P.-O. : dermatose nodulaire, restera-t-il des vaches en Conflent ? (L’Indep)

Un nouvel abattage de troupeau s’est déroulé ce mercredi 12 novembre sur la commune de Nyer (hameau d’En). Un énième épisode dans cette crise sanitaire où les tensions s’exacerbent.

La colère et la frustration sont plus que jamais palpables en Conflent. « À ce jour, près de 400 vaches ont été tuées dans les Pyrénées-Orientales pour une vingtaine de symptomatiques. Et la stratégie sanitaire n’évolue pas alors que plus de 90 % du cheptel est vacciné dans le département », dénonce entre autres la Confédération paysanne.

Hier, dix-huit bovins devaient être abattus par les services de l’État. Dix-huit pour deux bêtes qui présentent des symptômes. Une intervention qui ne s’est pas vraiment déroulée comme prévu. La piste menant au hameau d’En, à Nyer, était en effet obstruée dès le petit matin par des véhicules qui empêchaient le passage les services vétérinaires et de la DDPP (Direction départementale de la protection des populations). L’éleveur concerné, qui n’était pas sur place, a ensuite dénoncé un début de l’opération d’abattage sans sa présence et sans celle de l’expert qui doit évaluer le montant total de l’indemnisation (calculée en fonction du préjudice lié à chaque animal abattu).

Des lieutenants de louveterie en renfort

Enfin, 7 à 8 vaches n’ont pu être capturées par les services de l’État et la préfecture s est vue obligée de mandater deux lieutenants de louveterie pour les abattre. Pour rappel, « le dépeuplement total des foyers, c’est-à-dire l’abattage de tous les bovins présents dans un élevage infecté (animaux présentant des signes cliniques ou non, conformément à la réglementation européenne en vigueur), la vaccination massive des bovins en zone réglementée, et des mesures de biosécurité, dont la limitation aux mouvements », sont les bases de la stratégie mise en place par l’État. Des abattages systématiques de troupeaux fortement dénoncés par les éleveurs et par une partie de la population. Des citoyens étaient invités à manifester à Olette dès 7 h du matin afin d’alerter les automobilistes présents sur la RDD66. Une trentaine de personnes avait répondu présent équipée de pancartes et de tracts.

Impossible de toute façon pour eux de se rendre à Nyer par la RD57. La seule route carrossable menant au village était bloquée par les forces de l’ordre depuis la veille au soir. La population, tout comme la presse, était invitée à rester au loin. Deux maires de communes voisines qui soutiennent le mouvement se posaient tout de même la question, « Restera-t-il des vaches en Conflent à ce rythme ? ». Malgré les efforts des forces de l’ordre pour bloquer les accès, un petit rassemblement a quand même pu être fait dans le village de Nyer. Mais là encore la gendarmerie empêchait le passage vers le hameau d En (situé à environ 3 km).

Après l’estive du Canigó, l’estive de la Carança est la plus touchée par la dermatose nodulaire contagieuse. Reste maintenant à voir si la gestion de crise imaginée par l’État sera payante et empêchera la maladie d’arriver dans les départements voisins.

Philippe Comas (L’Indépendant, le 13 novembre 2025)

Rappel: Cette maladie ne touche que les vaches. Elle ne se transmet pas aux humains.
La viande et le lait produit par les vaches malades sont consommables.

Vinça. Le collectif « Stop aux massacres » filtre et tracte sur la RD66 (L’Indep)

Hier matin, un nouvel abattage de vaches s’est déroulé chez un éleveur d’Espira-de-Conflent après la découverte d’un cas de dermatose nodulaire dans son troupeau. En parallèle, une trentaine de manifestants ont organisé un tractage sur la RD66 pour dénoncer la situation.

