Guillaume Roubaud-Quashie : « L’Université d’été du PCF, pour aborder cette année avec ambition » (La Marseillaise)

Guillaume Roubaud-Quashie, directeur de l’Université d’été du PCF et membre du Conseil national présente l’événement qui débute ce vendredi à Toulouse.

La Marseillaise : Quels seront les temps forts de cette université d’été du PCF à Toulouse ?

Guillaume Roubaud-Quashie : C’est une université un peu particulière parce qu’elle arrive juste après le 40e Congrès du Parti Communiste. C’est, pour nous, le premier événement public majeur, important, national, depuis. Il s’inscrit dans un contexte bien connu, qui est celui, du macronisme finissant mais qui n’est pas encore parti puisqu’ils sont dans la préparation d’un prochain budget et envoient des signaux assez inquiétants. Parmi les temps forts de cette année, on a voulu donner une place importante aux enjeux climatiques et environnementaux. Cela se traduira notamment par la présence dès l’ouverture d’un responsable syndical des Sdis. On a aussi voulu apporter un éclairage particulier sur la question des enjeux de l’intelligence artificielle. On aura toute une série de rendez-vous autour des questions internationales, avec le retour de la délégation du PCF qui s’est rendue au Proche-Orient, un temps fort aussi autour de Cuba face au danger trumpiste qui ne cesse de grandir, et une séquence consacrée à l’évolution de la domination états-unienne dans la période. Dans les temps forts politiques, Fabien Roussel donnera son allocution de rentrée ce samedi soir, un débat est organisé dimanche entre Léon Deffontaines et le Haut-Commissaire à la Stratégie et au Plan Clément Beaune sur la question de la planification démocratique. Nous avons également organisé une rencontre entre les différentes formations politiques de gauche, avec socialistes, écologistes, insoumis et communistes bien sûr, ainsi qu’une rencontre avec le monde du travail, en présence de Caroline Chevé secrétaire générale de la FSU et Fabienne Rouchy, secrétaire confédérale de la CGT.

La Marseillaise : Vous prendrez part à une conférence intitulée « Antifascisme et politique de masse », pouvez-vous la présenter ?

Guillaume Roubaud-Quashie : C’est une thématique qui est importante pour nous parce qu’il y a la question de la nature de la menace d’extrême droite qui est devant nous et beaucoup d’ateliers seront consacrés à cette question, avec, notamment, Bernard Pudal qui a sorti un livre très important sur le sujet. On a voulu construire avec la jeunesse communiste un projet d’échange qui marie leurs réflexions en cours d’un côté, et de l’autre, un ancrage historique. C’est à ce titre-là que je vais intervenir dans cet atelier, parce que cette question de l’extrême droite, il faut évidemment la regarder à la lumière précise du présent, mais elle n’est pas neuve. On a déjà été confrontés à cette question et à des moments d’affirmation de l’extrême droite, et il y a eu des réponses des communistes dont on peut juger qu’elles sont adaptées pour le présent, qu’elles ne le sont plus, qu’elles l’ont été, qu’elles n’ont pas été, peu importe. En tout cas l’idée est de proposer aux communistes de ne pas réfléchir comme si rien n’avait jamais été pensé et tenté par le passé, si je puis dire. Le propos qui sera le mien sera surtout centré sur les réflexions et les expériences des communistes dans les années 1930, au moment où justement l’extrême droite en France était aux portes du pouvoir. Et, finalement, il faudra la victoire de Hitler pour que l’extrême droite, qui a cessé de progresser et n’avait pas réussi à obtenir le pouvoir, l’obtienne dans le bagage de l’armée nazie par ce rapport de force là. Donc l’idée c’est de voir un petit peu des éléments de réflexion et de parallèles avec aujourd’hui.

La Marseillaise : Pourquoi ce moment est-il important pour le parti, les militants, les cadres et les élus ?

Guillaume Roubaud-Quashie : C’est-à-dire qu’on sait tous qu’on va aborder une année importante et qu’on l’aborde avec esprit d’ambition absolument, mais tout en sachant qu’elle n’est pas facile d’avance. C’est-à-dire que le pire n’est pas du tout certain mais le meilleur n’arrivera pas par hasard. Donc, si on veut que le meilleur advienne et que le pire n’advienne pas, alors, il est impératif de prendre le temps de la réflexion au-delà des postures et des pensées courtes. Il faut creuser un certain nombre de sujets sur lesquels l’université va justement travailler à la veille de cette rentrée 2026-2027.

La Marseillaise : L’allocution de Fabien Roussel est prévue ce samedi soir. Est-ce un lancement de campagne présidentielle, tout en sachant que le vote des militants pour déterminer si oui ou non il sera candidat, est attendu le 6 septembre prochain ?

