Barrages filtrants, contrôles des camions: la colère agricole de retour (L’Indep)

Des agriculteurs de l’Hérault, des Pyrénées-Orientales et de l’Aude devaient se mobiliser au rond-point de l’A9 de Perpignan Sud, dans la nuit. La Confédération paysanne et les syndicats des vignerons rejoindront le mouvement vers 7h du matin. Sur place, ils entendent opérer un barrage filtrant et procéder à des contrôles de camions. Pour éviter tout éventuel blocage de la circulation et notamment de l’autoroute, la préfecture a pris des mesures.

De plus belle. En 2026, les mobilisations reprennent et risquent de s’intensifier dans les Pyrénées-Orientales et l’Aude. Dans la nuit d’hier à aujourd’hui, une action était prévue en Pays catalan au rond-point du péage sud de Perpignan à l’initiative de la Coordination rurale de l’Hérault. Le syndicat convie ses confrères de l’Aude et du Pays catalan à les rejoindre pour une tentative de barrage filtrant et de contrôle de camion, dès 3h du matin. Le rendez-vous est fixé une heure plus tôt à Narbonne.

Cette mobilisation vise notamment à dénoncer l’accord de libre-échange UE-Mercosur, « la concurrence déloyale » ou encore la gestion de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC). « Ça me parait compliqué de bloquer le péage du Boulou au vu des restrictions de circulations des tracteurs. Puis, je pense qu’on aura droit à un beau comité d’accueil sur place. Pour toutes ces raisons, l’action se déroulera à Perpignan Sud, au niveau du rond-point et non pas au Boulou comme prévu initialement », prévient Philippe Maydat, le président de la CR66.

La préfecture prend des mesures

De son côté, la préfecture des Pyrénées-Orientales a annoncé vouloir « éviter tout obstacle à la circulation et au fonctionnement de l’autoroute ». Des moyens seront engagés en ce sens. « Afin de prévenir les troubles à l’ordre public à l’occasion des mobilisations prévues les 7 et 8 janvier 2026, Pierre Régnault de la Mothe, préfet des Pyrénées-Orientales, a pris des mesures permettant de concilier l’exercice du droit de manifester avec les impératifs d’ordre public », peut-on lire dans une publication sur X de la préfecture. Ainsi, la circulation des véhicules agricoles est interdite, « hors motif légitime relevant de l’activité professionnelle », sur les routes départementales suivantes jusqu’à jeudi soir : RD900, RD618, RD900a, RD115, RD612, RD612a, RD66, RD117, RD916.

Intersyndicale

En parallèle, une intersyndicale réunissant la Confédération rurale 66 et la Confédération paysanne, le Syndicat des vignerons, les Jeunes Agriculteurs et la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) s’est réunie récemment. L’objectif : programmer une action commune pour défendre les intérêts des agriculteurs. Nais il semblerait que la convergence des luttes en ait rebuté quelques-uns: la FDSEA et les JA.

Ce jeudi matin, vers 7h, toujours au péage de Perpignan Sud, la Conf’ et le syndicat des vignerons, « en tant qu’invité » précise son président David Drilles, se joindront aux manifestants de la CR 66, 11 et 34 déjà sur place. « L’idée serait de procéder à des contrôles de marchandises dans les camions pour montrer aux citoyens ce qu’ils consomment », annonce Mirabelle Lelièvre.

David Drilles déplore que la FDSEA et les JA fassent cavalier seul : « Finalement, ils vont faire leur propre action de leur côté alors qu’on aurait pu tous faire front commun pour défendre les agriculteurs, les viticulteurs. »

La FDSEA et les Jeunes agriculteurs 66 qui ont décidé d’une action ce vendredi sous la forme d’un convoi depuis le péage sud de Perpignan jusqu’au péage nord de 9h30 à 10h30, avec « tracteurs, tractopelles, bennes remplies de végétaux, citernes ».

Driss Chaït (L’Indépendant, le 8 janvier 2026)

L’édito du webzine. Les revendications des agriculteurs ne peuvent plus attendre

Le gestion gouvernementale de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) est catastrophique pour les éleveurs. Le gouvernement doit agir maintenant !

L’abattage systématique du troupeau lorsqu’un cas est avéré poussent les agriculteurs à bout. On dénombrait, d’après le ministère de l’intérieur, 93 actions dans toute la France ce vendredi 19 décembre 2025. 4 000 agriculteurs et 900 engins agricoles mobilisés. Mais le Premier ministre reste sourd aux revendications !

