Machado, mort en exil à Collioure (L’Indép)

Le poète andalou né à Séville le 26 juillet 1875, mourra en exil à Collioure le 22 février 1939, il repose au cimetière vieux, situé au cœur de la cité des artistes.

De son véritable nom Antonio Cipriano José Maria Machado Ruiz, l’histoire retient celui d’Antonio Machado. Le poète andalou est une figure du mouvement littéraire espagnol dit de la « Génération 98 ». Une référence datant de la guerre hispano-américaine de 1898, qui a réuni des écrivains, essayistes et poètes espagnols qui étaient alors touchés par la défaite de leur pays, entraînant la perte de nombreuses colonies dont Porto Rico, Cuba et les Philippines.

Fils d’un père très attaché aux traditions populaires, la famille compte un poète dramaturge, un peintre, il est aussi le neveu de l’écrivain romantique Augustin Duran (1789-1862). Alors âgé de 8ans, il s’installe avec sa famille à Madrid et avec ses deux frères étudient dans une institution libre d’enseignement. Très vite, le jeune Antonio découvre sa passion pour la littérature. Il n’a que 17 ans lorsque son père décède, pour vivre il deviendra un temps acteur et effectuera d’autres petits boulots. À 24 ans, alors que son frère a décroché un poste de traducteur à la maison Garnier, prestigieuse librairie et maison d’édition, il le rejoint à Paris. Un déclic pour lui, lors de ses rencontres avec des figures littéraires de l’époque tels Paul Fort, Oscar Wilde, il sera poète !

Tout s’enchaîne alors, il publie ses premiers poèmes en 1901 et son premier recueil deux ans plus tard: Soledades. En 1907, il retourne au pays, il est professeur de Français à Cuevas. Durant douze ans (1919-1931), il enseignera le français à Ségovie, se rapprochant de Madrid ou demeure son frère. Tous deux réalisent des pièces de théâtre à succès, il entretient une liaison amoureuse avec une femme mariée, qu’il nomme Guioma dans ses poèmes.

Le choix de la république

En juillet 1936, la guerre civile éclate, Machado est à Madrid et offre sa plume au Parti Républicain. En revanche son frère bien aimé vivant en zone nationaliste, soutien le camp franquiste. Il publie un poème sur l’exécution du poète dramaturge Fédérico Garcia Lorca (assassiné par les nationalistes en 1936). Menacé, il est évacué avec sa mère Ana Ruiz et deux de ses frères (José et Joaquim) à Valencia puis à Barcelone. La chute de la seconde République espagnole contraint la famille
à fuir vers la France.

Ils arrivent à Collioure en février 1939 et s’installent dans la chambre d’un petit hôtel (Bougnol-Quintana), il fait un froid à pierre fendre, à sa santé déjà fragilisée s’ajoute le terrible choc de l’exil. Une pneumonie va l’emporter en quelques jours le 22 février, sa mère décédera trois jours plus tard dans la même chambre.

Chaque année, la Fondation Machado de Collioure organise une journée d’hommage au poète dis-paru, en réunissant dans l’émotion des représentants institutionnels, des historiens, des artistes et des sympathisants des deux côtés de la frontière.

Véronique Parayre (L’Indépendant, le 25 octobre 2026)

Ailleurs en Europe, la jeunesse aussi se révolte (La Marseillaise)

La jeunesse européenne est en éveil. De la péninsule ibérique aux Balkans, les lycéens et étudiants sont les fers de lance de manifestations massives dans leurs pays respectifs. Leurs revendications sont multiples et se rejoignent : ils veulent étudier dans des conditions dignes, rejettent la casse des services publics et la militarisation de l’économie, exigent de pouvoir vivre de leur travail, habiter dans des logements salubres aux loyers décents quand certains dénoncent la corruption de leurs dirigeants. Ils rejettent la politique néolibérale qui leur a été imposée par leurs aînés et dont ils subissent les conséquences. Loin d’ouvrir le dialogue, les capitales européennes choisissent la répression. En Espagne, au Portugal, en Belgique, en Italie mais aussi en Grèce, en Albanie et en Serbie, cette jeunesse qui rêve d’un monde meilleur et plus juste ne recule pas et déambule dans les rues, solidaire, s’inspirant des luttes de son voisin.

