L’édito du webzine. La FFF, l’anti-protection de la jeunesse

Kylian Mbappé, buteur de l’équipe de France contre le Sénégal, vient de s’insurger contre la Fédération française de football (FFF) pour l’utilisation non autorisée de son image dans une publicité pour Betclic, partenaire officiel de l’équipe de France.

Lors d’une séance photo à Clairefontaine, terrain d’entraînement de l’équipe de France, des joueurs ont été photographiés sans être informés que ces clichés serviraient à promouvoir un site de paris sportifs. Mbappé, déjà critique envers les bookmakers -qu’il accuse de ravages dans les quartiers populaires- a réagi vivement. Pourtant, les dirigeants de la FFF, comme Noël Le Graët ou Philippe Diallo, ont validé ce partenariat lucratif, estimé à plus de 30 millions d’euros.

Les paris sportifs, portés par le numérique et un matraquage publicitaire (avec des stars comme Messi, Neymar ou Cantona), connaissent une croissance exponentielle. Pour la Coupe du monde 2026, les mises devraient dépasser 1,2 milliard d’euros (contre 290 millions en 2014). En France, le marché a atteint 17,9 milliards d’euros en 2024, avec une hausse de 19 % en un an, boostée par l’Euro et les JO de Paris. 3,9 millions de joueurs en ligne sont recensés, dont 1,2 million de 18-24 ans (30 % des parieurs).

Un opium pour laa jeunesse

Pire : les mineurs ne sont pas épargnés. Une enquête révèle que 42,6 % des 15-17 ans ont déjà joué en 2025, et 11,4 % ont pratiqué les paris sportifs. 10,5 % d’entre eux sont considérés comme des joueurs problématiques, soit près de 250 000 adolescents exposés à l’endettement, l’anxiété ou l’échec scolaire. Les mécanismes (paris en direct, notifications incessantes) rendent cette pratique plus addictive que les autres jeux d’argent, selon les experts.

En s’associant à Betclic, la FFF ne se contente pas d’encaisser des revenus : elle devient l’ambassadrice des paris sportifs, alors même que sa mission de service public l’oblige à protéger la jeunesse. Comment concilier promotion des jeux d’argent et protection des mineurs ? Il faudrait que la ministre des Sports s’explique.

Dominique Gerbault