L’édito du webzine. Aides à la résistance cubaine

Donald Trump n’en finit pas de s’ériger en maitre du monde, il s’en prend à tout ceux qui ne partage pas ses idées rétrogrades.

Donald Trump accuse Cuba et l’ex-président Raúl Castro de « complot en vue d’assassiner des Américains », des allégations perçues comme déconnectées de la réalité, mais destinées à séduire l’électorat américain avant les élections de mi-mandat. Ces menaces visent également à détourner l’attention de son enlisement dans la guerre contre l’Iran, un conflit motivé par les immenses ressources énergétiques de ce pays. Cela masque aussi ses échecs diplomatiques, comme la tentative avortée de contrôle du Groenland ou son recul face à la Chine.

Avec la hausse des prix de l’essence et du crédit, une majorité d’Américains, souvent endettés, subissent une pression économique croissante, ce qui pousse Trump à chercher une image de « vainqueur ». Il durcit donc sa politique envers Cuba, un pays présenté comme un « État diabolique » depuis 56 ans, à l’exception de la parenthèse de normalisation sous Obama.

Trump intensifie les sanctions contre les réseaux d’approvisionnement énergétique cubains et les entreprises commerçant avec La Havane, plongeant l’île, déjà dépourvue de ressources, dans une précarité généralisée, y compris alimentaire. Il multiplie les déclarations provocatrices, affirmant par exemple : « Je pense que j’aurai l’honneur de prendre Cuba… Je peux faire tout ce que je veux avec elle », dans une posture autoritaire.

Soutenir Cuba

Cependant, il sous-estime la résistance cubaine : malgré la crise économique, l’opposition et une grande partie de la population restent attachées à son indépendance.

Face à cette situation, l’Union européenne et les gouvernements européens, y compris la France, adoptent une inertie diplomatique singulière, malgré des déclarations condamnant l’illégitimité du blocus. Les banques et les grandes entreprises européennes, craignant des représailles commerciales, hésitent ou refusent de collaborer avec Cuba.

À l’inverse, des mouvements de solidarité s’organisent : une flottille humanitaire a récemment atteint La Havane avec le soutien de Cuba Coopération France, de la CGT et du PCF. Par ailleurs, 650 représentants d’organisations issues de 33 pays se sont rendus sur l’île pour exprimer leur soutien. Dans les prochains jours, le Mouvement de la paix devrait lancer un « Appel pour la paix à Cuba et dans la Caraïbe », tandis qu’une résolution dénonçant le blocus et les menaces contre Cuba sera présentée à l’Assemblée nationale par le groupe Gauche Démocratique Républicaine (GDR), qui regroupe des députés communistes et ultramarins.

Les menaces américaines contre Cuba ouvrent un nouveau foyer de tension dans un monde où la loi de la force tend à l’emporter sur le droit international. Défendre l’intégrité de Cuba, c’est aussi défendre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, un principe qui devrait aussi concerner la France.

Dominique Gerbault

La pression américaine s’accentue sur Cuba (L’Indep)

Après les sanctions, l’inculpation de l’ancien président Raúl Castro et l’appel à rompre avec les autorités, lancé à la population, Washington accentue la pression sur la Havane avec le déploiement du porte-avions Nimitz. Ce navire de guerre américain parmi les plus puissants au monde, est arrivé, jeudi, dans les Caraïbes, à proximité de Cuba, avec son groupe aéronaval.

Le président Miguel Diaz-Canel avait prévenu, ces derniers jours, que toute action militaire américaine contre Cuba conduirait à un « bain de sang » aux conséquences incalculables pour la paix et la stabilité régionales, affirmant que l’ile ne représentait pas une menace pour les États-Unis.

Les États-Unis ont également coupé ces dernières semaines les approvisionnements en énergie de La Havane, espérant ainsi faire vaciller le gouvernement, après avoir arrêté en janvier son allié le président vénézuélien Nicolas Maduro.

L’Indépendant, le 23 mai 2026

L’édito du webzine. Cuba en grand danger

Trump donne un mois aux entreprises étrangères pour quitter Cuba et parier sur un génocide.

L’administration Trump a fait un nouveau pas dans sa politique de guerre économique contre Cuba, en imposant un ultimatum aux entreprises étrangères qui entretiennent des relations commerciales avec l’île. Par l’intermédiaire de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), le gouvernement américain a fixé le 5 juin comme date limite pour que de nombreuses entreprises ferment leurs opérations liées à des secteurs stratégiques de l’économie cubaine.

