Les salariés de l’énergie manifestent leur colère (L’Indep)

Hier, à Perpignan, entre 100 et 150 personnes se sont réunies en fin de matinée devant la préfecture dans le cadre du mouvement de grève national des salaries de l’énergie. Les menaces qui planent sur le tarif préférentiel accordé aux agents pour l’électricité et le gaz étaient au cœur de la contestation.

Barnum installé sur le quai Sadi-Carnot, pétards SNCF, fumigènes… Les salariés de l’énergie (Enedis, GRDF, EDF, Société hydroélectrique du Midi…) n’ont pas fait les choses à moitié lors du rassemblement organisé ce mardi matin devant la préfecture de Perpignan. Entre 100 et 150 personnes étaient au rendez-vous. La CGT Mines-Énergie revendique un taux de grévistes de 15 % dans le secteur.

Tout est parti d’un récent rapport de la Cour des comptes qui pointe entre autres du doigt le coût du tarif préférentiel accordé depuis 1946 aux salariés de l’énergie pour l’électricité et le gaz. Un tarif que la Cour des comptes préconise de plafonner et de fiscaliser davantage. « Ils veulent le supprimer par étapes », soupçonne le secrétaire départemental de la CGT Mines-Énergie, Philippe Antico. « Nous sommes attaqués frontalement. Le « tarif agent », qui nous permet de ne payer que 10 % de la facture d’électricité, est l’une des composantes de notre salaire. Ce tarif vise à compenser le fait que les salaires sont plus faibles que pour les mêmes tâches dans le privé ».

Pour les travailleurs mobilisés, les menaces qui planent sur le tarif agent, dont bénéficient également les retraités du secteur, sont tout simplement incompréhensibles. « On paye déjà des impôts dessus », souligne le délégué syndical central de GRDF, Sébastien Raya. « On a une grille de salaire qui n’est pas folichonne. Son entrée est en dessous du Smic. Le tarif agent est l’un des éléments qui fait qu’on a en fin de compte quelque chose de correct ».

Le syndicaliste souligne également que les entreprises du secteur ont déjà du mal à recruter et que réduire le pouvoir d’achat des agents n’arrangerait pas la situation.

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 16 septembre 2026)

Fabrice Coudour. « L’attaque contre le « tarif agent » dans l’énergie est un contre-feu politique » (La Marseillaise)

Fabrice Coudour est secrétaire général de la Fédération nationale des mines et de l’énergie CGT (FNME-CGT). Il analyse les raisons de la mobilisation des travailleurs des industries électriques et gazières, avec une grève, ce mardi.

La Marseillaise : Pourquoi les agents du secteur de l’énergie se mobilisent-ils ce mardi ?

Fabrice Coudour : Avant toute chose, il faut mesurer que les attaques en direction des agents, et retraités, de l’énergie sont successives depuis plusieurs années. C’est bien un ensemble d’attaques qui fait qu’aujourd’hui, la coupe est pleine. Cette année, cela se concentre sur le tarif particulier, que l’on appelle plus communément le « tarif agent ». Mais ce n’est que le dernier épisode d’une longue liste : fin de notre régime spécial lors de la réforme des retraites de 2023, puis des attaques sur notre caisse de retraite à la fin de l’année dernière, mais aussi contre la gestion de nos œuvres et actions sociales… Pendant plus d’une année, nous avons aussi eu d’âpres négociations autour de notre grille salariale, qui commence en dessous du Smic ! Et la dernière en date, l’attaque de cet été, contre notre tarif agent.

La Marseillaise : Concrètement, qu’entend faire le gouvernement concernant le tarif agent ?

Fabrice Coudour : L’attaque prend deux formes : la première vient avec un rapport de la Cour des comptes en direction des ressources humaines d’EDF, avec treize recommandations en son sein, dont une sur le tarif agent et qui pointe une soi-disant fiscalisation incorrecte. La seconde est une injonction de la procureure de la Cour des comptes en direction du directeur de la Sécurité sociale, toujours sur le tarif agent. C’est une procédure juridique, un processus légal, qui concerne l’ensemble du secteur et qui implique une réponse du directeur de la Sécu. On voit bien là qu’on est sur deux attaques coordonnées, qui s’appuient l’une sur l’autre. Ce tarif est bien plus qu’un totem du statut des travailleurs des industries électriques et gazières.

La Marseillaise : En quoi cette attaque ne passe pas pour les travailleurs du secteur ?

Fabrice Coudour : C’est une attaque politique : c’est contre notre contrat social, contre notre statut. Ce tarif particulier fait partie intégrante de notre contrat de travail, il est déjà fiscalisé. C’est aussi un élément de rémunération alors que nos salaires sont en dessous de ceux de nos homologues du privé. Il faut mettre ça au regard des contraintes de notre travail : les astreintes, les 3×8, les heures supplémentaires… Les électriciens et gaziers sont sur le terrain, pour remettre en état le réseau lorsqu’il y a des tempêtes, la canicule, des inondations. Sur les incendies, ce sont les agents de l’énergie qui arrivent les premiers après les pompiers. Tous les jours de l’année, ce sont eux qui assurent le service public de l’énergie, 24 heures sur 24. Ce tarif agent est donc une juste reconnaissance au regard de cela. Surtout, cet « avantage » ne représente rien sur les factures des usagers, moins d’1 %. Supprimer le tarif agent ne fera pas baisser les factures d’énergie des Français. Par contre, le gouvernement et ses chiens de garde ne parlent jamais de l’irrégularité des règles fiscales sur les factures. Je rappelle que toutes les factures, depuis un an, sont taxées à 20 % de TVA, alors même que les biens de première nécessité doivent être taxés à 5,5 %, selon le Code des impôts. On pourrait aussi rappeler qu’en 25 ans, on a atteint 100 milliards de dividendes versés aux actionnaires dans les entreprises du secteur… Cette attaque est en réalité un contre-feu politique.

La Marseillaise : Vous utilisez le terme de « contre-feu politique ». Pourquoi ?

Fabrice Coudour : Car cela participe à une division des travailleurs entre eux, à agiter l’opinion publique et détourne des vrais sujets. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde sur le fait que la transition énergétique et écologique sont des enjeux majeurs. Il y a donc une nécessité de filières, d’emplois et donc de recrutements pour faire face à ces enjeux. Mais avec quelle attractivité va-t-on attirer de nouveaux travailleurs s’ils rabotent tous nos conquis sociaux, qui sont des éléments d’attractivité ? Je le répète, nous avons une grille de salaires qui débute en dessous du Smic. C’est un contre-feu car ils tapent toujours en bas de l’échelle, tout en fermant les yeux sur les aides publiques aux grandes entreprises, de 211 milliards. Alors que les travailleurs de l’énergie, et la FNME-CGT en tête, ont toujours défendu la baisse des factures pour les usagers. En réalité, nous faisons partie des corporations à abattre, comme les cheminots l’ont été précédemment.

Entretien réalisé par Amaury Baqué (La Marseillaise, le 15 septembre 2026)