du régime. La République islamique est devenue une force déstabilisatrice pour la sécurité régionale et mondiale, et c’est avant tout le peuple iranien qui en supporte le poids. Malgré toutes ces pressions, la société iranienne continue de revendiquer la démocratie et la liberté. Cette persistance a créé un profond fossé culturel entre le peuple et la République islamique, fossé qui recèle un potentiel de soulèvements et de révolutions.

La Marseillaise : Diriez-vous qu’il s’agit d’une révolution ?

Ehwen Çiyako : Il ne fait aucun doute que nous assistons à une révolution, à condition de ne pas la percevoir superficiellement comme un événement ponctuel visant uniquement à renverser le pouvoir politique, mais de la comprendre comme un processus dynamique et continu. La révolution « Femme, Vie, Liberté » est à l’œuvre quotidiennement dans les sphères sociales et culturelles iraniennes. Cette réalité creuse sans cesse le fossé entre l’État et le peuple et prépare le terrain pour une révolution politique, c’est-à-dire une transformation fondamentale du système de gouvernance iranien. Cette révolution s’attaque directement aux fondements de la République islamique, la plongeant dans une crise de légitimité politique, sociale, juridique et administrative. Nous sommes fermement convaincus que cette révolution finira par triompher.

La Marseillaise : Quelle place les Kurdes prennent-ils dans ce mouvement ?

Ehwen Çiyako : En 2022, la ville de Saqqez a joué un rôle de premier plan, de locomotive dans le mouvement. Lors de la dernière vague de contestation, ce rôle a été assumé par Ilam et Malekshahi, deux villes du Kurdistan. Ceci démontre une fois de plus le rôle pionnier du Kurdistan dans le processus révolutionnaire iranien. Bien que cette vague de protestations ait débuté dans le bazar de Téhéran, elle est initialement restée largement circonscrite à certains secteurs, et l’État est parvenu en partie à enrayer son expansion et sa diffusion. C’est au Lorestan et dans les régions méridionales du Kurdistan, notamment à Ilam et Kermanshah, que le mouvement a pris une ampleur sociale. Tandis que les manifestations à Téhéran s’essoufflaient et que le régime concentrait ses forces répressives sur Ilam et Kermanshah, d’autres villes du Kurdistan ont répondu à l’appel du 8 janvier lancé par sept partis kurdes d’Iran, membres du « Centre de dialogue des partis kurdes d’Iran », en organisant des manifestations et des grèves. Grâce à un soutien sans précédent, notamment à travers des grèves massives, les Kurdes ont non seulement étendu leur mouvement à l’ensemble du Kurdistan, mais ont également relancé les manifestations à Téhéran et dans d’autres villes iraniennes. Cette fois-ci, les rues étaient massivement remplies et les manifestations se sont intensifiées à l’échelle nationale. Cette réalité souligne une fois de plus le rôle crucial des Kurdes et leur position de force motrice de la révolution iranienne.

La Marseillaise : Le régime islamiste peut-il tenir grâce à la répression ?

Ehwen Çiyako : Depuis sa création, la République islamique a systématiquement réprimé les manifestations populaires. Lors des soulèvements récents, notamment le mouvement « Femme, Vie, Liberté » de 2022, elle a eu recours aux formes de répression les plus brutales. Malgré cela, le régime n’est pas parvenu à assurer sa survie et, sous la pression croissante de facteurs internes et externes, il est aujourd’hui au bord de l’effondrement. Il ne fait aucun doute qu’il se dirige vers sa chute. Le peuple iranien est épris de liberté et courageux, et la République islamique est incapable de le détourner de cette voie. La répression continue ne fait qu’attiser la haine du peuple envers le régime, et cette haine se transforme peu à peu en une force politique et de résistance organisée. Si la République islamique persiste dans sa politique répressive, elle sera finalement vaincue par cette force politique de plus en plus puissante : la volonté organisée du peuple iranien.

La Marseillaise : Croyez-vous à une intervention extérieure ?

Ehwen Çiyako : Nous avons une foi inébranlable dans la force intérieure de la société iranienne et sommes convaincus que le talon d’Achille de la République islamique réside dans ses faiblesses internes. Cette force populaire doit être renforcée et soutenue par la communauté internationale. Une attention accrue portée aux fragilités internes du régime, conjuguée à un soutien international aux luttes populaires, suffirait à induire un changement fondamental en Iran. Nous préconisons cette approche face à la République islamique et entendons devenir l’une des forces dynamiques et décisives de ce processus. Nos préparatifs et nos stratégies sont alignés en conséquence.
Parallèlement, les politiques de la République islamique créent de plus en plus les conditions qui légitiment l’intervention étrangère. Cette situation résulte directement des actions du régime, et non de nos convictions ou de nos préférences. Néanmoins, en toutes circonstances, nos actions resteront guidées par un engagement indéfectible envers la démocratie, la réalisation des droits démocratiques et la protection des vies et des biens. Notre vision, en toutes circonstances, est celle d’un Iran démocratique.

La Marseillaise : Le PJAK souhaite-t-il un scénario à la syrienne où les Kurdes contrôleraient une partie du territoire ? En avez-vous les moyens civils et militaires ?

Ehwen Çiyako : Le PJAK est sans conteste l’une des forces les plus influentes au Kurdistan et en Iran. Ses progrès ne se limitent pas au domaine militaire ; ils s’étendent également aux sphères politique, intellectuelle, sociale et organisationnelle. Le PJAK est convaincu que pour parvenir à un changement significatif, l’unité sociale et la convergence avec les autres forces démocratiques et émancipatrices du Kurdistan et d’Iran sont indispensables. Des progrès ont déjà été accomplis dans ce sens, et la consolidation et l’expansion de ces acquis demeureront un élément clé de la stratégie future du PJAK. Nous fondons notre stratégie sur la capacité à saisir chaque opportunité dans l’intérêt des peuples du Kurdistan et d’Iran.

Entretien réalisé par Léo Purguette (La Marseillaise, le 21 janvier 2026)

Le Conseil des droits de l’Homme va se réunir vendredi en urgence pour débattre sur la « détérioration » de la situation des droits humains en Iran, après la répression des manifestations contre le pouvoir, a indiqué l’ONU. Au moins 3 428 manifestants ont été tués, selon le dernier bilan de l’ONG Iran Human Rights, dont les chiffres sont cités par l’ONU, mais d’autres estimations font état, selon elle, de plus de 5 000 morts, voire jusqu’à 20 000. Dans ce contexte, La Marseillaise interroge sur la situation, Ehwen Çiyako, membre de la direction du PJAK, parti kurde d’Iran.