G.R.-Q. : Évidemment, au Parti communiste, ce sont les adhérents qui décident de leur orientation. En même temps il est certain que le 40e Congrès, au terme d’un processus démocratique, a déjà donné une certaine orientation. Le discours de Fabien Roussel ne pourra pas être celui du candidat, puisque ça, c’est aux communistes de le décider souverainement début septembre. Néanmoins, il s’inscrira dans la perspective qui a été tracée démocratiquement par le 40e congrès. Il aura une tonalité offensive pour attaquer l’année dans le contexte présent.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 21 août 2026)

Guillaume Roubaud-Quashie. « La Fondation Gabriel-Péri, encore plus que les autres, est menacée » (La Marseilllaise)

Guillaume Roubaud-Quashie, président de la Fondation Gabriel-Péri, appelle à défendre les structures « qui font vivre le débat public ». Il s’est rendu à Matignon la semaine dernière pour alerter le Premier ministre sur les difficultés financières de l’établissement d’utilité publique.

La Marseillaise : Vous avez alerté sur la situation financière de la Fondation Gabriel-Péri, son existence est-elle aujourd’hui menacée ?

Guillaume Roubaud-Quashie : Depuis le début de son financement public, la trajectoire est simple, on est autour d’une division par quatre des budgets de la Fondation depuis 2007. Depuis l’accession d’Emmanuel Macron au pouvoir, donc sur seulement 10 ans, on a plus que divisé par deux. Ce sont des baisses bien plus radicales que dans d’autres secteurs, il y a des responsabilités politiques claires de ce côté-là. Si on continue comme ça, dans peu de temps, ça sera fini, tout simplement. C’est une mise en danger mortelle des fondations à vocation politique, à commencer par la Fondation Gabriel-Péri qui, encore plus que les autres, est menacée aujourd’hui.

La Marseillaise : Cet affaiblissement des fondations politiques représente-t-il un danger pour le débat démocratique ?

Guillaume Roubaud-Quashie : Oui, on vit un moment de crise démocratique considérable, et on a besoin de débats argumentés pour l’affronter. Il faut savoir qu’en France, ce qui a compté dans le développement des fondations, c’est l’accession pour la première fois de l’extrême droite au pouvoir le 21 avril 2002, et l’idée que la République française était peut-être menacée. Il fallait réfléchir à des structures contribuant à renforcer l’ampleur, la vitalité et la qualité du débat démocratique. C’est dans cet esprit que la Fondation Gabriel-Péri a été créée, en 2004, à l’initiative du Parti communiste français. Les raisons qui ont mené à la création de ces fondations sont aujourd’hui encore plus fortes qu’elles ne l’étaient à l’époque. Je pense que, par leur capacité à produire des travaux qui vont au-delà des tweets, des expressions courtes ou des polémiques superficielles, les fondations ont aujourd’hui un rôle très précieux.

La Marseillaise : Vous vous êtes rendus mardi dernier à Matignon, avez-vous eu les réponses que vous espériez ?

Guillaume Roubaud-Quashie : Avec d’autres fondations, nous avons alerté le Premier ministre quant à la situation d’extinction des fondations. Nous sommes actuellement en discussion pour envisager la suite.

La Marseillaise : Concrètement, comment soutenir la Fondation ?

Guillaume Roubaud-Quashie : On a l’objectif de récolter plusieurs dizaines de milliers d’euros pour affronter les coupes de l’année. Il y a deux choses à faire. D’abord, souscrire est une aide concrète et immédiate. Sur le site de la Fondation, on peut faire des dons défiscalisés. Le deuxième aspect, c’est de participer aux activités qu’organise la Fondation. Elle a une revue qui s’appelle La Pensée et propose aussi des expositions gratuites. Il faut faire vivre et connaître la Fondation Gabriel-Péri, nous solliciter pour l’organisation de débats… Ce travail, il est à la disposition de toutes et tous, et pour que ça puisse continuer, on a besoin d’un soutien plus large. On a commencé à recevoir un certain nombre de dons, c’est encourageant, mais il faut que cette dynamique se poursuive. J’espère que la période de difficulté financière lourde que nous affrontons sera l’occasion pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore la Fondation de découvrir ce qu’elle fait et par la même occasion, de multiplier les partenaires et les initiatives à l’échelle nationale. La période que l’on vit mène à beaucoup d’interrogations, beaucoup de gens cherchent des réponses, des éléments de réflexion, et s’il y a une demande, nous on est là pour ça. Je suis confiant, même s’il y a des batailles à mener, on a l’habitude.

Entretien réalisé par Andréa Goyard-de Castro (La Marseillaise, le 3 août 2026)