L’autre revendication du monde agricole, la suppression de l’accord UE-Mercosur, reste capital. L’annonce de son report ne convainc pas. Cet accord passerait par dessus bord toutes les normes environnementales et sanitaires que l’Europe a mis en place sous la pression des associations de consommateurs.

La succession de rendez-vous avec le Premier ministre n’a pas apporté de réponse à la crise de la DNC. « On se retrouve dans une situation de blocage », regrette Stéphane Galais, porte-parole de la Confédération paysanne, « l’accessibilité de la vaccination est limitée aux enjeux de l’exportation, on n’arrive pas à avancer là dessus », dénonce-t-il. Si le paysan concède « quelques ouvertures » de Sébastien Lecornu, il pointe une « défiance, une rupture de confiance lié au contexte social, économique et politique ». Le syndicat continue de réclamer « un élargissement de la vaccination et la possibilité d’avoir recours à l’abattage ciblée », pousse Nina Lejeune, l’un de ses secrétaires nationales.

La Conf’ à refusé de demander la fin des blocages dans le pays. La Coordination rurale, quant à elle, parle de « bienveillance » pendant les fêtes laissant la main à ses sections départementales.

FNSEA et JA en perte de vitesse

Arnaud Rousseau, représentant de l’industrie agro-alimentaire et président du premier syndicat agricole, la FNSEA, s’est clairement positionner du côté de la stratégie gouvernementale. Il a appelé à une « trêve ». Il s’est adressé à ses membres avec un « courrier » contenant « l’ensemble des intentions » du Premier ministre. Un nouveau rendez-vous est prévu autour du 8 janvier pour un travail sur « sa vision » et pour obtenir des « réponses d’ici au Salon de l’agriculture » sur la « crise viticole », la « production » (donc l’accès aux pesticides et à l’eau), mais aussi les engrais.

Les Jeunes agriculteurs (JA), alliés de la FNSEA, ont rejoint l’appel à la trêve. « À la rentrée on va se revoir (…) parce que le compte n’y est pas », a toutefois averti leur président Pierrick Horel.

L’enjeu sera de voir si cet appel tient sur le terrain puisque l’alliance FNSEA-JA, ayant perdu du terrain aux dernières élections syndicales agricoles, n’est pas à la barre des principaux blocages. CR et Conf’ ont amplifié leurs blocages ces derniers jours, rejoints localement par des JA et parfois des adhérents de la FNSEA.

Dominique Gerbault

En Cerdagne, la colère des éleveurs veut s’installer dans la durée (L’Indep)

La mobilisation des agriculteurs du Haut canton ne montre aucun signe d’essoufflement. Ce vendredi, de nombreux éleveurs, épaulés par des élus locaux, occupent et bloquent le rond-point stratégique de la route internationale reliant Puigcerdà à Llívia. Le mouvement a pris une ampleur transfrontalière avec l’arrivée des éleveurs de Catalogne Sud, Revolta pagesa !

Objectif affiché : maintenir la pression sur l’État. Jusqu’à dimanche au moins, le rond-point de la RD 68, la Route reliant Puigcerdà à l’enclave de Llívia, est totalement inaccessible en Cerdagne. Impossible également de rejoindre la RN 20 par ce rond-point, le tronçon est occupé par un barnum et des piles de palettes destinées à alimenter un barbecue. Autant de signes qui témoignent d’une mobilisation pensée pour durer. « Nous avons choisi ce rond-point parce qu’il est visible. Nous ne bloquerons pas les grands axes : en cette période, tout le monde a besoin de travailler mais on verra pour la route de l’Andorre », explique Bruno Majoral, éleveur à Nahuja. À l’origine de la colère, la gestion de la crise sanitaire liée à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). « Dès octobre, nous avons demandé une vaccination généralisée sur un périmètre large. L’État ne nous a pas écoutés, pour des soucis d’économie. Maintenant, on voit le résultat », déplore-t-il. Les revendications restent inchangées: la fin de l’abattage systématique de l’ensemble d’un troupeau dès l’apparition d’un cas, la mise en place d’une vaccination nationale, et l’organisation de rappels vaccinaux au printemps afin d’éviter « de revivre ce cauchemar ».