La décision constitue une nouvelle agression contre la souveraineté de Cuba et une violation du droit international, en cherchant à imposer des sanctions unilatérales aux entreprises et aux citoyens des pays tiers pour le maintien de relations économiques légitimes avec l’île.

L’offensive de Washington cherche à frapper en particulier des secteurs clés tels que le tourisme, les mines, l’énergie et les services financiers, à l’heure où Cuba est confrontée à de graves difficultés économiques résultant précisément de l’intensification du blocus américain, en plus des effets cumulatifs de la pandémie et de la crise internationale.

Ce nouveau rebondissement du blocus confirme la volonté de l’administration Trump d’approfondir la politique de pression maximale contre Cuba, ignorant le rejet quasi unanime de la communauté internationale. Année après année, l’Assemblée générale des Nations Unies condamne le blocus américain et exige sa levée immédiate, considérant qu’il constitue une mesure coercitive unilatérale qui cause de graves dommages humanitaires et économiques à la population cubaine.

Loin de promouvoir la « démocratie » ou les « droits de l’homme », les sanctions américaines visent à causer de plus grandes pénuries matérielles, à rendre difficile l’accès aux carburants, à la nourriture, aux médicaments et au financement international, et à générer une déstabilisation interne par la punition économique collective contre tout un peuple.

Si le peuple américain connaissait la réalité…

Des membres du Congrès américain dénoncent l’impact du blocus sur Cuba. Si le peuple américain connaissait toute l’étendue de ce qui se passe sur le terrain à Cuba, il exigerait la fin du blocus immédiatement, ont-ils publié dans le New York Times.

Les deux membres de la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, Pramila Jayapal et Jonathan L. Jackson, ont publié dans le New York Times leurs réflexions sur une visite de cinq jours sur l’île, où ils ont noté l’impact des larges mesures coercitives unilatérales des États-Unis dans différents secteurs de la société, en particulier dans la santé publique.

Ils, ont fait valoir qu’« entre 2018 et 2025, à mesure que les sanctions américaines devenaient plus punitives, le taux de mortalité infantile autrefois impressionnant de Cuba s’est envolé de 148 %. ». Ils ont décrit leur visite d’un hôpital maternel à La Havane, où le blocus américain rend l’importation de pièces de rechange pour des équipements tels que « des incubateurs cassés presque impossibles », et ont souligné que le temps passé à Cuba leur permettait de mieux comprendre les impacts humanitaires du siège énergétique américain sur l’île, maintenus pendant des mois.

«  Nous sommes revenus de notre voyage avec la certitude que, si le peuple américain connaissait toute l’étendue de ce qui se passe sur le terrain à Cuba, il exigerait la fin du blocus immédiatement, il se limitait » déclarèrent-il a la presse.

Ils ont également expliqué que lors de la visite, qui s’est tenue en avril dernier, ils ont réussi à parler avec un large éventail de citoyens cubains et qu’il y avait consensus: le blocus américain doit cesser, il y a un rejet d’une éventuelle invasion militaire par les États-Unis.

Dans d’autres circonstances, Cuba serait un partenaire commercial naturel pour les États-Unis.

Le système de santé cubain –qui depuis des décennies est un modèle mondial de santé publique– a généré des progrès significatifs qui pourraient également bénéficier aux Américains, notamment des traitements prometteurs contre la maladie d’Alzheimer et le cancer du poumon, ont ajouté les représentants.

Jayapal et Jackson ont préconisé le retour au stade du rapprochement et de la recomposition des relations entre Washington et La Havane, qui a été réalisé sur le mandat du démocrate Barack Obama (2009-2017).

Dominique Gerbault

Urgence solidarité avec Cuba

Par un collectif de personnalités

Face à une crise économique sans précédent depuis sa révolution en janvier 1959, le peuple cubain a besoin plus que jamais de notre solidarité.