Espagne. « Le reflet de la crise du logement » (Jesús Perez, Membre de l’Union des jeunesses communistes d’Espagne (UJCE), stagiaire)

En Espagne, Maricarmen Abascal est devenue, malgré elle, le visage de la spéculation immobilière. Dans l’incapacité de payer son loyer multiplié par cinq, cette retraitée handicapée de 87 ans a été violemment expulsée le 23 septembre de son appartement madrilène dans lequel elle vivait depuis 71 ans, provoquant une mobilisation massive dans le pays. Maricarmen est décédée le 7 octobre, mais la contestation ne faiblit pas. Minoritaire, dans l’incapacité de prendre des mesures urgentes, le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a convoqué des élections anticipées le 29 novembre. Les syndicats espagnols appellent à la grève générale le 11 novembre prochain.

« Le mouvement a commencé à la suite de l’expulsion de Maricarmen, cette vieille dame qui a d’ailleurs fini par mourir. La jeunesse ouvrière a décidé, avec les syndicats des locataires, d’occuper Madrid. Le mouvement s’est étendu en Espagne, en particulier dans les grandes villes comme Séville ou Barcelone. C’était le reflet de la crise du logement que nous connaissons en Espagne. Le marché est parasité par les intérêts privés, la touristification, la gentrification de nos villes et de nos quartiers, ainsi que par la hausse du coût de la vie. Ces trois facteurs nous empêchent de mener une vie normale. Nous en avons assez d’être les victimes du système. Après le rejet au Parlement des textes sur le logement, les syndicats ont obtenu la grève générale. La gauche doit remporter les élections législatives à venir. Pour la classe ouvrière, ce serait un désastre si un gouvernement conservateur, soutenu par l’extrême droite, venait à voir le jour. »

Portugal. « L’extrême droite en puissance » (Janine Ferreira, Membre du Parti communiste du Portugal (PCP), employée d’université)

Comme le voisin espagnol, au Portugal, les manifestations se concentrent autour des prix des logements et la cherté de la vie. Entre 2014 et 2025, le prix des loyers a augmenté de 124%, soit deux fois plus que la moyenne européenne. Alors que le salaire minimum national est de 920 euros, le loyer médian dans la capitale portugaise est de 1 500 euros. Des centaines de militants pour le droit au logement ont ainsi campé dans des tentes à Lisbonne et Porto avant d’être délogés par la police, et décidé de dormir à la belle étoile. Les syndicats portugais sont en discussion avec leurs homologues espagnols pour rejoindre leur mobilisation en vue de lancer une « grève générale ibérique ».

« Avec ce nouveau gouvernement, les taux d’inflation ont atteint des sommets. La valeur des logements entre 2020 et 2025 a augmenté de 60% et les loyers de 74%. La réforme du logement fixe le plafond légal du loyer à prix « modéré » à 2 300 euros alors que le salaire minimum national est de 920 euros. Ni le parti socialiste précédemment au pouvoir, si celui de centre-droit qui dirige actuellement n’ont construit assez de logements sociaux. En même temps, l’opinion sur les immigrés devient de plus en plus extrémiste ici, à mesure que l’extrême droite monte en puissance. Ce discours attisé par le gouvernement, consiste à rejeter la responsabilité de la hausse des prix de l’immobilier sur les immigrés. Mais on ne parle jamais de l’instauration du « visa doré » qui accorde un titre de résidence en échange d’investissements immobiliers de 500 000 euros minimum. Le climat est très tendu ici. »

Belgique. « La militarisation signifie la casse de nos services publics » (Octave Daube, Député du Parti du travail de Belgique (PTB)

En Belgique, comme en France, ce sont les lycéens qui mènent la fronde. Et, comme dans l’Hexagone, les coupes budgétaires sont à l’origine de la colère. La protestation, partie des régions francophones, s’est, peu à peu, étendue au reste du pays et au monde du travail. Les syndicats CSC, la FGTB et Synova, appellent à une journée de mobilisation le 23 novembre prochain, contre les mesures austéritaires prévues par le gouvernement « ces préoccupations méritent des réponses politiques à la hauteur des enjeux. Les organisations syndicales refusent que l’ajustement des finances publiques se fasse une fois de plus sur le dos des travailleurs, des allocataires sociaux et des services publics », dénoncent-ils dans un communiqué publié ce mercredi.

