350 élèves en Espagne, en France, au Portugal et en Grèce dirigent, aux côtés de 30 enseignants, le projet SchoolFan pour lutter contre la désinformation climatique dans les salles de classe

L’initiative qui est sur le point d’être présentée est développée dans le cadre d’Erasmus+. Ce projet marque l’aboutissement d’un processus ayant permis de créer un modèle pionnier de science citoyenne destiné à protéger les jeunes européens et européennes face à la désinformation sur le changement climatique.

Lutter contre la désinformation liée, au changement climatique dans les salles de classe. Tel est l’objectif du projet international SchoolFan (Schools against fake news for a cooler future), une initiative qui entre dans sa phase décisive après deux années de travail coordonné entre le Portugal, l’Espagne, la France et la Grèce.

Il s’agit d’un projet développé dans le cadre du programme Erasmus+, plus précisément dans celui des projets de coopération éducative (KA2). Le consortium compile actuellement les résultats finaux, qui seront présentés le 18 juin, couronnant ainsi un processus qui a donné naissance à un modèle pionnier de science citoyenne destiné à protéger les jeunes européennes et européens contre la désinformation liée au changement climatique.

Une équipe multidisciplinaire de haut niveau

Depuis son lancement, le projet, dirigé par une équipe composée de 30 enseignants et chercheurs issus d’institutions de quatre pays européens (Portugal – Université d’Aveiro et Nouvelle Université de Lisbonne –, Espagne – Université Rey Juan Carlos et Université Complutense de Madrid –, France – Cercle FSER – et Grèce – Université nationale et capodistrienne d’Athènes), œuvre pour l’intégration de la science citoyenne dans le système éducatif.

Cette équipe réunit des experts en enseignement des sciences expérimentales et en pédagogie, ainsi que des spécialistes du journalisme et de la communication institutionnelle, afin de garantir une approche rigoureuse et transversale de la désinformation.

Deux années d’étapes clés et d’engagement éducatif

Depuis sa réunion de lancement en avril 2024, l’équipe de SchoolFan a travaillé dans les domaines clés suivants :

  • Analyse et diagnostic: Une cartographie des programmes scolaires a été réalisée afin d’identifier les meilleurs points d’entrée pour l’éducation aux médias et l’éducation climatique. Après des étapes importantes telles que l’analyse des programmes nationaux (mai 2024) et les groupes de discussion avec des experts (juin 2024), des ressources pédagogiques innovantes ont été développées et font déjà la différence dans les salles de classe.
  • Formation spécialisée : Plus de 90 enseignants du Portugal, d’Espagne, de France et de Grèce ont achevé leur formation en janvier 2026,lors de laquelle ils ont pu découvrir et acquérir des stratégies pour identifier et déconstruire les fausses informations en classe. À cette fin, des supports pédagogiques centrés sur le changement climatique, la vérification de l’information et la science citoyenne ont été développés.
  • Développement d’outils : Des ressources numériques ont été créées afin de permettre aux élèves et aux enseignants de participer en tant que citoyens responsables à l’analyse de problématiques sociales complexes.

Un projet à vivre dans les salles de classe : la vérification par les élèves

Entre janvier et mars 2026, SchoolFan a été mis en œuvre comme projet de science citoyenne dans 32 classes du secondaire des quatre pays participants, avec la participation de 350 élèves.

Les élèves ont agi comme vérificateurs de faits, analysant des contenus climatiques sur TikTok, YouTube et Instagram selon les recommandations internationales de vérification.

De nombreux élèves ont lancé leurs propres initiatives dans leurs établissements, organisant des activités de sensibilisation et aidant leurs camarades à identifier les informations trompeuses, multipliant ainsi l’impact du projet.

Un modèle évolutif pour le reste des pays européens

Le travail réalisé permettra, d’ici la fin du mois de juin, à la communauté éducative européenne de disposer d’un modèle reproductible facilitant l’adoption des meilleures pratiques en matière d’éducation aux médias et d’éducation climatique.

« Ce projet est essentiel car il montre comment l’éducation peut donner aux enseignants les moyens de former les élèves et de leur fournir des outils pour identifier et combattre la désinformation sur le changement climatique », ajoute Héloïse D. Dufour, directrice du Cercle FSER, une organisation française dédiée à la promotion de la culture scientifique et du dialogue entre la science et la société.

À propos de SchoolFan

SchoolFan est un projet européen d’innovation éducative financé par le programme Erasmus+ qui promeut l’éducation aux médias et l’esprit critique auprès des élèves du secondaire.

À travers un modèle de science citoyenne, le projet forme et accompagne les enseignants et les établissements scolaires d’Espagne, de France, du Portugal et de Grèce afin d’identifier, d’analyser et de combattre la désinformation sur le changement climatique sur les réseaux sociaux.

SchoolFan développe des ressources pédagogiques, des outils numériques et des formations spécialisées permettant aux jeunes de comprendre comment circulent les fausses informations, d’évaluer la fiabilité des sources et de participer activement à la construction du savoir scientifique.

Son objectif est de renforcer une citoyenneté plus informée, critique et engagée face aux défis climatiques actuels.

Anti-franquiste dans les P.-O. Jean Vila.« Ici, contre Franco, c’était profond » (L’Indep)

Dès le milieu des années 1960, Jean Vila a été de toutes les manifestations anti-franquistes dans les Pyrénées-Orientales. Mais il a aussi effectué des dizaines de voyages de l’autre côté de la frontière, de Figuères à Saragosse ou Barcelone, pour convoyer clandestinement, et non sans risques, des dirigeants communistes espagnols attendus à des réunions secrètes en France.

