Romain Pitelet. « Nous sommes à la SNCF dans un état d’urgence sanitaire » (La Marseillaise)

Romain Pitelet, secrétaire général adjoint de la CGT cheminots, dénonce les réorganisations successives qui ont conduit à une situation alarmante. Les fédérations des cheminots de la CGT, de l’Unsa, de Sud et de la CFDT ont déposé un préavis de grève unitaire à la SNCF, pour le 10 juin, en dénonçant une politique d’entreprise anxiogène après une vague de suicides.

La Marseillaise : Vous appelez les cheminots à la grève, ce mercredi 10 juin, avec un mouvement unitaire. Quel a été le déclencheur ?

Romain Pitelet : Nous observons une dégradation de plus en plus visible de la situation sociale et sanitaire de l’ensemble des cheminots à la SNCF. Depuis plusieurs années, ils subissent des réorganisations importantes, des déstructurations des collectifs de travail, une diminution de plus en plus forte des moyens. Cela amène à des tensions, auxquelles s’ajoute le désengagement de l’État sur la question du ferroviaire. Et il y a la question de l’ouverture à la concurrence, de la filialisation, du transfert de personnels, qui sont des épreuves pour les salariés. Cela amène à un climat de souffrance extrêmement fort, qui dure depuis plusieurs mois. Au fil des combats locaux, des mobilisations de proximité, que ce soit pour défendre une gare, une ligne, des emplois, des conditions de travail, petit à petit, il y a une colère qui monte de plus en plus, partagée par l’ensemble des organisations syndicales qui, depuis des mois, interpellent la direction de la SNCF. À cette heure, le peu de réponses apportées ne suffisent pas à régler la situation. Nous sommes dans un état d’urgence sanitaire extrêmement préoccupant.

La Marseillaise : Comment se manifeste cette urgence sanitaire au quotidien ?

Romain Pitelet : Cela s’exprime de la manière la plus dramatique. Le sujet des suicides a fait la Une de l’actualité [douze suicides de cheminots ont été recensés en quatre mois au début de l’année, Ndlr.], mais ce n’est que la partie visible de l’iceberg. La situation est grave aussi bien chez les employés, les ouvriers, les agents de maîtrise, que chez les cadres, y compris supérieurs. Nous ne nous retrouvons plus dans la politique menée dans l’entreprise SNCF et, plus globalement, dans l’ensemble des entreprises de la branche ferroviaire. Les statistiques internes montrent une hausse des arrêts de travail, une hausse des risques psychosociaux, une augmentation des burn-out… De nombreux cheminots, y compris de l’encadrement, viennent nous voir et font état de situations totalement folles dans leur quotidien, ils font et défont leur travail en permanence, ou sont placardisés… Nous sommes dans une situation qui rappelle les processus qui ont eu lieu dans d’autres entreprises, qui ont amené à des drames. Nous ne voulons pas en arriver là. Nous avons alerté à de multiples reprises la direction de la SNCF sur des mesures d’urgence, avec un moratoire sur l’ensemble de ces réorganisations, l’arrêt de la concurrence. Et il y a la question salariale, exacerbée par le retard de paiement du travail des cheminots depuis plusieurs années, pas à la hauteur de la reconnaissance de leurs qualifications.

La Marseillaise : Pourquoi la SNCF pousse-t-elle ces réorganisations ?

Romain Pitelet : La plupart du temps, il s’agit d’accroître la productivité non pas pour améliorer le service -on voit le service public se dégrader- mais pour une raison simple : la SNCF se met en disposition pour pouvoir répondre à des appels d’offres. Donc il faut saucissonner, étanchéifier un certain nombre de sujets de production et pressurer les cheminots pour qu’il y ait des bénéfices sortis. Le système libéral amène jusqu’à tenter de sacrifier un certain nombre de sujets de sécurité, un élément fondamental du métier de cheminot.

La Marseillaise : Quels sont ces risques pour la sécurité ?

Romain Pitelet : Cela peut-être des sujets réglementaires : essayer de rogner des repos, allonger de manière forcée le temps de travail, rogner sur la question de la formation professionnelle. Nous embauchons beaucoup à la SNCF, mais conduire des trains, entretenir des voies, faire un poste d’aiguillage, être sur les quais demande une connaissance très fine du milieu ferroviaire. C’est un milieu dangereux et donc il faut une formation extrêmement solide. Les signes envoyés vont en permanence vers un rabougrissement de cette formation, pour des questions de coûts. On le voit dans toutes les entreprises du ferroviaire, avec des tentatives de formations de conducteurs en cinq mois, alors que notre critère, ce sont des formations de douze mois. C’est extrêmement dangereux pour la cohérence de l’ensemble du système.

La Marseillaise : Vous parliez de l’ouverture à la concurrence du rail. Quelles conséquences observez-vous ?

Romain Pitelet : Il y a le sujet de la gabegie financière. Le comité central d’entreprise a diligenté une expertise sur les surcoûts de la concurrence. Ce document a bousculé le gouvernement et les directions d’entreprises parce qu’il montre un système absurde de mise en concurrence dans un système qui doit être intégré. Oui, la concurrence coûte plus cher que de maintenir une entreprise publique intégrée. Le deuxième aspect, c’est sur la qualité du service : en rabougrissant les moyens, on ferme une gare, des dessertes, on met en danger des lignes qui pourraient faire circuler des trains. Dans le centre de la France, autour de Limoges, les associations d’usagers, avec la CGT cheminots, font de multiples initiatives parce que, bientôt, il n’y aura plus de train dans le Limousin. Et il y a le quotidien, le prix du billet qui s’envole parce qu’il faut que la machine à cash fonctionne à plein, que ce soit à la SNCF ou pour les autres entreprises. On pressure les cheminots sur les droits, on pressure les autres usagers en baissant du service : c’est ça la réalité de la concurrence.