Depuis plus de deux mois, Cuba et son peuple font face à une crise économique sans précédent. L’interruption des livraisons de pétrole en provenance du Venezuela, principal fournisseur de La Havane, suivie des menaces du président Donald Trump de sanctionner tout pays qui enverrait du pétrole à Cuba concourt à une volonté d’asphyxie de ses 9 millions d’habitant.es, sous embargo étasunien depuis 1962. L’arme des sanctions, montée à son cran maximal, devrait selon Donald Trump lui permettre d’économiser une intervention militarisée et attiser le mécontentement de la population. Les conséquences sont dramatiques. Les coupures d’électricité sont quotidiennes et de plus en plus longues. Écoles, universités, hôpitaux fonctionnent au ralenti. Les pénuries alimentaires, de médicaments et d’autres produits de première nécessité qui en découlent attisent la frustration des Cubains. Les secteurs clés que sont le tourisme, l’extraction du nickel, l’agriculture et la production de tabac sont frappés de plein fouet par les restrictions énergétiques. Par ailleurs, le président Trump a fait pression avec un certain succès sur les pays ayant recruté des médecins cubains. Comme au Venezuela, en Palestine ou en Iran, ce n’est nullement la démocratie pour les peuples de ces pays qui est visée. Ce qui est en jeu, c’est la volonté d’élargir un impérialisme prédateur des ressources naturelles, de consolider un système néocolonial et de poursuivre l’avancée idéologique de l’extrême droite sur le plan mondial. Alors que 80% de l’économie de l’île reposait encore il y a peu sur un système planifié et centralisé de production par des entreprises d’État, la crise a poussé le gouvernement à s’ouvrir davantage au secteur privé et à adopter un décret établissant un cadre juridique pour créer des entreprises mixtes entre entités étatiques et acteurs privés, une première sur l’île.

Cuba doit aussi faire face à une dégradation de ses soutiens diplomatiques. L’île est lâchée par certains pays latino-américains comme le Costa-Rica, dont le ministre des Affaires étrangères a annoncé, le 18 mars dernier, la fermeture de son ambassade à Cuba à l’image d’un autre allié de l’administration Trump dans la région, l’Équateur, qui a expulsé début mars l’ambassadeur de Cuba à Quito, ainsi que l’ensemble de la mission diplomatique. Deux pays qui font partie d’une alliance de pays latino-américains en soutien au président étasunien. Le robinet des carburants coupé, Cuba est en voie de paralysie. Si les déclarations de soutien aux autorités sont nombreuses, brésilienne, chinoise, espagnole, mexicaine, russe, vietnamienne, aucune n’est assortie de livraisons pétrolières. Seule parvient à Cuba une aide humanitaire mexicaine, européenne, russe, espagnole comme la Flottille « Nuestra America ». La France n’est pas en reste où la solidarité s’organise fortement, mobilisant organisations politiques, syndicales et associatives telle que le Secours Populaire Français.

Cette situation qui prend tout un peuple en otage est intolérable ! La France et l’Union Européenne doivent agir contre l’asphyxie du peuple de Cuba ! La France qui soutient depuis 1992, aux Nations Unies, la résolution présentée par Cuba demandant la levée de l’embargo étasunien qui affecte la situation économique et sociale du pays, ne peut rester indifférente à cette nouvelle situation. Elle a su aider en janvier 2025 au refinancement de sa dette avec le Club de Paris et envoyer vingt-sept tonnes de matériel après le passage de l’ouragan Melissa en octobre dernier. Elle a fait appel à des médecins cubains pour ses territoires en Caraïbe, lors de la crise du Covid. Elle doit donc renouer avec une telle collaboration notamment, par l’envoi d’une aide humanitaire conséquente, des accords de coopération bilatéraux plus nombreux et la sécurisation de possibles investissements d’entreprises françaises. Elle doit le faire en y associant l’Union européenne qui doit œuvrer à la recherche de solutions diplomatiques aux guerres et conflits qui se multiplient dans le monde depuis ces dernières années. Seul le respect du Droit international, la Paix et la Souveraineté des peuples peuvent redonner espoir en l’avenir. Nous invitons les Françaises et les Français, le mouvement social et syndical, les partis politiques, les collectivités territoriales, à exprimer concrètement leur solidarité avec le peuple cubain, et à appuyer comme relayer cet appel, en s’organisant partout en France dans ce sens.