Malgré l’annonce gouvernementale, mardi, d’une accélération de la campagne vaccinale, la profession reste sceptique. Christian Taillant, président du Comité Départemental Agricole (CDA), insiste: « La Coordination rurale nous soutient pour amplifier la mobilisation. Nous voulons dénoncer une stratégie européenne et française fondée sur l’abattage total, alors même que le territoire est vacciné. Nous demandons de l’abattage ciblé. » Selon lui, l’urgence est claire : « Il nous faut des réponses rapides pour sécuriser les troupeaux avant la montée en estive l’an prochain. Pour éradiquer la DNC, une vaccination nationale est indispensable. Cela nécessite 16 millions de doses, et non les 500 000 annoncées ». Les éleveurs souhaitent également un changement d’approche scientifique. « Sur les troupeaux voisins, nous demandons des tests et vérifier si on peut cibler l’abattage sur ces bêtes malades, mettre en quarantaine, sous cloche. À ce jour, aucune étude n’a été menée dans ce sens » regrette le président du CDA.

Sur le plan économique, les conséquences sont déjà lourdes. Si les animaux destinés à la boucherie peuvent être abattus à l’abattoir transfrontalier ou autre, dans le département, l’exportation d’animaux vivants demeure interdite, entrainant « un manque à gagner considérable ». Les agriculteurs réclament un soutien financier des pouvoirs publics et réaffirment leur opposition au Mercosur.

La fermeture du rond-point est annoncée jusqu’à dimanche. « Nous doutons que la ministre Annie Genevard souhaite débloquer rapidement la situation» concluent-ils, déterminés à maintenir la pression.

Frédérique Berlic (L’Indépendant, le 20 décembre 2025)

« C’est un soutien total à nos agriculteurs »

Les élus de l’ensemble de la montagne catalane ont répondu à l’appel des agriculteurs. Pour Georges Armengol, président de l’intercommunalité Pyrénées-Cerdagne, « les élus sont venus en soutien à l’action menée aujourd’hui. L’agriculture et le pastoralisme sont pour nous des éléments importants à la fois sur le plan environnemental, humain et économique. Si on abat l’ensemble des troupeaux, c’est l’ensemble de la biodiversité et de l’économie qui est atteinte. » Pierre Bataille, président de l’intercommunalité Pyrénées catalanes va dans le même sens et ajoute : « C’est un soutien total à nos agriculteurs de montagne. la revendication des agriculteurs, on l’a comprend. la montagne, ce n’est pas que le tourisme. on a besoin d’eux pour l’entretien du pastoralisme. »

Dermatose modulaire. Au Boulou : « Les massacre et l’abattage total, c’est inadmissible » (L’Indep)

La colère des agriculteurs ne faiblit pas. Ce jeudi, quelques dizaines d’éleveurs ont tenté de bloquer l’accès à l’autoroute A9, au Boulou. D’abord gardés à distance par un barrage de gendarmerie, ils sont finalement parvenus a s’installer sur le rond-point qui mène au péage jusqu’en milieu de soirée.

« Ils nous ont sabotés. » La mobilisation n’aura pas eu l’effet escompté. Ce jeudi 18 décembre, les éleveurs des Pyrénées-Orientales entendaient se positionner à la grande barrière de péage du Boulou pour mettre en place un barrage filtrant. En vain. Les forces de l’ordre leur ont coupé l’herbe sous le pied, les contraignant à se replier à quelques centaines de mètres de là, sur le rond-point du lac de Saint-Jean-Pla-de-Corts dès 7h du matin. Ici, ils étaient d’abord une vingtaine d’agriculteurs à venir clamer leur colère quant à la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse par le gouvernement. Quelques tracteurs et banderoles aux messages sans équivoque ont été installés là, à la vue de tous les véhicules ralentis par la mobilisation. « Enfant, on en rêve, adulte, on en crève. Ne brisez pas nos rêves de prendre la relève » ; « Un pays qui ne respecte pas ses paysans arrache ses racines » ; « Non au Mercosur, stop à l’abattage total, Annie Genevard, il faut revoir ta copie »

Car si la mobilisation a du changer de lieu face à la présence massive des forces de l’ordre, le message, lui, n’a pas bougé d’un iota depuis des semaines, des mois. « C’est inadmissible ce qu’il se passe. Les massacres, les répressions, l’abattage total de cheptels, quand il y a un cas un seul et unique cas. Ils sont en train de tuer nos vaches et nos agriculteurs », martèle Philippe Maydat, représentant de la Coordination rurale 66. « Ce qu’on veut, c’est un abattage ciblé, un rappel de vaccin pour les jeunes bovins au printemps et une vaccination au niveau national. Et aussi, surtout, une étude de la maladie. Si on abat tous les bovins avant même d’avoir compris ce qui se passe, on n’aura jamais aucune information complémentaire sur la maladie. »

Passage en force et garde à vue

Sur les coups de 9h, d’autres agriculteurs ont rejoint le mouvement. Ils étaient désormais une petite cinquantaine à continuer les opérations de tractages et de filtration au même endroit. Pour symboliser « la mort de l’agriculture », des militants de la Confédération paysanne se sont allongés sur la route au milieu des automobilistes.