« Stop aux massacres des vaches », pouvait-on lire sur une grande bâche installée sur la RD66. Une trentaine de personnes avait répondu à l’appel lancé par « le comité citoyen pour prendre soin des vaches, des humains… Des autres. » Les manifestants ont ainsi tracté de 7 heures à 10 heures à l’embranchement de la RD66 et de la RD25 (en direction d’Espira-de-Conflent), ralentissant fortement cet axe routier stratégique. Parmi les participants, Elia et Anne-Lise « citoyennes révoltées » : « Nous sommes venues soutenir les éleveurs. Pour nous l’État prend des décisions radicales sans concertation avec les personnes concernées. Il pourrait y avoir plus de nuance dans les solutions proposées. »

Une nuance, ou en tout cas une évolution dans la politique sanitaire comme le demande
Jean-Louis Régné, le président du groupement pastoral Conflent-Fenouilledes, « Nous avons aujourd’hui atteint près de 100 % de couverture vaccinale, on pourrait lever le pied sur les abattages avant qu’il n’y ait plus de bêtes en Conflent. »

Sébastien, éleveur conflentois, s’étonnait pour sa part du peu de participants: « Il a certainement plus de 50 éleveurs en Conflent, où sont-ils ce matin ? J’ai vu des citoyens mais trop peu d’éleveurs. » Les représentants de la Confédération paysanne présents encourageaient d’ailleurs les non-éleveurs présents : « La force citoyenne nous fait du bien et doit nous permettre d’amplifier le mouvement. »

Philippe Comas (L’Indépendant, le 11 novembre 2025)

Dermatose bovine : près de 400 personnes contre les abattages (L’Indep)

Hier, près de 400 personnes (340 selon les services de l’État) se sont rassemblées à Perpignan, devant la préfecture, pour réclamer l’arrêt immédiat des abattages de groupes de bovins au moindre cas de dermatose nodulaire en leur sein.

Ils étaient près de 400 à avoir répondu à l’appel du collectif « Stop aux massacres » ce lundi midi devant la préfecture des Pyrénées-Orientales. Drapeaux blancs en main pour réclamer, sur fond de percussions et de sonnailles, la fin des abattages de vaches ordonnés par les services de l’État, qui entendent éradiquer la dermatose nodulaire. Depuis l’arrivée de la maladie en pays catalan, le 15 octobre dernier, plus de 350 bovins ont été tués dans le cadre de cette stratégie. Dont une trentaine ce lundi matin à Espira-de-Conflent.

« Dès qu’une vache est positive, le troupeau entier est abattu. Et ce alors que plus de 90 % du cheptel départemental est vacciné et que de nombreux animaux vont atteindre l’immunisation, les 21 jours après l’injection », dénonce Mirabelle Lelièvre, l’une des porte-parole de la Confédération paysanne dans le département.

Le combat entre chapelles est dépassé

Juchée sur un tas de palettes installé devant la porte de la préfecture, la syndicaliste poursuit: « Ce matin, à Espira-de-Conflent, le troupeau qui a été abattu pour un cas positif était vacciné depuis 20 jours. Il est temps d’arrêter l’hécatombe. Nous demandons l’arrêt immédiat des abattages totaux et la mise en place d’une politique basée sur l’immunité plutôt que sur l’éradication de la maladie. »

Une fois n’est pas coutume, sur ce coup, le président départemental de la Coordination rurale, Philippe Maydat, est d’accord avec la Conf. « Le combat entre chapelles est dépassé », juge-t-il. « Aujourd’hui, la majeure partie des troupeaux sont vaccinés dans le département. Nous demandons que seules les bêtes malades soient désormais abattues, ni plus, ni moins. »

Le porte-parole du collectif citoyen « Stop aux massacres », Jean Quilleret, va même plus loin. Il milite pour sa part pour que plus aucun bovin ne soit sacrifié. « Nous souhaitons que la République donne aux éleveurs les moyens de soigner leurs bêtes », martèle-t-il. « La politique d’éradication actuelle vise à servir les intérêts du commerce international plutôt que le bien commun. »

L’autre grande revendication des syndicats agricoles et du collectif concerne l’ouverture de la vaccination à tous les éleveurs de France qui le souhaitent. Pour l’heure, celle-ci est en effet autorisée exclusivement dans les territoires ou des cas de dermatose ont été repérés. Comme l’explique au micro un éleveur du Tarn venu en soutien : « On a demandé à avoir accès à la vaccination et on nous l’a refusé.. » Beaucoup d’éleveurs considèrent qu’il s’agit là d’un « non-sens ».

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 11 novembre 2025)

Dermatose Nodulaire Contagieuse : la Confédération paysanne 66 appelle à rejoindre la mobilisation du 10 novembre à Perpignan

Depuis trois semaines, les élevages des Pyrénées-Orientales sont menacés par la Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC), mais aussi et surtout par la politique sanitaire conduite par l’État. Sans aucune concertation, ce dernier reproduit ici les mêmes mesures qui ont prouvé leur inefficacité ailleurs en France, avec en particulier l’abattage total de tout troupeau dès le 1e bovin infecté.