Les premiers signataires

Fabien Cohen, secrétaire général de France Amérique Latine, membre du secrétariat du Conseil International du Forum Social Mondial (FSM) André Chassaigne, membre honoraire du Parlement, ancien président du groupe d’Amitié France-Cuba de l’Assemblée nationale Ernest Pignon-Ernest, artiste plasticien Boris Plazzi, Secrétaire confédéral en charge de l’international de la CGT Jérôme Bonnard, Secrétariat National de l’Union syndicale Solidaires Fanny Metrat, porte-parole de la Confédération paysanne Caroline Chevé, secrétaire générale de la FSU Jean-Victor Castor, député de la Guyane, président du groupe d’Amitié France-Cuba de l’Assemblée nationale Denis Merklen, sociologue, directeur de l’Institut des hautes études de l’Amérique latine Olivier Compagnon, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Sorbonne Nouvelle (IHEAL), membre de l’Institut universitaire de France Federica Matta, artiste plasticienne Eric Toussaint, Président du CADTM Sophie Thonon, avocate, Présidente-déléguée de France Amérique Latine Franck Gaudichaud, Professeur des Universités Toulouse, Co-Président de France Amérique Latine Hector Vasquez, président et le CA de l’association d’ex prisonniers politiques chiliens France Céline Meresse, Présidente du CRID Emeline K/Bidi, députée de la Réunion, coprésidente du groupe GDR Stéphane Peu, Député de la Seine-Saint-Denis, président du groupe GDR à l’Assemblée nationale Fabien Roussel, secrétaire national, PCF Annie Lahmer, Coresponsable de la commission transnationale des Écologistes Éric Coquerel, Député de la Seine-Saint-Denis, président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale Rodrigo Arenas, député de Paris, LFI Elsa Faucillon, députée des Hauts-de-Seine, PCF Marcellin Nadeau, député de la Martinique, LFI Jean-Paul Lecoq, député de la Seine-Maritime, secrétaire de la commission des Affaires étrangéres à l’Assemblée nationale, PCF Yannick Monnet, député de l’Allier, PCF Frederic Maillot, député de la Réunion, Pour la Réunion Soumya Bourouaha, députée de la Seine-Saint-Denis, PCF Julien Brugerolles, député du Puy-de-Dôme, PCF Edouard Benard, député de la Seine-Maritime, PCF Cécile Cukierman, Présidente du groupe CRCE-K au Sénat, Sénatrice de la Loire Laurence Cohen, sénatrice honoraire, ancienne présidente du groupe des amitiés parlementaires France-Brésil Akli Mellouli, sénateur du Val-de-Marne, EELV Fabien Gay, sénateur de la Seine-Saint-Denis, directeur de l’Humanité Cathy Apourceau-Poly, sénatrice du Pas-de-Calais, PCF Pascal Salvodelli, sénateur du Val-de-Marne, PCF Marianne Margaté, sénatrice de seine et Marne, PCF Jérémy Bacchi, Sénateur des Bouches-du-Rhône, Secrétaire départemental du PCF 13 Marie-Claude Varaillas, Sénatrice de la Dordogne, PCF Céline Brulin, Sénatrice de Seine-Maritime PCF Michelle Gréaume, Sénatrice du Nord, PCF Charly Bouhana (Cuba-Si France) Fabrice Leclerc (France-Cuba) Manuel Pascual (Cuba Coopération) André Ciccodicola conseiller éditorial François-Michel Lambert, ancien député, président Cercle Severiano de Heredia Plateforme Française de solidarité avec Haïti, Fabien Archambault, historien, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne Charlotte Balavoine, coordinatrice de la campagne de solidarité avec Cuba Patricia Pol, membre pour ATTAC du secrétariat du Conseil international du FSM Laura Arguelles, présidente de l’ACAF (Argentine) Zelmar Michelini, président de Donde Estan (Uruguay) Françoise Escarpit, journaliste honoraire et ancienne correspondante de l’Humanité à La Havane Red Internacional de Apoyo a los Presos Políticos en Chile RIAPPECH, Collectif DDHH au Chili (France) Le Collectif de solidarité avec le peuple du Nicaragua (CSPN) Olivier Buirette, IHEAL – Institut des Hautes Études de l’Amérique Latine Sylvie Bouffartigue, Professeure des Universités, UVSQ James Cohen, Professeur émérite, Sorbonne Nouvelle Juliette Dumont, enseignante-chercheuse en histoire, IHEAL-CREDA, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 Ravier Monique et Lucie (Paris) Helmuth Rudloff, Groupe d’Aide Genève (GAG) Christian Carzo (Nice) Luis Gálvez, Observateur DD HH-Suède.

André Chassaigne. « Trump veut porter un coup à la révolution cubaine » (La Marseillaise)

La présidence du groupe d’amitié France-Cuba à l’Assemblée nationale organise un colloque pour alerter sur la situation au sein de l’île. André Chassaigne, ancien député PCF de la 5e circonscription du Puy-de-Dôme et ex-président du groupe GDR au Palais Bourbon, fait partie des intervenants. Entretien.

La Marseillaise : Un an jour pour jour après votre départ de l’Assemblée nationale, vous participez, ce mardi soir, à un colloque consacré à la situation cubaine. De quoi s’agit-il ?