Peu avant 11 h, profitant que les forces de l’ordre aient ouvert la voie à un convoi exceptionnel, les éleveurs ont forcé le barrage et ont réussi à s’installer sur le rond-point à l’entrée de l’autoroute. Dans l’action, une scène de bousculade avec les gendarmes aura mené l’un des manifestants à être placé en garde-à-vue.

À la mi-journée, les voitures ne pouvaient plus entrer sur 1’A9 au Boulou et un barrage filtrant laissait passer les voitures qui sortent. Vinci autoroute annonçait la fermeture de l’échangeur du Boulou. La sortie et l’entrée étaient conseillées à Perpignan-Sud ou à La Jonquera.

En fin d’après-midi, la situation n’avait pas vraiment bougé. Le rond-point du péage du Boulou était toujours occupé par des dizaines d’éleveurs. Si la circulation était de nouveau possible sur les départementales 115 et 900, la barrière de péage était quant à elle toujours fermée dans les deux sens. Les manifestants doivent rester sur place une bonne partie de la soirée.

À 18h, une vingtaine d’éleveurs touchés de près par les abattages des bovins était reçue en préfecture par Pierre Régnault de la Mothe, pour une réunion autour des dédommagements liés à la DNC.

Ce vendredi 19 décembre, à l’aube, la Coordination rurale a annoncé un blocage « sans pitié » de l’accès à l’Andorre sans en préciser davantage.

Driss Chait (L’Indépendant, le 19 décembre 2025)

Dermatose nodulaire. Éleveurs et citoyens vent debout face « une politique mortifère » (L’Indep)

Plus de 500 personnes se sont rassemblées ce mardi en début de soirée devant la préfecture des Pyrénées-Orientales, à Perpignan. Une mobilisation d’ampleur pour dénoncer la gestion sanitaire de la dermatose nodulaire et la politique d’abattage total des troupeaux.

Après un week-end déjà marqué par plusieurs actions dans le département, la colère des éleveurs ne faiblit pas. Ce mardi, en fin d’après-midi, plus de 500 personnes ont répondu à l’appel à se mobiliser devant la préfecture des Pyrénées-Orientales, à Perpignan. Casseroles, sifflets et drapeaux ont animé le quai Sadi-Carnot, dénotant avec l’ambiance feutrée des illuminations et des chalets de Noël du centre-ville.

Une mobilisation s’inscrivant dans la continuité des actions menées le week-end dernier à Puyvalador, Porta et Villefranche-de-Conflent. Ce mardi soir, toujours au cœur de la contestation, la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse.

Jusqu’à présent, en Pays catalan, 20 opérations d’abattage ont déjà été menées, entrainant l’abattage de 497 bovins. Des chiffres jugés inacceptables par les manifestants qui dénoncent, une fois encore, une politique d’abattage systématique des troupeaux. « Y compris lorsque seuls quelques animaux présentent des symptômes. »

Devant la préfecture, une intersyndicale inhabituelle s’est formée, réunissant la Confédération paysanne, la Coordination rurale et même la CGT. Dans la foule, aux côtés des éleveurs, de nombreux citoyens étaient présents pour dénoncer ce qu’ils qualifient de « politique mortifère ». « C’est une maladie qui ne se transmet pas à l’homme et dont le taux de mortalité ne dépasse pas 10 %. Ce que nous ne supportons pas, c’est de risquer de perdre tout un troupeau à cause de réglementations administratives », a rappelé un porte-parole de la Confédération paysanne. Quant aux revendications, elles restent inchangées. « Nous demandons l’arrêt des abattages totaux, l’abattage ciblé des seuls animaux malades, une surveillance renforcée des troupeaux, ainsi qu’un véritable traitement sanitaire, pas une des logiques commerciales et d’exportation », ont insisté les représentants syndicaux.

Après les prises de parole, le cortège a déambulé dans le centre-ville de Perpignan. Du Castillet à la place de la Loge, de la République, sous le regard surpris des passants venus profiter des festivités de Noël. Aucune délégation n’a été reçue en préfecture à l’issue de la mobilisation.

