L’édito du webzine. La fraîcheur volée

L’été s’installe comme une menace. On nous dit que c’est le destin, que le climat se dérègle, que c’est la fatalité. Mais la fatalité, c’est une invention de ceux qui ne veulent rien changer.

Depuis cinquante ans, les scientifiques hurlent dans le désert : chaque gramme de CO₂ rejeté est une braise de plus sur le brasier. L’Arctique fond, l’Europe étouffe, et demain sera pire. Pourtant, dans les salons feutrés, on discute encore de croissance, de profits, de forages à relancer. On nous propose des brumisateurs comme on jette des miettes aux pigeons.

Les chiffres, eux, ne mentent pas. Cinq cents mille morts par an dans le monde, cinq mille en France en 2022. Des vies fauchées par la canicule, et toujours les mêmes qui trinquent : les vieux, les pauvres, celles et ceux que le système a déjà écrasés une première fois. Les corps souffrent, les esprits se brisent, les logements deviennent des étuves. Les hôpitaux craquent, les forêts brûlent, les rivières ne sont plus que des cicatrices dans la terre. Les abeilles tombent, les vaches suffoquent, les trains déraillent, les centrales s’arrêtent. Tout se dérègle, tout se fissure. Et dans leurs bureaux climatisés, les bien-pensants nous parlent d’adaptation, comme si l’on pouvait négocier avec la fin du monde.

Pourtant, il y a ceux qui refusent de baisser les bras. À New York, à Londres, à Delhi, à Montréal, une même exigence monte, têtue, nécessaire : le droit à la fraîcheur. Pas comme une aumône, pas comme un privilège, mais comme un dû, au même titre que l’eau, le pain ou la dignité. Car de quoi parle-t-on, au fond ? De notre capacité à vivre sur cette Terre sans y laisser notre peau. Et ce droit, il ne viendra pas tout seul. Il faudra le conquérir.

Le Plan climat Empreinte 2050 du PCF : une nécessité

C’est là que le Plan climat Empreinte 2050 du PCF prend tout son sens. Parce que ce plan, ce n’est pas seulement une liste de mesures, c’est une vision. Une vision où la transition écologique n’est pas une punition, mais une libération. Où l’on ne se contente pas de réduire les émissions chez nous, mais où l’on s’attaque à notre empreinte carbone globale, y compris celle, invisible, de nos importations. Où l’on comprend enfin que le climat et la justice sociale sont les deux faces d’une même pièce.

Imaginez : des villes où l’on respire, où les transports en commun sont gratuits, où les logements sont isolés, où les rues sont des forêts et non des fournaises. Imaginez une économie qui ne tourne plus pour une poignée de milliardaires, mais pour le bien-être de toutes et tous. Où l’on travaille moins, où l’on travaille mieux, où l’on mange sain sans se ruiner. Où les usines ne crachent plus leur venin, où les champs ne sont plus des déserts chimiques, où l’eau n’est pas une marchandise mais un bien commun. Imaginez une France qui, au lieu de donner des leçons au monde, tend la main aux pays du Sud pour construire ensemble une sortie de crise. Ce n’est pas un rêve. C’est Empreinte 2050.

Ce plan, c’est la preuve que l’on peut faire autre chose que subir. Qu’on peut bâtir plutôt que de gérer. Qu’on peut exiger une sécurité sociale écologique, comme on a exigé la Sécu après la guerre. Qu’on peut mettre fin à l’austérité qui étouffe les budgets verts, qu’on peut taxer les superprofits des pollueurs pour financer la transition, qu’on peut arrêter de bétonner les terres agricoles et de détruire les jardins partagés. Qu’on peut, enfin, prendre le pouvoir sur notre destin.

Parce que le droit à la fraîcheur, c’est bien plus qu’un thermomètre qui baisse. C’est le droit de ne plus être les otages d’un système qui nous étouffe. C’est le droit de vivre, tout simplement. Et ce droit, on ne nous le donnera pas. Il faudra le prendre. Avec Empreinte 2050, le PCF nous montre le chemin. À nous de le parcourir.

Dominique Gerbault

Courrier de Yamina Saheb, autrice du 6e rapport du GIEC au président de la République

Cher Emmanuel Macron,

Je vous écris de notre cave, seul lieu encore habitable dans notre immeuble parisien.

Je relis votre appel à « la prudence, à prendre soin des personnes âgées, des plus vulnérables comme des enfants et à suivre l’ensemble des recommandations du gouvernement ».

J’en reste abasourdie. Je ne comprends pas qu’un président de la République puisse, une fois de plus, faire peser sur les frêles épaules des citoyens la responsabilité de les protéger, qui est la vôtre. Et je vous imagine sirotant un apéro (loin d’être mérité) dans une pièce climatisée de l’Élysée ou d’un autre palais de la République.

