Yannick Monnet. « Une triple peine pour les femmes victimes d’un cancer du sein » (La Marseillaise)

Un an après son adoption à l’unanimité, la loi sur la prise en charge des soins liés au cancer du sein reste lettre morte, faute de décrets d’application. Yannick Monnet, député PCF de l’Allier, est l’un des rapporteurs de cette loi. Il interpelle le gouvernement avec une pétition pour exiger l’application immédiate de la loi.

La Marseillaise : Qu’est-ce qui vous a motivé à porter cette proposition de loi sur le remboursement des soins de support pour les patientes atteintes d’un cancer du sein ?

Yannick Monnet : Une femme victime de cette maladie avait sollicité Fabien Roussel [secrétaire national du PCF, Ndlr] et moi-même, à deux moments différents. Elle nous avait expliqué qu’en plus de ses traitements contre le cancer, elle devait acheter des pommades et du vernis à ongles spécifiques. Ces dépenses, considérées comme soins de support, s’élèvent en moyenne 2 000 euros et ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale. Tout comme les dépassements d’honoraires, les prothèses capillaires et les implants mammaires. Pourtant, ces soins ont été reconnus comme essentiels à la guérison physique, mais aussi psychologique des patientes. Nous avons rencontré des acteurs qui suivent ces femmes, comme chez moi l’association Accanthe, qui financent des espaces d’accompagnements thérapeutiques pour les victimes de cancer du sein. Elles peuvent y consulter des kinésithérapeutes, des diététiciennes, des sophrologues… Notre objectif était donc d’obtenir la prise en charge intégrale des soins liés au cancer du sein, avant la chimiothérapie, pendant et après la rémission. Malheureusement, on n’a pas obtenu tout ce qu’on voulait. Nous avons dû retirer en commission la question du dépassement d’honoraires. On a eu, en contrepartie, l’engagement de l’ancien Premier ministre, François Bayrou, qu’un rapport sera fait sur le dépassement d’honoraires. Mais il y a, tout de même, un certain nombre de progrès qui sont permis par la loi. Faut-il encore que les décrets soient écrits et appliqués.

La Marseillaise : Justement, avez-vous connaissance d’un calendrier gouvernemental pour la publication de ces décrets ?

Yannick Monnet : Aucun. Aujourd’hui, on n’a toujours pas de calendrier. On est encore dans des logiques financières, ce qui n’a aucun sens. Pour les femmes qui sont victimes d’un cancer du sein, c’est la double, voire la triple peine : l’angoisse de la maladie, une vie personnelle complètement bouleversée et, parfois, une vie professionnelle mise entre parenthèses. Beaucoup de femmes divorcent ou quittent leur emploi. Et, en plus, elles doivent assumer des dépenses pour se soigner correctement. Je pense que c’est un problème de volonté politique pour ne pas dépenser trop d’argent. C’est pourquoi nous lançons une pétition. Mais c’est terrible qu’on soit obligés d’en arriver à un rapport de force. Aujourd’hui, le législatif a fait son boulot, de façon assez rapide, puisqu’on a mis peu de temps pour aboutir à cette loi, moins de deux ans. Maintenant, c’est à l’exécutif de faire le sien. Et il ne le fait pas, pour l’instant… Les réponses administratives et technocratiques que je reçois ne m’intéressent pas. C’est du prétexte. Et ça crée de faux espoirs pour ces femmes. J’ai vu des procédures accélérées. On est capable de voter des budgets pour des dispositions militaires. On n’a pas mis trois ans.

La Marseillaise : Pensez-vous qu’il existe un déséquilibre dans la volonté d’agir en fonction des sujets ?

Yannick Monnet : Clairement, aujourd’hui, on cherche à faire des économies en matière de dépenses de santé. On passe son temps à vouloir réduire les dépenses. Donc il y a une volonté politique. En tout cas, il y a un risque de voir la Sécurité sociale disparaître si l’on continue à en assécher les financements. Dans le cas de cette proposition de loi, il est invraisemblable que les décrets n’aient toujours pas été publiés. Ils finiront bien par l’être, mais cela traîne des pieds. Le problème, c’est que les ministres ont une durée de vie qui était assez courte, donc, « après moi, le déluge ». Pourtant, ce n’est pas compliqué de rembourser des produits qui bénéficient aux femmes victimes d’un cancer du sein. Je me dis qu’avec cette pétition, le gouvernement ne pourra plus ignorer la nécessité de publier ces décrets.