Driss Chaït (L’Indépendant, le 17 décembre 2025)

Stéphane Galais. « Leur vision de l’agriculture finira par tous nous tuer » (La Marseillaise)

Les annonces de la ministre de l’Agriculture vont-elles apaiser la colère agricole qui gronde ? Rien n’est moins sûr. À la sortie d’une réunion de crise à Matignon mardi soir Annie Genevard affirme qu’un total de 750 000 bovins seront vaccinés contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) « dans les semaines qui viennent », de la manière « la plus rapide possible ». La stratégie gouvernementale d’abattage systématique d’un troupeau de bovins dès la détection d’un cas, contestée par la Confédération paysanne et la Coordination rurale ne semble pas pour autant abandonnée… Porte-parole de la Confédération paysanne, Stéphane Galais appelle le gouvernement à revoir la politique agricole du pays.

La Marseillaise : Qu’attendez-vous du gouvernement sur la dermatose nodulaire contagieuse ?

Stéphane Galais : De ce que j’ai compris, le gouvernement veut élargir la vaccination mais ne veut pas revenir sur le protocole d’abattage. J’ai très moyennement apprécié l’analyse du Premier ministre de la situation en Ariège, c’est vraiment très déplacé de dire que c’était lié aux black blocs, alors qu’il n’y avait que des paysans. C’est la même chose dans le Doubs, où les forces de l’ordre ont été déployées. Tout ça prouve que le gouvernement n’a pas conscience de la défiance et de la violence qu’il a créées. Ça m’inquiète sur l’analyse qu’il peut avoir de la situation et la capacité à recréer du dialogue. On dira tout ça à Sébastien Lecornu vendredi. Cette crise est révélatrice de la gestion de la politique agricole en général. Si ce n’est pas la maladie qui nous tue, ce sera peut-être la stratégie sanitaire. Sinon, c’est leur vision de l’agriculture qui finira par tous nous tuer.

La Marseillaise : Vous dîtes que le commerce doit s’adapter au sanitaire et pas l’inverse. Ce n’est pas le cas ?

Stéphane Galais : Ce cadre administratif est organisé pour protéger en grande partie le libre-échange et l’exportation. On comprend que c’est une nécessité parce qu’on a plein d’adhérents, qui sont, quelque part, très liés au marché. C’est aussi la preuve que notre agriculture est très fragile. Ce constat doit poser la question des relocalisations et sur des façons de rendre notre élevage plus résilient, parce qu’on a spécialisé les régions et les animaux pour le productivisme. Le gouvernement ne semble pas tirer de leçons de cette crise. On a vu Annie Genevard parler de souveraineté alimentaire à Rungis et dire « c’est la guerre, il faut qu’on produise ». Ils vont tous nous emmener dans le mur. On va être de plus en plus fragilisés par cette concurrence déloyale des accords de libre-échange, par le réchauffement climatique et la possibilité de crises sanitaires à répétition. In fine, ceux qui vont disparaître, c’est bien les éleveurs et pas les productions animales industrielles qui, de toute façon, supporteront ces crises sanitaires.

La Marseillaise : Sur ce dossier vous semblez être raccord avec la Coordination rurale [proche de l’extrême droite] à laquelle vous êtes généralement opposée. Qu’est-ce qui vous rassemble ?

Stéphane Galais : On n’a pas de convergence idéologique avec la Coordination rurale, loin de là. On est opposés sur plein de sujets comme l’usage des pesticides mais aussi la vision libérale qu’ils peuvent avoir. Pour nous, c’est un peu l’ombre de la FNSEA, mais avec un relent identitaire, agrarien, on n’a rien en commun. Pour autant, on reconnaît leur sincérité à défendre l’élevage. On se retrouve au moins là-dessus.

La Marseillaise : Vous fustigez a contrario la FNSEA qui défend, comme le gouvernement, l’abattage systématique ?

Stéphane Galais : Il faut faire un vrai distinguo avec les adhérents de base et les dirigeants de la FNSEA qui siègent au Comité national d’orientation des politiques animales et végétales, où est décidée la stratégie sanitaire. Ceux qui orientent la politique de la FNSEA sont les grands betteraviers qui ont des accointances XXL avec les grands groupes alimentaires. Ses dirigeants défendent les intérêts de la filière et plus particulièrement de l’agro-industrie mais jamais ceux des paysans ou des éleveurs. De nombreux membres de FDSEA locales sont avec nous sur les barrages et font des communiqués de presse pour dire qu’ils ne suivent pas la politique du national. Ce qu’on va dire au Premier ministre, c’est qu’on n’en peut plus de cette cogestion avec la FNSEA. Ça devient vraiment très problématique, ça prend en otage toute l’orientation de l’agriculture française. On a l’impression que tous les ministres qui passent sont des marionnettes de la FNSEA. La crise sanitaire révèle toutes ces failles. On doit avoir la capacité démocratique à porter une vision de l’agriculture qui va dans le sens de l’intérêt général.