André Chassaigne : Ce colloque est à l’initiative du groupe d’amitié France-Cuba de l’Assemblée nationale que j’ai présidé jusqu’à mon départ. Le nouveau président, qui est aussi membre du groupe de la Gauche démocrate et républicaine [GDR, à majorité communiste, Ndlr.] Jean-Victor Castor, député et indépendantiste guyanais, est très engagé aux côtés de Cuba. Il voit une forme de proximité qui est déjà géographique, mais aussi dans ce que lui peut porter comme valeur, avec la question de la souveraineté des peuples. Il est très impliqué là-dessus.

La Marseillaise : Quels seront les thèmes abordés lors de cette conférence ?

André Chassaigne : Le programme est découpé en quatre parties. Otto Vaillant-Frias, l’ambassadeur de Cuba en France interviendra sur la première partie et dressera un tableau de la situation actuelle, qui est absolument catastrophique. Il n’y a plus du tout d’arrivée de pétrole avec les impacts que ça peut avoir sur la vie économique, sur les hôpitaux, les soins, la pénurie de médicaments. On est dans une situation absolument inédite. Depuis la révolution cubaine (1953-1959), c’est la première fois qu’il y a une situation qui est aussi terrible. Cuba est proche de l’asphyxie ! Je qualifie ça de siège moyenâgeux dont l’objectif est aussi d’affamer la population pour qu’elle se révolte.
Le deuxième thème, celui que je porterai est consacré à la structuration de la solidarité internationale, le combat politique à mener et les leviers d’action à activer. J’anime au sein du PCF avec Charlotte Balavoine, une coordination qui rassemble toutes les associations de solidarité avec Cuba, les organisations syndicales, la CGT (les unions départementales et locales), ainsi que les fédérations du Parti communiste. Notre volonté, c’est de rassembler tous ceux qui agissent aux côtés de Cuba et organiser cette solidarité concrète face à l’extrême urgence. De grandes manifestations seront organisées durant le week-end des 11 et 12 avril dans plusieurs villes du pays.
Le troisième thème, animé par Jean-Victor Castor, c’est sur les enseignements pour les petits territoires. Il consistera véritablement à aborder les questions de dépendance énergétique et les fragilités des économies insulaires, comme Cuba ou aux Antilles par exemple, ainsi que les héritages coloniaux et la nécessité d’autonomie énergétique. La question est de savoir comment les petits États peuvent maintenir une souveraineté pour ne pas être sous la coupe de l’impérialisme.
Le quatrième thème sera développé par Éric Coquerel, le président LFI de la commission des finances de l’Assemblée, et portera sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la souveraineté, la non-ingérence et plus généralement le droit international, le rôle de l’ONU et la responsabilité de la communauté internationale. On sait qu’il y a une menace aujourd’hui sur le territoire. Ce qu’a dit Trump, c’est que la prochaine excursion sera à Cuba.

La Marseillaise : Il faut prendre au sérieux ces menaces de Donald Trump ? Après le Venezuela et l’Iran, il veut désormais attaquer Cuba ?

André Chassaigne : J’y crois vraiment parce que son objectif est de porter un coup à la révolution cubaine. C’est une ingérence sur le droit des Cubains à disposer d’eux-mêmes avec la volonté d’introduire des capitaux américains. Car si à Cuba, il n’y a pas de pétrole, ni de richesse particulière, c’est un réservoir de consommation de 10 millions d’habitants à 120km de Miami, il faut bien mesurer ça. L’objectif que Trump a derrière le faux prétexte de la démocratie est de mettre main basse sur Cuba. Il veut renverser le régime ou obtenir, dans un premier temps, des concessions pour qu’il n’y ait pas d’intervention militaire. Ce qu’il y a de terrible, c’est que Cuba est une garantie contre le commerce du narcotrafic. Le régime cubain travaillait, jusqu’à présent, main dans la main y compris avec la police des États-Unis. Il est, au contraire, un barrage contre le narcotrafic. Mais, Trump ne tient pas compte de ça.

La Marseillaise : Trump et ses prédécesseurs n’ont-ils pas tous tenté de « tuer » la révolution cubaine ?

André Chassaigne : C’est ce que j’appelle -je l’avais développé dans mon livre(*)- la théorie du fruit mûr. Ils attendent que le fruit soit suffisamment mûr, pourri, pour qu’il tombe dans leur escarcelle. C’est une théorie qui date du début du XIXe siècle et les Américains sont toujours là-dessus, ils veulent faire pourrir la situation. Le blocus, c’est une asphyxie complète, de façon à ce que le peuple cubain se révolte contre le régime cubain pour y installer un gouvernement fantoche qui serait, bien évidemment, la marionnette des États-Unis.