« Le mouvement a commencé au printemps 2025. Nous avons des ministres qui sont à l’offensive pour casser l’enseignement et ont forcé les profs à travailler plus pour le même salaire. Les élèves du secondaire sentent que c’est leurs conditions de travail qui vont être dégradées par les attaques sur leurs enseignants. Au même moment, l’enseignement supérieur subi toute une série d’attaques avec le coût des frais d’inscription qui est passé de 835 euros à 1 200 euros d’une année à l’autre. Ces jeunes ont repris la mobilisation à la rentrée en bloquant les établissements, manifestant et se formant politiquement. La génération qui se lève est impressionnante. Partout en Europe, la jeunesse a conscience que la militarisation du continent à vitesse grand V signifie la casse de tous nos services publics. »

Italie. « Transformer la colère, un défi » (Edoardo Casati, Secrétaire national des jeunes communistes italiens)

En Italie, la vie chère est au centre de la contestation contre le gouvernement d’extrême droite de Giorgia Meloni. Dans le week-end, la colère a éclaté dans les rues de Milan. Et comme en France, le gouvernement ne choisit pas une réponse politique mais répressive en déployant l’armée dans la capitale économique du pays. Le gouvernement a également décidé d’imposer des amendes aux parents pour les dégradations commises par leurs enfants lors des manifestations. Le rêve d’une partie de la classe politique française. Un appel à la grève générale est lancé pour le 20 novembre.

« Deux mouvements de protestation convergent : celui des routiers du Sud, mis à mal par le coût du carburant et la spéculation, et celui des étudiants, inspirés par la France. Les routiers se demandent comment des tomates vendues entre 6 et 7 euros le kilo au supermarché ne leur rapportent que 12 cts. Les étudiants se sont joints aux barrages routiers et aux grèves portuaires. Le gouvernement de Meloni durcit les lois sur la sécurité, en ciblant les mineurs et les barrages routiers. Pourtant, la logistique est l’un des rares secteurs où les grèves touchent directement les intérêts économiques. À Milan, des pages Instagram et des groupes WhatsApp ont mobilisé des foules que les organisations traditionnelles peinent à atteindre. Le défi consiste à transformer la colère en objectifs politiques, et non en violence. »

Grèce. « Pour la guerre, il y a de l’argent ! » (Michalis Kazadeis, Membre du conseil des élèves du lycée de Petroupoli)

« Comme en France », crient les manifestants dans les rues d’Athènes, Thessalonique et de plusieurs villes de Grèce, ce mercredi. Le pays, symbole mondial de l’austérité imposée, est agité par un mouvement social dans l’éducation. Sont mis en cause, la pénurie de personnel et des bâtiments scolaires en piteux état. L’union des professeurs du secondaire, Olme, dénombre un manque de 15 000 enseignants dans les écoles à travers le pays. Selon les données d’Eurostat, 3,3% du PIB est consacré à l’Éducation et 3,1% à la Défense. Le budget de l’Armée a augmenté 8,2 milliards de dollars, en hausse de 5%.

« Les élèves des établissements scolaires de toute la Grèce, y compris le mien, sont en pleine révolte. Nous discutons de la manière d’organiser notre lutte et de mener des actions contre cette politique qui a laissé nos écoles dans un état si déplorable que chaque journée ressemble à un combat pour la survie. Des plafonds qui s’effondrent dans les salles de classe, des établissements inondés, des écoles évacuées seulement après que les élèves l’aient exigé suite à des fuites de gaz. Notre slogan c’est : « de la Grèce à la France, nous luttons pour une éducation publique et gratuite ! ». Ce n’est pas un hasard, nous descendons dans la rue pour les mêmes raisons. Pour la guerre, l’argent ne manque pas ! Et, après tout, nos écoles ne sont pas des bases de l’Otan, alors pourquoi l’État dépenserait-il de l’argent pour elles ? »

Albanie. « On ne trouve pas de travail » (Flavia Osmani, Militante du mouvement Ensemble, informaticienne.

En Albanie, la révolution des flamants roses a débuté en mai en riposte à un projet de complexe touristique controversé lié à la famille du président américain Donald Trump. La révolte, à laquelle prend part la jeunesse vise un objectif précis : la démission du Premier ministre Edi Rama, accusé de corruption. Ce dernier, qui travaille avec Paris et Rome, conspue une mobilisation « en lien avec des événements survenus dans d’autres villes impliquant un mouvement anarcho-syndicaliste connu sous le nom d’Antifa ». Comme un air de déjà vu.