Entretien réalisé par Carmen Vollenweider (La Marseillaise, le 20 mai 2026)

Emmanuel Tjibaou : « On ne peut pas parler de décolonisation sans le FLNKS » (La Marseillaise)

Dans une atmosphère tendue, par 190 voix pour et 107 contre l’Assemblée nationale a adopté jeudi la motion de rejet préalable du député kanak Emmanuel Tjibaou contre le projet de loi constitutionnelle du gouvernement visant à réformer le statut de la Nouvelle-Calédonie. Le texte, défendu par la ministre des Outre-Mer Naïma Moutchou, rebascule désormais au Sénat, où il sera à nouveau discuté. En réaction au vote, le Premier ministre Sébastien Lecornu annonce que le gouvernement réunirait « la semaine prochaine » les forces politiques signataires de l’accord dit « Bougival ».
Entretien avec Emmanuel Tjibaou, député de Kanaky-Nouvelle-Calédonie au sein du groupe GDR (communiste et ultramarin). Il préside l’Union calédonienne (UC), composante du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS).

La Marseillaise : Pourquoi rejetez-vous ce projet de loi constitutionnel ?

Emmanuel Tjibaou : En tant qu’indépendantistes, les propositions qui ont été formulées dans le texte ne nous conviennent pas. Il est question d’un État de Nouvelle-Calédonie, d’une nationalité propre et qui pourrait être reconnu par la communauté internationale. En droit international, ça n’existe pas un État souverain qui existe à l’intérieur d’un autre. C’est une autonomie, tout au moins. D’autant plus que la nationalité qui est formulée dans la proposition n’existe que si elle est rattachée à la nationalité française. Donc clairement, c’est une souveraineté de papier. Sur l’exercice du droit à l’autodétermination, il est prévu dans la Constitution de 1946 que la France accompagne les territoires au sortir de la Seconde Guerre mondiale sur une trajectoire d’indépendance. L’exercice du droit à l’autodétermination tel qu’il est décliné dans l’accord de Bougival, nécessiterait de décrocher une majorité qualifiée de 64 % au Congrès de Nouvelle-Calédonie. C’est davantage que la majorité qualifiée du Congrès de Versailles pour changer la Constitution française. Même si on obtient cette majorité qualifiée, seul l’État peut convoquer un référendum pour faire voter les Calédoniens sur l’obtention de compétences régaliennes. Enfin, si par miracle, on les obtient, les partenaires doivent se réunir pour déterminer les modalités du nouveau lien avec la France. Donc, même après ce chemin de croix, on n’a pas la certitude qu’on chemine vers une décolonisation pleine et entière…

La Marseillaise : Le gouvernement a tenté le passage en force ?

Emmanuel Tjibaou : C’est un accord non consensuel qui a été négocié au forceps. Certains ont dit après la séquence d’Élysée-Oudinot du 19 janvier qu’il y avait eu un chantage au plan de relance. Si on ne souscrivait pas à cet accord, les subsides de l’État et les subventions n’arriveraient pas. Les parlementaires avaient déjà statué à l’automne dernier, lors du report des élections provinciales, en demandant de manière explicite qu’il puisse permettre au gouvernement de reprendre la main pour rejeter Bougival et aller vers un accord consensuel. Il ne l’a pas fait. On a statué sans loi organique accompagnant ce texte, ce qui est quand même assez incroyable.

La Marseillaise : Vous demandez la réouverture des négociations ?

Emmanuel Tjibaou : Maintenant qu’on a rejeté le texte et que le calendrier du congrès de Versailles pour la réforme constitutionnelle ne tient plus, il faut tenir les élections provinciales. Notre objectif était aussi rattaché à l’exercice du pouvoir démocratique car ce texte aurait provoqué un quatrième report de ce scrutin, ce qui ne s’est jamais produit sur aucun territoire ni département de la République sous la Ve. On demande aux parlementaires de trouver des équilibres que le gouvernement n’a pas pu trouver, c’est assez gonflé. On s’est inscrits par deux fois en 1988 et en 1998 dans des accords qui ont été validés et constitutionnalisés avec deux présidents successifs, Mitterrand et Chirac, sur une démarche de décolonisation. Ce qui signifie qu’aujourd’hui, je siège à l’Assemblée, mais l’ensemble des compétences, elles ont déjà été dévolues à la Nouvelle-Calédonie, il ne reste que les régaliennes. Pour nous, la perspective est de définir un calendrier dans lequel la question de l’indépendance ou en tout cas d’une souveraineté partagée, peuvent être définies comme cadre de négociation. On ne peut pas parler de décolonisation sans le mouvement de libération, le FLNKS, au nom duquel je parle aujourd’hui.