La Marseillaise : Le directeur général de l’OMS a alerté, mercredi, sur une situation « profondément préoccupante » dans les hôpitaux cubains avec des opérations reportées. Tout cela est lié au blocus énergétique américain…

André Chassaigne : C’est scandaleux, c’est une honte et c’est en infraction avec les accords de Genève qui ne sont pas respectés. Le droit international protège normalement la santé et les mesures sanitaires. Or, là, les États-Unis ne tiennent pas compte de ça. En empêchant toute arrivée de pétrole, ils privent l’île d’électricité et donc les Cubains ne peuvent plus faire les opérations chirurgicales, par exemple. C’est une honte !
C’est pour médiatiser cette situation que nous organisons ce colloque et ces manifestations durant le week-end du 11 et 12 avril. Il faut briser le mur du silence.

La Marseillaise : Face à cela, la solidarité internationale s’organise, entre le départ de flottilles et containers à destination de l’île. Que met en place le PCF ?

André Chassaigne : Il y a bien sûr eu la flottille qui est partie du Mexique la semaine dernière et qui a une dimension symbolique. Nous, en France, le Parti communiste a fait un autre choix, celui d’un pont aérien. J’ai négocié avec la direction d’Air France pour envoyer à peu près 20m3 de médicaments et de matériel médical. On a fait ce choix-là pour que ça soit immédiat, tout est déjà arrivé sur place. Il y a aussi des containers qui sont en partance. Tout ce qu’on peut faire au niveau humanitaire, on le fait avec des moyens divers.

La Marseillaise : Que pensez-vous de la réaction de la France et plus globalement de celles de la communauté internationale ?

André Chassaigne : La réaction de la France n’est pas à la hauteur. Il y a quelques mots, qui, d’ailleurs vont quelquefois dans le sens de Trump, parce qu’ils font allusion aux questions de démocratie à Cuba. Et ce, alors qu’il y a une constitution qui a été discutée par la population, des milliers de réunions ont eu lieu pour l’élaborer collectivement et celle-ci a été votée en grande majorité par le peuple cubain. Malgré cela, il y a toujours une petite allusion à la démocratie cubaine, il n’est pas question de ça ! La France ne fait pas suffisamment. C’est-à-dire qu’il y a des mots, mais il n’y a pas d’actes. On sent bien qu’il y a derrière tout ça, un manque de courage pour affronter Trump. Et cela touche beaucoup de pays, notamment en Amérique latine, Trump fait des menaces et tout le monde met le petit doigt sur la couture du pantalon. Derrière les mots, il n’y a pas d’actes. C’est extrêmement gravissime, parce que derrière tout ça, des vies humaines sont en jeu.

Entretien réalisé par Laureen Piddiu (La Marseillaise, le 31 mars 2026)

(*) Cuba, une étoile dans la nuit aux éditions Le Temps des Cerises

Cuba. Stop au blocus !

Cher e•s camarades, cher e•s ami•e•s de Cuba,

Vous l’avez sans doute vu, le président des États-Unis a une fois de plus fait le choix de resserrer l’étau de la répression sur Cuba. Hier, le jeudi 29 janvier, Donald Trump a signé un décret indiquant que les États-Unis « pourraient » frapper de droits de douane les pays vendant du pétrole à Cuba.

Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez Parrilla, a dénoncé dans la foulée un « acte brutal d’agression » de la part de Washington, qui maintient l’île sous blocus depuis 1962. Le texte de ce décret, publié par la Maison Blanche, permet de rendre effectif « un droit de douane supplémentaire « ad valorem » qui pourrait être imposé sur les importations de biens produits par un pays qui vend directement ou indirectement ou qui fournit du pétrole à Cuba ».

Concrètement, cela pourrait compromettre l’approvisionnement de l’île en pétrole, mettant potentiellement en échec jusque son système hospitalier et ce, dès demain. Les coupures d’électricité sont déjà quotidiennes dans l’île, et peuvent aller jusqu’à 18 h par jour. Les nouvelles sanctions menacent à présent de mettre à l’arrêt les services essentiels, dont les transports, la santé, l’éducation, l’industrie. Demain, il pourrait empêcher unilatéralement la livraison, la conservation de nourriture et de médicaments.