La Marseillaise : Le gouvernement a demandé le report du vote européen prévu cette semaine sur le Mercosur. Est-ce suffisant ?

Stéphane Galais : La DNC est une maladie du libre-échange. Le Mercosur va nous fragiliser davantage et nous emmener vers plus de compétitivité et de mise en concurrence les uns avec les autres. L’agriculture hyperproductiviste est aussi extractiviste, elle va détruire les systèmes et la biodiversité. C’est ce qu’on voit dans les campagnes, ça fragilise les animaux qui ne peuvent plus lutter contre les maladies émergentes. Cette vision productiviste-exportatrice nous détruit à petit feu. Le gouvernement essaye de gagner du temps et trouver une porte de sortie pour ne pas perdre la face au niveau européen. Il a manqué de fermeté dès le départ.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 17 décembre 2025)

Conflent-Cerdagne-Capcir. « Stop au massacre » : les éleveurs mobilisés sur les barrages filtrants (L’Indep)

Des barrages filtrants érigés depuis samedi sur la route nationale 20, ce dimanche sur le rond-point de Villefranche-de-Conflent (RD66) et à la sortie de Puyvalador (D118) : la colère des éleveurs monte dans les Pyrénées-Orientales comme un peu partout en France dans les départements touchés par la dermatose nodulaire contagieuse.

Ce dimanche matin, il faisait à peine 2° à Villetranche-de-Conflent quand les premiers tracteurs arrivaient. Les éleveurs avaient en effet appelé leurs collègues agriculteurs, mais également les citoyens, à se rassembler en masse sur cet endroit stratégique, sur
cette RD66 qui mène à la Cerdagne et au Capcir. « Stop au massacre », « Agriculture française en danger », « Pour un changement de nos politiques sanitaires », « Protégeons nos troupeaux », les messages sont toujours les mêmes depuis maintenant près de deux mois. Les manifestants dénoncent la gestion de la crise mise en place par le gouvernement pour lutter contre la dermatose nodulaire contagieuse.

Des barrages filtrants ont rapidement été mis en place dans les deux sens. Au plus fort, jusqu’à 150 personnes étaient présentes sur et autour du rond-point jouxtant la cité fortifiée. Parmi eux quelques élus dont Françoise Eliott, maire de Py, qui ne cachait pas son inquiétude : « Il est important de soutenir les éleveurs de la vallée et du département. Peut-être que le gouvernement devrait réfléchir à une autre solution que d’abattre des élevages de souche adaptés à nos territoires montagnards. »

Des élus, mais aussi des citoyens comme Olivier qui pense « qu’il y a beaucoup de violence et il me semble peu de concertation. On voit bien qu’après les Pyrénées-Orientales, l’Ariège, la Haute-Garonne ou encore les Hautes Pyrénées sont touchés. Le gouvernement devrait se poser la question de l’efficacité de sa gestion sanitaire. Il y a en tout cas beaucoup a redire sur la méthode. »

Vincent, viticulteur et arboriculteur, est venu pour « soutenir tous ces petits éleveurs que l’on croise régulièrement dans nos montagnes Ils font un excellent travail. Il est important d’être présent afin de protéger cette paysannerie contre le Mercosur et l’agro-industrie. »

Rappelons qu’à ce jour 20 opérations de dépeuplements ont été menées dans le département. 497 bovins ont été abattus. Pour le Préfet, Pierre Régnault de la Mothe, « Le rythme de diffusion de la dermatose nodulaire contagieuse s’est ralenti dans les Pyrénées-Orientales depuis que notre cheptel a atteint l’immunité vaccinale. Je fais l’hypothèse que la stratégie que nous avons mise en place porte ses fruits. J’ai réuni les éleveurs cette semaine pour un échange direct et sans filtre. Je réunirai la semaine prochaine ceux d’entre eux qui ont été concernés par une mesure de dépeuplement : je veux qu’ils sachent que nous les accompagnerons dans la durée. »