Alors j’ai décidé de vous écrire. Cette lettre, vous ne la lirez probablement jamais. Qu’importe : seule l’écriture apaise un peu ma colère.

Vous nous demandez « la prudence ». Mais la prudence de qui, Monsieur le Président ? Celle des citoyens qui n’ont jamais voté pour quatre degrés de réchauffement, ou celle d’un État qui, année après année, choisit de ne pas agir sur la cause ? On ne se met pas « à l’abri » d’un climat que l’on continue de dérégler. On ne « boit pas de l’eau » pour réparer des décennies d’inaction climatique.

Cette canicule n’est pas une fatalité météorologique. Elle est la conséquence directe et mesurée de votre décision de nous enfermer dans le capital fossile. Nous l’avions écrit, noir sur blanc, dans les rapports du GIEC (IPCC). Vous le saviez. Nous le savions tous. Ce qui nous accable aujourd’hui n’est pas une surprise : c’est un rendez-vous que vous, avec d’autres responsables politiques, avez choisi de ne pas honorer.

Et que proposez-vous face à cela ? De nous adapter à une France devenue fournaise, comme si l’on pouvait s’adapter sans fin à un monde que vous vous obstinez à rendre invivable.

Je vous écris enfin parce que je ne sais pas comment expliquer à un enfant de six ans que les adultes savaient, et qu’ils ont préféré l’apéro à l’action.

Je ne sais pas pour vous ; moi, je refuse de léguer à mon fils un pays où le seul refuge est le sous-sol, et comme seule consigne, la débrouille.

Nous finirons bien par remonter de notre cave. Mais je n’oublierai pas qui m’y a laissée : votre inaction climatique, cher Emmanuel Macron, celle qui vole à nos enfants le droit de vieillir sur Terre.

Yamina Saheb

Valérie Masson-Delmotte : « Nous ne sommes pas tous égaux » (L’Indep)

Après les propos polémiques de Yann Barthès, lancés sur le plateau de « Quotidien », la climatologue et la communauté scientifique s’alarment.

« Tout le monde a chaud (…) on est tous logés à la même enseigne. » Les propos de Yann Barthès, lancés sur le plateau de Quotidien sur TMC, ont agacé la communauté scientifique.

Parmi les voix qui s’élèvent, celle de Valérie Masson-Delmotte, climatologue et ancienne coprésidente du groupe numéro un du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du chimat (Giec).

Comprenez-vous cette controverse liée aux propos de Yann Barthès ?

J’ai été très choquée par ces propos, j’ai vraiment été très choquée par cette blague. Je connais des personnes qui ont des chambres d’étudiants sous les toits. Et, en ce moment, elles ne peuvent tout simplement pas dormir. Cette blague, qui a pour objectif de créer quelque chose de rassembleur, provoque complètement l’inverse. Elle reflète surtout la vulnérabilité et les inégalités d’exposition à la chaleur.

La canicule reflète donc les inégalités croissantes face à la chaleur ?

Bien sûr, nous ne sommes pas égaux face à la chaleur. Et ça, on le sait depuis longtemps, depuis la canicule d’août 2003. Après cet épisode, on a constaté que la chaleur avait un impact sur les personnes âgées, elle provoque une surmortalité. Les enfants, les femmes enceintes, les personnes qui souffrent de maladies chroniques sont également plus vulnérables. Sans oublier les personnes qui vivent dans des bouilloires thermiques, des logements où la température peut être plus élevée que la température extérieure. Il faut tenir compte de ces vulnérabilités, tenir compte de ces inégalités d’exposition et ainsi protéger les personnes les plus faibles.

Face à ces inégalités, comment évaluez-vous les réponses apportées par les pouvoirs publics ?

Que puis-je dire ? (Silence) Il y a eu des progrès depuis 2003. En termes de gestion de crise, il y a des choses qui se sont nettement améliorées. Quelques exemples : les seuils de canicule, le fait de veiller sur nos aînés, l’accès aux espaces verts, etc. Mais on peut aller encore plus loin, avec un grand plan fraicheur. Ce qui me choque le plus, c’est la communication du gouvernement. Les politiques ne peuvent pas dire qu’ils sont surpris que l’on atteigne une telle intensité de chaleur au mois de juin. Ça, je ne peux pas l’accepter. Depuis les années 2000, le Giec alerte sur le lien entre énergies fossiles et réchauffement climatique. On ne peut pas être plus clair.

Recueilli par Arthus Maes (L’Indépendant, le 27 juin 2026)