De Jean Vila, on connait les nombreux mandats électifs (maire de Cabestany de 1977 à 2021, conseiller général et régional, député), moins l’engagement auprès des républicains espagnols. Fils de la Retirada, communiste, il est doublement « sensibilisé », comme il dit, à la cause des anti-franquistes puisque le parti est interdit en Espagne à l’arrivée de Franco. C’est donc en France que les dirigeants communistes espagnols se réunissaient grâce à des passeurs. Jean Vila était de ceux-là.

Passeur

« J’ai fait ça pendant dix ans », livre-t-il aujourd’hui. De 1965 à 1975, accompagné de son épouse « car un couple était moins soupçonné », il traversait la frontière au Perthus et ralliait des points de rendez-vous tantôt à Figueres, tantôt à Barcelone et jusqu’à Saragosse. Le militant communiste muni de faux papiers à bord (militant dont il ne connaissait presque rien), retour en France par le même chemin.

Avec des policiers et des douaniers aux aguets. « Le risque, c’est qu’ils étaient pistés par la police espagnole, la Guardia civil, on pouvait tous se faire arrêter en Espagne, raconte-t-il. On avait des consignes si on se faisait arrêter, c’était de dire qu’on avait pris un type en auto-stop et qu’on ne connaissait rien de lui. Je n’ai jamais été arrêté au Perthus, j’ai eu beaucoup de chance ».

L’expédition s’arrêtait généralement en gare de Perpignan ou les militants embarquaient pour Paris. Mais parfois, les réunions se déroulaient au domicile perpignanais des époux Vila. Une adresse près des Remparts déjà connue de la diaspora « La femme qui l’habitait avait déjà des relations avec les Espagnols et elle m’avait dit « moi je suis prête à louer à quelqu’un qui va continuer à s’occuper des Espagnols ». C’est comme ça que j’ai occupé cette maison un certain nombre d’années avant de m’installer à Cabestany ».

Parallèlement étaient organisées des manifestations à Perpignan, que l’historien catalan Alfons Aragoneses qualifie d’« actes de résistance ». « Ces manifestations, où on demandait le départ de Franco ont aide à organiser la résistance à l’intérieur du pays », estimait ce spécialiste du franquisme le 25 mai 2025 dans L’Indépendant. Jean Vila les appelle « des manifs de soutien avec des communistes, des socialistes, tous les gens attachés à la liberté et à la démocratie en Espagne. Ça mobilisait beaucoup ici, il y avait beaucoup de monde dans les rues parce qu’il y avait une population issue de la Retirada qui est devenue militante » Et d’insister : « Ici, contre Franco, c’était profond. Ils avaient fui leur pays et beaucoup étaient morts durant le passage de la frontière et ce qui les a beaucoup aidés, c’était la solidarité en pays catalan. Beaucoup de liens s’étaient créés C’était chouette et d’ailleurs il y a des commémorations chaque année aux points de passage du département. Et pendant tout le règne de Franco, il y a eu une solidarité importante avec également des points de passage à Cerbère ou Saint-Laurent-de-Cerdans pour la propagande aussi, les tracts, passaient par la montagne dans des sacs à dos ».

« Franco assassin »

« Le consulat d’Espagne à Perpignan était envahi régulièrement, se souvient encore l’élu. Et chaque fois qu’un militant se faisait choper, on allait manifester ». Parfois jusque dans les locaux mêmes de la rue Franklin, où simprovisaient des seatings. Une poignée d’élus ou responsables politiques de gauche défilaient en tête dans les rues de Perpignan ou du Perthus. « Je me souviens de Pierre Estève (élu PS des P.-O. disparu en février 2025-NDLR), Jean Catala qui était conseiller général du Vernet, Henri Costa qui était secrétaire fédéral du PC, Roger Samber, communiste aussi ». Avec eux, de nombreux jeunes « gauchistes » brandissent les banderoles « Franco assassin », La dictature tombée, Jean Vila retourne à Madrid en 1977, invité à la première « fiesta del PC espanol ». Son père, réfugié en France depuis 1939, attendra 1985 pour revenir dans son pays, « avec encore de la crainte et de l’appréhension ».

Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 23 novembre 2025)

Il y a cinquante ans, l’Espagne était libérée de Franco (L’Indep)

Le 20 novembre 1975, le dictateur espagnol mourrait, dans son lit, après une agonie outrageusement médiatisée. Et surtout, après 39 ans d’un régime répressif.

« Espanoles… Franco ha muerto ». La phrase, prononcée d’une voix sinistre et étranglée à la télévision nationale, a marqué les Espagnols. Elle était le signal de la fin de quatre décennies d’oppression et de crimes, mais elle plongeait aussi le pays dans l’incertitude du lendemain. L’histoire a heureusement, et rapidement, tourné en faveur des démocrates. Et alors que cet automne marque les cinquante ans de la mort du Caudillo, l’Espagne ignore les nostalgiques de la dictature pour poursuivre la réparation des mémoires et des vivants.

Après, pêle-mêle, la création d’un (très actif) ministère de la Mémoire démocratique, l’identification et la reconnaissance de victimes, l’ouverture d’archives, le déboulonnage de statues, l’exhumation du cercueil de Franco de la Valle de los Caidos où il reposait honteusement à côté de ses victimes, c’est prochainement la Fondation Franco qui devrait disparaitre. Un demi-siècle pour rendre justice, retrouver honneur et dignité. C’est peu a hauteur d’un si grand pays, beaucoup à hauteur d’Espagnols. Davantage encore pour les sacrifiés et les réfugiés de la guerre civile et leurs enfants. Et eux plus que d’autres savent que la menace d’un régime autoritaire n’est pas morte avec Franco, mais qu’elle plane. En Espagne, en France, en Italie. Ailleurs.

Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 23 novembre 2025)