Alors que les foyers continuent de se multiplier, nous refusons de nous taire face à cette politique autoritaire, scandaleuse et absurde. C’est pourquoi la Confédération paysanne des Pyrénées-Orientales appelle tou.tes les paysan.nes et tou.tes les citoyen.nes à rejoindre massivement la mobilisation de lundi 10 novembre devant la Préfecture de Perpignan, initiée par un collectif citoyen.

  • Pour nous, cette mobilisation sera l’occasion de rappeler nos exigences aux représentant.es de l’État :
  • Le changement urgent de catégorie de la maladie dans la réglementation européenne, qui est actuellement la source de la politique mise en place en France.
  • L’arrêt immédiat des abattages totaux.
  • L’accès à la vaccination avec suffisamment de doses pour tous les élevages en France. Actuellement, les éleveurs et les éleveuses en zone indemne n’ont pas le droit de protéger leur troupeau par la vaccination malgré l’arrivée possible de la DNC !
  • Un dispositif d’indemnisation pour toutes les pertes économiques subies par les élevages en raison de la politique sanitaire de l’Etat.
  • Une gouvernance des politiques sanitaires basée sur la concertation avec les acteurs et actrices de terrain, tenant compte de la diversité des avis scientifiques.

Face à la violence de l‘État et de ses institutions dans la gestion de la crise, nous souhaitons y opposer une résistance déterminée et pacifique. Ne laissons pas faire !

Prades. DNC : 200 personnes rassemblées contre la politique sanitaire (L’Indep)

200 personnes étaient réunies ce mercredi 29 octobre sur la place de la République de Prades.

« Mettre le sujet sur la place publique », « soutenir les éleveurs ayant déjà subi l’abattage de tout ou partie de leur élevage mais aussi ceux qui ont une épée de Damoclès au-dessus de leur tête et la boule au ventre en attendant de connaître leur sort » et encore « dire clairement et fermement à l’État que cette politique d’abattage total on n’en veut pas ». Des éleveurs de tous poils, agriculteurs divers et variés, et autres personnes de la société civile avaient répondu présent à l’appel de la Confédération paysanne des Pyrénées-Orientales. L’occasion pour les syndicalistes d’expliquer à nouveau la problématique de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) et ses conséquences et de rappeler les « 150 bêtes tuées pour 8 cas ».

Un nouvel abattage ce jeudi à Souanyas

Rappelons que ce mercredi matin, encore 60 bovins étaient abattus du côté de Valmanya. L’occasion également d’entendre le témoignage saisissant d’un éleveur conflentois. Le prochain sur une liste dont on ne connait pas la fin. Un professionnel dont de nombreuses vaches devaient être tuées ce jeudi même à Souanyas. Un papa paysan, d’autant plus meurtri qu’il a encouragé son fils à reprendre l’exploitation… Un drame de plus. Une incompréhension générale qui se transforme peu à peu en colère. Les applaudissements des personnes présentes étaient comme autant d’encouragements à ne pas baisser les bras. Les représentants de la Confédération paysanne ont ensuite lu l’arrêté confédéral paysan qu’ils avaient rédigé (lire ci-dessous). Un document largement approuvé par la foule présente et déposé dans la boite aux lettres de la sous préfecture de Prades.

Philippe Comas (L’Indépendant, le 31 octobre 2025)

Arrêté confédéral paysan numéro 2025-0001

Article 1, les abattages totaux systématiques sont stoppés avec effet immédiat.
Article 2, la déclassification de la DNC de la catégorie A en catégorie B (NDLR, classification européenne moins stricte qui assouplirait la gestion de crise).
Article 3, la mise en place d’une immunité des troupeaux face à la DNC ainsi qu’à des maladies nouvelles, qui passe par le choix entre l’immunité naturelle et la mise en place d’une vaccination libre sur l’ensemble du territoire.
Article 4, une remise en cause du modèle économique de notre agriculture, afin que l’agriculture paysanne tournée vers une activité locale devienne la norme et que le commerce international arrête de guider en permanence les choix politiques qui sont
faits.