Par ailleurs le représentant de l’État appelle à « Rester vigilant, car des cas peuvent encore apparaitre, par exemple dans l’éventualité où une vache aurait contracté le virus alors que le vaccin n’était pas encore à son plein effet et en raison de l’incubation très longue de la maladie sur certains individus, Les contraintes pesant sur les élevages vont être progressivement assouplies (la levée de la zone de surveillance intervient 45 jours après le dépeuplement du dernier foyer contaminé). » Pas certain que cela suffise à calmer la colère des éleveurs qui fait tache d’huile sur toute l’Occitanie et dans de nombreuses régions françaises. D’ailleurs, les éleveurs appellent déjà à une nouvelle mobilisation, ce mardi 16 décembre à 18 heures, devant la préfecture à Perpignan.

Philippe Comas (L’Indépendant, le 15 décembre 2025)

Latour-de-Carol et Puyvalador aussi

Du côté de Latour-de-Carol, la route nationale 20 a été bloquée une bonne partie de la journée de dimanche. Une trentaine d’éleveurs, installée des le samedi, a bravé le froid et est en place toute la nuit. Dimanche après-midi un autre point de rassemblement était mis en place sur la route départementale 118 à la sortie de Puyvalador, en direction de l’Aude. Là encore agriculteurs et éleveurs du Capcir et du Donezan (Ariège) décidaient d’établir un barrage filtrant. Notons que si les appels à manifester venaient de la Confédération paysanne 66 ou de la Coordination rurale 66, des agriculteurs adhérents à d’autres syndicats (FDSEA, Jeunes Agriculteurs) avaient décidé de montrer leur solidarité en participant aux différents rassemblements.

Dermatose. Les éleveurs mobilisés entre la Cerdagne et l’Andorre (L’Indep)

Les éleveurs se sont mobilisés pour faire entendre leurs revendications ce samedi à la hauteur de Latour-de-Carol. Une mobilisation est également prévue ce dimanche matin à Villefranche-de-Confient.

Depuis environ 15h ce samedi, des éleveurs des hauts cantons ont mis en place un barrage sur la RN20, au niveau de la carrière Riutés. Ils étaient une cinquantaine à filtrer la circulation la route durant 30 à 45 minutes, dans les deux sens, avant de laisser passer les véhicules et de bloquer à nouveau. Ils manifestent, comme sur de nombreux points de blocage en France, contre les mesures appliquées pour éradiquer la Dermatose nodulaire contagieuse (DNC) qui consistent en l’élimination des troupeaux si un seul cas est détecté.

« Nous avons dix points de revendication et nous avons remis en ce sens un courrier au sous-préfet de Prades Didier Carporcin qui était présent », précise un éleveur. Le représentant de l’État est venu à leur rencontre durant une heure et a engagé le dialogue avec les éleveurs : « Nous avons évoqué de manière calme et cordiale la stratégie nationale concernant la DNC. Ils m’ont remis une motion comportant 10 points de revendication que j’ai fait remonter au niveau national ».

Une mobilisation ce dimanche à Villefranche-de-Conflent

Dans cette motion, les agriculteurs de Cerdagne revendiquent l’abattage ciblé des seules bêtes malades ; l’accès au vaccin au printemps pour le rappel ; la vaccination nationale ; le lancement d’une étude sur la maladie ; l’ouverture de l’export après vaccination sans conditions ; pour les éleveurs qui ont subi l’abattage, le maintien des aides de la PAC (politique agricole commune) durant le repeuplement ; l’indemnisation des bêtes abattues ; la défiscalisation des aides perçues pour le dépeuplement ; le report des crédits pour les éleveurs touchés ; l’exonération des charges MSA pour les éleveurs sinistrés.

Le groupe de manifestants envisage de poursuivre ce barrage filtrant jusqu’à dimanche soir. Par ailleurs ce dimanche, une autre manifestation est prévue au niveau du rond-point de Villefranche-de-Conflent à partir de 8h, avec là aussi un barrage des éleveurs.

Isabelle Bley (L’Indépendant, le 14 décembre 2025)

Souanyas-Marians. Le préfet à l’écoute des éleveurs

Réunion de crise autour de la Dermatose entre des éleveurs et les représentants de l’État

Après les interventions de la municipalité, sur proposition du préfet Pierre Régnault de la Mothe, s’est tenue une réunion lundi en mairie(*) sur le préoccupant sujet de la Dermatose nodulaire contagieuse des bovins (DNCB). Dans une ambiance où se mêlaient inquiétude, angoisse, indignation, incompréhension, colère, les représentants de l’État et les éleveurs ont longuement échangé, de façon constructive. Ne pouvant refaire le passé, les discussions se sont orientées vers les mesures à prendre « pour arrêter la propagation, éviter l’abattage des bêtes vaccinées en cours d’immunisation, éliminer les animaux contaminés, pour sortir de ce contexte anxiogène, prévoir les protocoles à mettre en place pour garantir les santés animale, économique des exploitations, et mentale des éleveurs ».