« Ce qui se passe aujourd’hui c’est la poursuite de la Révolution des Flamants Roses. Après 140 jours de manifestations pacifiques, nous avons vu une transformation de ce mouvement auquel les lycéens, étudiants et professeurs se sont greffés. C’est désormais une révolte. Notre principale revendication c’est la démission d’Edi Rama. Les étudiants parlent aussi des conditions de vie, de la hausse des prix et de l’état de l’université en Albanie. Les lycéens, eux, disent ne pas voir de futur ici, ils n’envisagent pas leur vie en Albanie. Car même si on est diplômés, on ne trouve pas de travail. Face à ça, les manifestations sont réprimés, c’est presque un état de terreur. Si on porte des masques pour se protéger des gaz lacrymogènes, on peut être arrêté et, dans certains cas, passés à tabac. »

Serbie. « Contre la corruption » (Nikola Čuturić, Soutien de la Liste Étudiante, étudiant en mathématiques à Belgrade.)

La catastrophe de Novi Sad qui a provoqué 16 morts en novembre 2024, est dans tous les esprits en Serbie. Ce drame est à l’origine d’un des plus grands mouvements de protestation de la nation balkanique et la chute du gouvernement. Les élections législatives anticipées de ce 25 octobre pourraient modifier le paysage politique du pays. Face au président démissionnaire Aleksandar Vucic, dont le Parti progressiste serbe (SNS) est au pouvoir depuis 14 ans, s’est constituée une liste électorale soutenue par les étudiants, qui compte remporter le scrutin.

« Les manifestations contre la corruption systémique ont débuté à l’hiver 2024, en réaction à l’effondrement d’un auvent de la gare de Novi Sad qui a tué 16 personnes. On avait quatre revendications, à l’issue de larges protestations. Nous voulons la publication de tous les documents relatifs à la construction du quai et la poursuite des coupables. L’arrestation de tous ceux liés au gouvernement ou institutions locales qui ont attaqué les étudiants, professeurs et manifestants pacifiques, ainsi que la libération de ces protestataires. Et, enfin, on exige l’augmentation du budget de l’éducation de 20%. Je soutiens la « Liste étudiante – Les étudiants gagnent », choisie par les jeunes, dont le but est de démocratiser notre société et de faire en sorte que chaque voix compte. »

Témoignages recueillis par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 24 octobre 2026)

Les menaces sur le site ferroviaire de Cerbère et ses 37 emplois se précisent, les syndicats ne lâchent pas l’affaire (L’Indep)

Les syndicats français et espagnols se sont réunis ce jeudi 15 octobre à Cerbère pour réclamer le maintien du site de fret ferroviaire frontalier. L’actuel gestionnaire du chantier envisage de licencier ses 37 salariés locaux dans le cadre d’un plan social qui vient d’être signé, mais que la direction du travail doit encore valider.

La menace se précise. Selon les délégués syndicaux de DB Cargo Iberia Axle Change, ce mardi 13 octobre 2026, les négociations autour du plan social que l’entreprise a lancé sur son site ferroviaire de Cerbère ont abouti à une signature. Il appartient désormais à la direction du travail de valider ou non le projet. Celui-ci prévoit le licenciement des 37 salariés qui procèdent au changement d’essieux des trains de marchandises transitant entre la France et l’Espagne. Une opération rendue obligatoire par la différence d’espacement des rails entre les réseaux des deux pays.

C’est dans ce contexte que le Conseil syndical transfrontalier (Csir) Pyrénées-Méditerranée, qui regroupe huit syndicats français et espagnols, a organisé ce jeudi 15 octobre à Cerbère un rassemblement de soutien suivi d’une réunion destinée à présenter les enjeux du dossier. Alors qu’en parallèle, cinq entreprises auraient répondu à l’appel à manifestation d’intérêt que la SNCF a lancé pour tenter de trouver un repreneur à l’espace industriel. Nul ne peut cependant dire pour l’instant si ces sociétés iront jusqu’au bout, ni en quoi consiste exactement leur projet.