La Marseillaise : L’exécutif se soumet à ses élus loyalistes ?

Emmanuel Tjibaou : L’impartialité de l’État est clairement questionnée pour nous. On n’a pas demandé à être français, on nous l’a imposé en 1853 avec des fusils à baïonnettes. Aujourd’hui, on négocie avec le représentant de l’État français et son exécutif. Le FLNKS a fait un pas de côté avec l’UNI (Union nationale pour l’indépendance), Calédonie Ensemble et l’Éveil Océanien, parce qu’on avait souscrit au projet de souveraineté partagée emmené par le ministre d’État Manuel Valls. En revanche, en aucun cas le pas de côté a été fait par les loyalistes et les partenaires lorsque le FLNKS s’est mis en retrait de la séquence de Bougival. Or, notre principe dans la négociation, puisque c’est l’application de la méthode Rocard, c’est aussi de faire valoir les éléments de consensus. C’est comme ça qu’on travaille, nous, dans le Pacifique. Je veux bien croire qu’en Occident, c’est la force qui prévaut mais ce n’est pas comme ça qu’on entrevoit la discussion. Et encore moins quand on est dans une situation décoloniale.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 3 avril 2026)

Refuser la confiance, rejeter l’austérité. Communiqué du groupe de la Gauche Démocrate et Républicaine (GDR) à l’Assemblée nationale

Il ressort de la nouvelle intervention de François Bayrou que s’il s’efforce de s’adresser aux Français, il ne semble toutefois pas en mesure de les écouter.

Contrairement à ce que dit le Premier ministre, ceux-ci comprennent très bien les mauvais choix faits depuis 2017. Ils se sont mobilisés contre la réforme des retraites, ont sanctionné Emmanuel Macron en 2024 et refusé, dans leur immense majorité, les orientations budgétaires présentées cet été.

84% d’entre eux se sont déclarés fermement opposés à la suppression de jours fériés ; les salariés de Radio France sont en grève; l’hôpital public, la SNCF, les travailleurs de l’énergie, les pharmaciens, les taxis… ont annoncé rejoindre les actions de mobilisation qui s’organisent dans notre pays des la semaine prochaine. Réduire ces mobilisations d’ampleur à de l’agitation relève d’un profond mépris.

Le Premier Ministre campe sur sa ligne politique, sociale et économique, dévastatrice et va jusqu’à tenir les Français pour responsables de la dette. Pourtant, en décrivant la situation dans laquelle se trouve le pays, il expose en réalité les conséquences et l’échec patent de la politique qu’il s’obstine, comme les précédents, à imposer au pays.

Jamais la pauvreté n’a atteint de tels niveaux dans notre pays sur les trente dernières années ; ce sont au moins 12 millions de nos concitoyens qui vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté et à tous ceux-là, le Gouvernement promet un quotidien encore plus insupportable. Les privés d’emploi sont une nouvelle fois mis au ban de la société avec l’annonce d’une quatrième réforme de l’assurance chômage. L’ensemble des travailleurs est voué à une plus grande libéralisation du marché du travail, règne de l’insécurité sociale et de la précarisation.

Par sa décision d’engager la responsabilité de son gouvernement sur un simple constat plutôt que sur les mesures d’austérité qu’il défend, François Bayrou cherche à éviter la censure de son budget et espère décourager les mobilisations du 10 septembre. Mais les Français ont très bien compris que l’austérité n’est pas leur intérêt et que cette politique ne vise qu’à rendre une copie parfaite aux marchés financiers. Avec eux, notamment dans les mobilisations à venir, nous voterons contre la confiance que le Premier ministre nous demande.

Paris, 25 août 2025