Il a été dit que « tout éleveur devrait pouvoir bénéficier d’une liberté de décision pour la protection sanitaire de son troupeau ». Des décisions graves ont été prises dans un contexte de questionnements et d’ignorance de la maladie.

Devant ces incertitudes, le préfet s’est engagé à faire venir un spécialiste de santé animale en la personne d’Eric Cardinale.

« La position frontalière des P.-O. avec l’Espagne, le changement climatique imposent une vigilance accrue et la mise en place de mesures de prévention renforcées pour ne pas exposer les exploitations et les estives à d’autres drames, en créant un département sentinelle », a aussi expliqué le maire Guy Bobé.

Les conséquences abordées

Ces éleveurs passionnés ont évoqué la volonté de « garder un cheptel souche, adapté à ce très particulier milieu montagnard, socle fondateur d’adaptation des bêtes de remplacement introduites, dans une zone vaccinée, avec toutes les précautions à prendre pour la présence latente du virus, hautement résistant ». Le préfet a informé que « les observations, lors de l’épizootie en Savoie, ont permis de constater qu’une quarantaine de 36 jours sur la parcelle infestée était nécessaire ».

Après ces échanges d’importance pour l’élevage local, les conséquences économico-financières pour les exploitations impactées ont été abordées, pour être suivies et soutenues dans toutes les démarches administratives qui vont en découler.

Le préfet a quitté la commune avec nombre de réponses à apporter et la promesse d’une rencontre prochaine.

Pour ces éleveurs, s’exprimer, se défendre, se battre pour que vive l’élevage, c’est déjà exister et se projeter vers de meilleurs lendemains dans ces exigeantes montagnes.

A. C. (L’Indépendant, le 14 novembre 2025)

(*) En présence du sous préfet Didier Carponcin, de Myriam Cormary directrice de la chambre d’agriculture, de Tony Baurès président de la Société d’élevoge, des éleveurs de Souanyas-Marians et du Groupement pastoral de Carença, de Guy Bobé maire et des membres du conseil municipal.

Le Parc Corbières-Fenouilledes alerte sur un modèle d’élevage en danger (L’Indep)

Le Parc naturel régional Corbières-Fenouillèdes (PNRCF) a publie un communique hier pour « réaffirmer son soutien aux éleveurs des Pyrénées-Orientales directement touches et dont les bêtes ont été abattues ainsi qu’aux éleveurs dont l’activité est impactée dans leur quotidien ». La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) « fait des ravages depuis plusieurs semaines dans les vallées du Tech et de la Têt », provoquant de nombreux abattages et plongeant les éleveurs dans une détresse profonde. Le PNRCF dénonce notamment la mesure d’abattage total des troupeaux infectés et réclame une vaccination généralisée ainsi que des solutions adaptées pour préserver l’élevage extensif, un modèle essentiel au territoire.

Ce modèle d’élevage, majoritairement extensif sur ce territoire, est valorisé pour ses multiples services : « il façonne les paysages, soutient la vie locale et la biodiversité typique de la région, contribue à l’attrait touristique et participe à la prévention des incendies ». Le PNRCF insiste sur l’importance de préserver les races locales, souvent menacées par leur faible effectif et l’effort de sélection génétique accompli depuis des décennies.

Le Parc appelle à une réflexion collective et à une adaptation des dispositifs étatiques face à cette crise sanitaire. Il préconise notamment « une organisation nouvelle du secteur de l’élevage pour que les animaux nés sur le territoire y soient engraissés jusqu’à leur abattage local, ce qui permettrait aussi de renforcer l’abattoir de Quillan ». Le développement des circuits courts est également encouragé afin de favoriser la consommation de la production locale, en accord avec les enjeux actuels de soutien à l’agriculture et au pastoralisme dans la région méditerranéenne.

Le PNRCF réaffirme enfin son engagement aux côtés des éleveurs, notamment dans le contexte de lutte contre les incendies qui donne une nouvelle importance au pastoralisme comme activité écologique et territoriale.

L’Indépendant, le 13 novembre 2025