« Bien que DB Cargo Iberia, à qui appartient le site de Transfesa, soit une entreprise de droit privé, on considère qu’elle assure un service public », souligne le responsable transports du Csir, Pierre Place, de la CGT. « Si la fermeture du site était actée, ce serait inacceptable. L’Espagne a annoncé au mois d’août à la Commission européenne qu’elle garderait 70 % de son réseau à l’écartement ibérique. La seule solution, c’est de passer par les équipements de Transfesa. Par ailleurs, le système de levage peut également servir à faire de la maintenance. »

À l’instar de Pierre Place, Jean-François Virama et Pierre Grousset, de l’Unsa, craignent l’impact de la fermeture du site ferroviaire sur l’autoroute A9/AP7 et le village de Cerbère. « Il y a déjà 14 000 camions par jour qui passent au Perthus. Au-delà de l’aspect humain, si le fret s’arrête sur cette ligne, l’autoroute va être saturée, alertent-ils. Et derrière les emplois supprimés, il y a des familles. La fermeture de Transfesa impacterait l’école, la vie sociale et les commerces de Cerbère. »

De leur côté, les délégués syndicaux de DB Cargo Iberia Axle Change, Antoine Calero (FO), et Sébastien Auzou (CFTC), font grise mine. « Ici, c’est un cimetière de wagons, déplorent-ils. Le site devrait fermer entre le 31 octobre et le 31 décembre. Tout le monde va être licencié. Le trafic a d’ores et déjà été détourné sur Hendaye. Nous sommes en train de dépolluer le site. »

Concernant l’appel à manifestation d’intérêt, les syndicalistes soulignent que « même si une société était retenue, elle ne serait pas obligée de reprendre le personnel ».

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 16 octobre 2026)

350 élèves en Espagne, en France, au Portugal et en Grèce dirigent, aux côtés de 30 enseignants, le projet SchoolFan pour lutter contre la désinformation climatique dans les salles de classe

L’initiative qui est sur le point d’être présentée est développée dans le cadre d’Erasmus+. Ce projet marque l’aboutissement d’un processus ayant permis de créer un modèle pionnier de science citoyenne destiné à protéger les jeunes européens et européennes face à la désinformation sur le changement climatique.

Lutter contre la désinformation liée, au changement climatique dans les salles de classe. Tel est l’objectif du projet international SchoolFan (Schools against fake news for a cooler future), une initiative qui entre dans sa phase décisive après deux années de travail coordonné entre le Portugal, l’Espagne, la France et la Grèce.

Il s’agit d’un projet développé dans le cadre du programme Erasmus+, plus précisément dans celui des projets de coopération éducative (KA2). Le consortium compile actuellement les résultats finaux, qui seront présentés le 18 juin, couronnant ainsi un processus qui a donné naissance à un modèle pionnier de science citoyenne destiné à protéger les jeunes européennes et européens contre la désinformation liée au changement climatique.

Une équipe multidisciplinaire de haut niveau

Depuis son lancement, le projet, dirigé par une équipe composée de 30 enseignants et chercheurs issus d’institutions de quatre pays européens (Portugal – Université d’Aveiro et Nouvelle Université de Lisbonne –, Espagne – Université Rey Juan Carlos et Université Complutense de Madrid –, France – Cercle FSER – et Grèce – Université nationale et capodistrienne d’Athènes), œuvre pour l’intégration de la science citoyenne dans le système éducatif.

Cette équipe réunit des experts en enseignement des sciences expérimentales et en pédagogie, ainsi que des spécialistes du journalisme et de la communication institutionnelle, afin de garantir une approche rigoureuse et transversale de la désinformation.

Deux années d’étapes clés et d’engagement éducatif

Depuis sa réunion de lancement en avril 2024, l’équipe de SchoolFan a travaillé dans les domaines clés suivants :

  • Analyse et diagnostic: Une cartographie des programmes scolaires a été réalisée afin d’identifier les meilleurs points d’entrée pour l’éducation aux médias et l’éducation climatique. Après des étapes importantes telles que l’analyse des programmes nationaux (mai 2024) et les groupes de discussion avec des experts (juin 2024), des ressources pédagogiques innovantes ont été développées et font déjà la différence dans les salles de classe.
  • Formation spécialisée : Plus de 90 enseignants du Portugal, d’Espagne, de France et de Grèce ont achevé leur formation en janvier 2026,lors de laquelle ils ont pu découvrir et acquérir des stratégies pour identifier et déconstruire les fausses informations en classe. À cette fin, des supports pédagogiques centrés sur le changement climatique, la vérification de l’information et la science citoyenne ont été développés.
  • Développement d’outils : Des ressources numériques ont été créées afin de permettre aux élèves et aux enseignants de participer en tant que citoyens responsables à l’analyse de problématiques sociales complexes.