Le blocus fait des morts. Et à travers ces nouvelles mesures étatsuniennes, c’est tout le peuple qui en subira de nouveau les conséquences dramatiques !

Il y a urgence, à agir ensemble, dès maintenant, pour donner toujours plus d’élan à la solidarité internationale, dans les jours, les semaines et les mois à venir.

¡Cuba no está sola! Cuba n’est pas seule !

Bien fraternellement,

Les coordinateurs de campagne
Charlotte Balavoine et Vincent Govelet

Otto Vaillant Frías. « Cuba est un pays qui veut la paix mais nous allons le défendre »

Au lendemain de l’attaque des États-Unis contre le Venezuela, Donald Trump menaçait à son tour Cuba. Ambassadeur de l’île en France, Otto Vaillant Frías en appelle aux institutions internationales

La Marseillaise : Quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris l’attaque des États-Unis sur le sol du Venezuela ?

Otto Vaillant Frías : Il y a plusieurs réactions qui se mêlent. Comme Cuba, je condamne, je n’accepte pas ce type d’action des États-Unis contre n’importe quel pays, que ce soit le Venezuela ou un autre. C’est une violation du droit international, de la loi des États-Unis, de la loi du Venezuela… Ils n’ont pas le droit d’aller agresser un pays et d’en kidnapper le président ! Et c’est une intervention terrible, avec la mort de nombreuses personnes dont des Cubains qui ont été tués au combat. En tant que Cubains, nous sommes tristes de ces pertes. Et nous rejetons cette politique qui prend forme dans l’administration Trump, et qu’ils vont poursuivre il me semble.

La Marseillaise : Avec cette attaque, Donald Trump a franchi un cap supplémentaire, vous l’expliquez comment ?

Otto Vaillant Frías : Donald Trump prône désormais une politique de total manque de respect aux Nations Unies, au droit international. La doctrine Monroe revient, l’Amérique pour eux, en disant que c’est sa zone d’influence, qu’aucun pays ne peut agir indépendamment s’il ne le souhaite pas. Il y a deux siècles certains pays n’étaient pas encore indépendants, mais aujourd’hui, ils n’ont pas besoin de demander aux États-Unis que faire, comment agir, comment prendre des décisions dans leur politique intérieure ou extérieure. L’administration Trump n’a pas le moindre respect pour aucune organisation internationale, ni pour les gouvernements des autres pays. C’est très grave.

La Marseillaise : Immédiatement après l’attaque, Donald Trump a menacé Cuba. Cela vous inquiète ?

Otto Vaillant Frías : Il a dit qu’il faudrait regarder le cas de Cuba, regarder d’autres cas… À Cuba, nous souffrons d’un horrible blocus depuis plus de soixante ans, ils font déjà souffrir le peuple cubain parce qu’ils cherchent depuis le début de faire tomber le gouvernement et la révolution cubaine. Ils n’ont pas encore réussi, mais ils ont tout fait : l’agression militaire, le blocus, la propagation de maladies… Faire tomber notre gouvernement est leur objectif principal depuis le triomphe de la révolution cubaine, le 1er janvier 1959. Mais nous continuerons notre lutte. Même si ce ne sera pas facile pour nous.

La Marseillaise : Justement, dans son avion présidentiel Donald Trump disait que Cuba « est prêt à tomber », surtout si on lui coupe l’accès au pétrole du Venezuela… Que lui répondez-vous ?

Otto Vaillant Frías : Pendant le combat, il y avait aussi des Cubains au côté de Maduro. Le gouvernement du Venezuela avait demandé à Cuba du soutien pour la sécurité de son président, et ils étaient là. Ils étaient une trentaine à se battre contre 200 soldats des États-Unis. Ils ont réussi à tenir pendant plus d’une heure. Cela en dit beaucoup. Cuba est un pays qui veut la paix, mais nous sommes prêts à le défendre s’il y a besoin. Nous n’accepterons aucune invasion chez nous. Les États-Unis ont les moyens de punir les pays, les entreprises, de prendre des mesures contre tous ceux qui voudraient vendre du pétrole à Cuba, et je ne sais pas ce qu’il va se passer à l’avenir dans les relations commerciales, économiques ou de coopération entre Cuba et le Venezuela ou avec d’autres pays. C’est difficile à dire aujourd’hui. Mais nous avons le droit d’exporter ce que nous voulons malgré les sanctions des États-Unis. Nous verrons comment le Venezuela pourra tenir ses engagements envers Cuba.

La Marseillaise : Pourquoi cet acharnement persiste toujours selon vous, 67 ans après la révolution ?

Otto Vaillant Frías : La question de la relation des États-Unis avec Cuba remonte à avant la révolution. Depuis leur indépendance ils ont toujours pensé que l’Amérique leur appartient. Pour Donald Trump et ceux qui l’entourent, Cuba devrait être une étoile sur le drapeau des États-Unis.

La Marseillaise : Dans ce contexte, est-ce que les timides réactions européennes et spécifiquement françaises vous surprennent ?

Otto Vaillant Frías : Chaque pays agit selon la façon dont il voit les choses. Moi, je transmets la position que je connais, la mienne. Pour les réactions européennes ou françaises, il serait intéressant de demander pourquoi ils le font, comment ils voient la situation. Chaque pays a ses propres intérêts. Chaque pays a sa vision. Mais pour nous, c’est inacceptable.

La Marseillaise : Vous parliez du blocus des États-Unis, des containers ont justement été envoyés par la CGT, par le PCF pour soutenir Cuba. À quel point cette solidarité compte pour vous ?

Otto Vaillant Frías : C’est très important, parce nous avons eu un ouragan récemment qui a fait des énormes dégâts. Nous avons dû protéger la vie de 1,2 million de personnes dans des écoles, dans des endroits publics. Mais après son passage, 150 000 personnes ont perdu leurs maisons, plus de 50 000 habitations ont été détruites. C’est très compliqué de faire face à cette situation. C’est dans ce moment si difficile que l’on reçoit le soutien du Parti communiste français, des organisations de solidarité qui envoient des dons, des médicaments pour aider ces gens. Cela, c’est pour l’aspect matériel. Mais il y a une solidarité en France qui est très importante pour nous, c’est la solidarité politique, celle du Parti communiste français, de la CGT ou des autres partis politiques et organisations de solidarité. C’est le résultat d’années de solidarité et d’amitié, qui compte énormément pour Cuba.

La Marseillaise : Quels sont les besoins principaux pour Cuba aujourd’hui, dans ce contexte ?

Otto Vaillant Frías : C’est le droit à l’autodétermination, l’indépendance, la défense de la souveraineté nationale. Ce sont des principes non négociables. Le droit aux peuples à choisir leur destin, sans l’intermission de pays tiers, le droit au développement, le droit à la vie, le droit à la non-intervention, le droit à la non-ingérence de forces militaires sur son territoire… Pour Cuba, c’est absolument nécessaire qu’il y ait une concertation du monde entier concernant la politique menée aujourd’hui par les États-Unis. Hier, c’était le Venezuela. Mais demain on ne sait pas où ils vont intervenir. Vous avez vu les informations hier [mercredi, Ndlr.] sur les envies des États-Unis concernant le Groenland… Et après le Groenland, qui sera visé ? Il y a une envie d’expansion territoriale des États-Unis vers l’Europe, c’est quelque chose de nouveau, qui devrait faire réagir.

La Marseillaise : Que faudrait-il faire pour garantir ces droits ?

Otto Vaillant Frías : Il faudra pour commencer réunir les Nations Unies, le Conseil de Sécurité, pour que le monde entier parle. Il faut un mouvement international pour arrêter la folie des Américains, de Trump. Aujourd’hui, on se bat pour l’avenir du monde. À l’intérieur de l’administration américaine il y a des gens qui veulent faire la guerre, qui veulent tout détruire. Cela va continuer sans arrêt. Ils ont une liste de territoires, de pays où ils veulent agir. Ils voient où sont les terres rares, où est le lithium, et ils veulent aller chercher ces ressources par n’importe quel moyen. Soit ils les achètent, soit ils envoient des troupes et tuent, kidnappent n’importe qui pour faire ce qu’ils veulent. Ce n’est pas possible, c’est un ordre international injuste, qui doit changer.

La Marseillaise : Vous avez de l’espoir justement que les États-Unis reviennent à la raison ?

Otto Vaillant Frías : Donald Trump ne respecte personne. Il ne respecte pas le droit international, il ne respecte pas les Nations Unies, il ne respecte pas les pays non plus. C’est une terrible réalité. J’espère qu’on arrivera à changer cela. J’ai sincèrement de l’espoir. Il ne sera pas toujours là. Mais le fait qu’il reste trois ans encore au pouvoir ne doit pas lui donner de chèque en blanc pour qu’il puisse faire n’importe quoi. Il faut qu’il respecte le droit, y compris celui de son propre pays.

Propos recueillis par Yves Souben (La Marseillaise, le 9 janvier 2026)