Un projet à vivre dans les salles de classe : la vérification par les élèves

Entre janvier et mars 2026, SchoolFan a été mis en œuvre comme projet de science citoyenne dans 32 classes du secondaire des quatre pays participants, avec la participation de 350 élèves.

Les élèves ont agi comme vérificateurs de faits, analysant des contenus climatiques sur TikTok, YouTube et Instagram selon les recommandations internationales de vérification.

De nombreux élèves ont lancé leurs propres initiatives dans leurs établissements, organisant des activités de sensibilisation et aidant leurs camarades à identifier les informations trompeuses, multipliant ainsi l’impact du projet.

Un modèle évolutif pour le reste des pays européens

Le travail réalisé permettra, d’ici la fin du mois de juin, à la communauté éducative européenne de disposer d’un modèle reproductible facilitant l’adoption des meilleures pratiques en matière d’éducation aux médias et d’éducation climatique.

« Ce projet est essentiel car il montre comment l’éducation peut donner aux enseignants les moyens de former les élèves et de leur fournir des outils pour identifier et combattre la désinformation sur le changement climatique », ajoute Héloïse D. Dufour, directrice du Cercle FSER, une organisation française dédiée à la promotion de la culture scientifique et du dialogue entre la science et la société.

À propos de SchoolFan

SchoolFan est un projet européen d’innovation éducative financé par le programme Erasmus+ qui promeut l’éducation aux médias et l’esprit critique auprès des élèves du secondaire.

À travers un modèle de science citoyenne, le projet forme et accompagne les enseignants et les établissements scolaires d’Espagne, de France, du Portugal et de Grèce afin d’identifier, d’analyser et de combattre la désinformation sur le changement climatique sur les réseaux sociaux.

SchoolFan développe des ressources pédagogiques, des outils numériques et des formations spécialisées permettant aux jeunes de comprendre comment circulent les fausses informations, d’évaluer la fiabilité des sources et de participer activement à la construction du savoir scientifique.

Son objectif est de renforcer une citoyenneté plus informée, critique et engagée face aux défis climatiques actuels.

Anti-franquiste dans les P.-O. Jean Vila.« Ici, contre Franco, c’était profond » (L’Indep)

Dès le milieu des années 1960, Jean Vila a été de toutes les manifestations anti-franquistes dans les Pyrénées-Orientales. Mais il a aussi effectué des dizaines de voyages de l’autre côté de la frontière, de Figuères à Saragosse ou Barcelone, pour convoyer clandestinement, et non sans risques, des dirigeants communistes espagnols attendus à des réunions secrètes en France.

De Jean Vila, on connait les nombreux mandats électifs (maire de Cabestany de 1977 à 2021, conseiller général et régional, député), moins l’engagement auprès des républicains espagnols. Fils de la Retirada, communiste, il est doublement « sensibilisé », comme il dit, à la cause des anti-franquistes puisque le parti est interdit en Espagne à l’arrivée de Franco. C’est donc en France que les dirigeants communistes espagnols se réunissaient grâce à des passeurs. Jean Vila était de ceux-là.

Passeur

« J’ai fait ça pendant dix ans », livre-t-il aujourd’hui. De 1965 à 1975, accompagné de son épouse « car un couple était moins soupçonné », il traversait la frontière au Perthus et ralliait des points de rendez-vous tantôt à Figueres, tantôt à Barcelone et jusqu’à Saragosse. Le militant communiste muni de faux papiers à bord (militant dont il ne connaissait presque rien), retour en France par le même chemin.

Avec des policiers et des douaniers aux aguets. « Le risque, c’est qu’ils étaient pistés par la police espagnole, la Guardia civil, on pouvait tous se faire arrêter en Espagne, raconte-t-il. On avait des consignes si on se faisait arrêter, c’était de dire qu’on avait pris un type en auto-stop et qu’on ne connaissait rien de lui. Je n’ai jamais été arrêté au Perthus, j’ai eu beaucoup de chance ».

L’expédition s’arrêtait généralement en gare de Perpignan ou les militants embarquaient pour Paris. Mais parfois, les réunions se déroulaient au domicile perpignanais des époux Vila. Une adresse près des Remparts déjà connue de la diaspora « La femme qui l’habitait avait déjà des relations avec les Espagnols et elle m’avait dit « moi je suis prête à louer à quelqu’un qui va continuer à s’occuper des Espagnols ». C’est comme ça que j’ai occupé cette maison un certain nombre d’années avant de m’installer à Cabestany ».

Parallèlement étaient organisées des manifestations à Perpignan, que l’historien catalan Alfons Aragoneses qualifie d’« actes de résistance ». « Ces manifestations, où on demandait le départ de Franco ont aide à organiser la résistance à l’intérieur du pays », estimait ce spécialiste du franquisme le 25 mai 2025 dans L’Indépendant. Jean Vila les appelle « des manifs de soutien avec des communistes, des socialistes, tous les gens attachés à la liberté et à la démocratie en Espagne. Ça mobilisait beaucoup ici, il y avait beaucoup de monde dans les rues parce qu’il y avait une population issue de la Retirada qui est devenue militante » Et d’insister : « Ici, contre Franco, c’était profond. Ils avaient fui leur pays et beaucoup étaient morts durant le passage de la frontière et ce qui les a beaucoup aidés, c’était la solidarité en pays catalan. Beaucoup de liens s’étaient créés C’était chouette et d’ailleurs il y a des commémorations chaque année aux points de passage du département. Et pendant tout le règne de Franco, il y a eu une solidarité importante avec également des points de passage à Cerbère ou Saint-Laurent-de-Cerdans pour la propagande aussi, les tracts, passaient par la montagne dans des sacs à dos ».

« Franco assassin »

« Le consulat d’Espagne à Perpignan était envahi régulièrement, se souvient encore l’élu. Et chaque fois qu’un militant se faisait choper, on allait manifester ». Parfois jusque dans les locaux mêmes de la rue Franklin, où simprovisaient des seatings. Une poignée d’élus ou responsables politiques de gauche défilaient en tête dans les rues de Perpignan ou du Perthus. « Je me souviens de Pierre Estève (élu PS des P.-O. disparu en février 2025-NDLR), Jean Catala qui était conseiller général du Vernet, Henri Costa qui était secrétaire fédéral du PC, Roger Samber, communiste aussi ». Avec eux, de nombreux jeunes « gauchistes » brandissent les banderoles « Franco assassin », La dictature tombée, Jean Vila retourne à Madrid en 1977, invité à la première « fiesta del PC espanol ». Son père, réfugié en France depuis 1939, attendra 1985 pour revenir dans son pays, « avec encore de la crainte et de l’appréhension ».

Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 23 novembre 2025)

Il y a cinquante ans, l’Espagne était libérée de Franco (L’Indep)

Le 20 novembre 1975, le dictateur espagnol mourrait, dans son lit, après une agonie outrageusement médiatisée. Et surtout, après 39 ans d’un régime répressif.

« Espanoles… Franco ha muerto ». La phrase, prononcée d’une voix sinistre et étranglée à la télévision nationale, a marqué les Espagnols. Elle était le signal de la fin de quatre décennies d’oppression et de crimes, mais elle plongeait aussi le pays dans l’incertitude du lendemain. L’histoire a heureusement, et rapidement, tourné en faveur des démocrates. Et alors que cet automne marque les cinquante ans de la mort du Caudillo, l’Espagne ignore les nostalgiques de la dictature pour poursuivre la réparation des mémoires et des vivants.

Après, pêle-mêle, la création d’un (très actif) ministère de la Mémoire démocratique, l’identification et la reconnaissance de victimes, l’ouverture d’archives, le déboulonnage de statues, l’exhumation du cercueil de Franco de la Valle de los Caidos où il reposait honteusement à côté de ses victimes, c’est prochainement la Fondation Franco qui devrait disparaitre. Un demi-siècle pour rendre justice, retrouver honneur et dignité. C’est peu a hauteur d’un si grand pays, beaucoup à hauteur d’Espagnols. Davantage encore pour les sacrifiés et les réfugiés de la guerre civile et leurs enfants. Et eux plus que d’autres savent que la menace d’un régime autoritaire n’est pas morte avec Franco, mais qu’elle plane. En Espagne, en France, en Italie. Ailleurs.

Frédérique Michalak (L’Indépendant, le 23 novembre 2025)