La Marseillaise : Il y avait déjà eu des mobilisations nationales pour le fret ferroviaire. Où en sommes-nous ?

Romain Pitelet : Nous alertons jusqu’à la direction de la SNCF parce que nous avons des possibilités de reprendre un certain nombre de trafics, voire d’en créer de nouveaux, mais la direction de Rail et logistique Europe, l’antenne fret de la SNCF, ne se positionne pas dessus. Il faut du sérieux, les enjeux environnementaux sont importants. La bataille continue aussi sur les sites, pour le maintien des triages, des wagons, des locomotives, qu’on ne brade pas cet outil indispensable.

La Marseillaise : Quelle mobilisation attendez-vous pour le 10 juin ?

Romain Pitelet : Nous attendons une forte mobilisation parce qu’elle est unitaire. Les quatre organisations syndicales ont pris leurs responsabilités et il faudra qu’elles le fassent après les annonces que pourrait faire le président de la SNCF, Jean Castex. On sent une température qui monte, les initiatives, les appels locaux, complétés par les appels unitaires au niveau national créent un climat de conflit qui s’annonce extrêmement fort. Nous appelons la direction de la SNCF à nous recevoir le plus rapidement possible pour que nous puissions avoir de réelles négociations. Sur les points portés par les organisations syndicales, nous avons des propositions, nous sommes ouverts à la discussion et nous pouvons avancer rapidement sur un certain nombre de sujets, pour régler la situation.

La Marseillaise : Quelles propositions mettez-vous sur la table ?

Romain Pitelet : Sur les questions de salaires, on ne peut pas se contenter de primes. Il y a aussi les questions de formation, du maintien des droits des cheminots qui sont transférés, et le maintien de l’unicité de l’entreprise qui doit perdurer. C’est un outil public dont on va tous avoir de plus en plus besoin dans les années à venir. Nous ne voulons pas hypothéquer l’avenir, contrairement à ce que certains veulent faire. Mais, aujourd’hui, l’urgence, c’est la situation sanitaire des cheminots, leurs conditions de travail, que l’on remette le sens du travail au cœur des discussions.

Propos recueillis par Yves Souben (La Maseillaise, le 8 juin 2026)

Occitanie. SNCF : un centre régional de maintenance sur les rails (L’Indep)

Les cheminots de Béziers sont mobilisés autour d’un important projet d’implantation d’un centre de maintenance régional du matériel ferroviaire, sur le site du Capiscol.

Dans le cadre des discussions menées entre la Région Occitanie et la compagnie ferroviaire nationale, ces dernières annoncent en effet avoir obtenu la réalisation d’une étude de faisabilité autour de ce projet.

La création de plus de 300 emplois à la clé

Un premier pas qui les réjouit alors que les partenaires n’étaient pas enclins à les suivre jusqu’à présent.

L’enjeu est la création de 80 emplois directs et « au moins trois fois plus d’indirects » selon Julien Rader, le secrétaire de l’Union locale CGT Béziers. Sollicitée, la SNCF n’a pas développé, pour l’heure, sa position sur le dossier.

L’Indépendant, le 29 avril 2026

« Il y a 84 ans Pierre Sémard, cheminot CGT, était assassiné par les nazis » (L’Indep)

La date du 7 mars 1942 est inscrite dans le marbre. Hier, en gare de Perpignan, les syndicalistes CGT cheminots ont rendu hommage à Pierre Sémard, secrétaire général de la fédération fusillé par les nazis à l’âge de 55 ans. Rappelant que son nom et son exemple sont synonymes de « plus de 30 années de luttes, de combats et de sacrifices ».

Il est tombé en héros sous les balles ennemies. C’était le 7 mars 1942, à la prison d’Évreux. Pierre Sémard, 55 ans, était un syndicaliste français, secrétaire général de la Fédération des cheminots CGT et dirigeant du Parti communiste français, dont il fut secrétaire général de 1924 à 1929. Un homme de valeurs et de courage. Un héros de l’Histoire dont, 84 ans plus tard, la mémoire est à nouveau honorée par les cheminots de la France entière.

En gare de Perpignan, une cérémonie commémorative en son hommage s’est déroulée ce samedi 7 mars 2026 en matinée, face a la stèle en forme de roche érigée près du quai de la voie A.

Le porte-parole des cheminots, Mikaël Meusnier, a également évoqué la mémoire des « 8 938 cheminots qui y ont laissé la vie, des 15 977 qui ont été blessés pour faits de résistance et des 1 157 qui sont morts en déportation pour le simple fait d’avoir lutté pour la paix, l’indépendance et la liberté de notre pays ».

Il détaillait, « l’histoire nous montre qu’oublier les leçons tragiques du passé peut nous conduire à les revivre : les événements actuels prouvent qu’à tout moment le monde peut basculer dans l’horreur. Le racisme, la haine, le nationalisme et le refus de la différence peuvent conduire aux pires exactions ». Et revenant sur « le parcours exemplaire » de Pierre Sémard, il rappelait : « se souvenir de lui et l’honorer, c’est aussi, à notre niveau, faire acte de volontarisme pour défendre les mêmes valeurs humaines et le même ouvrage pour la paix ». Imaginant : « lui qui a été emprisonné pour avoir combattu la guerre au Maroc serait certainement atterré de constater à quel point les idées « coloniales » ont pu évoluer ».

Et de conclure sur une note sans ambiguïté : « rendre hommage à Pierre Semard doit se traduire par notre engagement sans faille contre les puissances financières et patronales et les forces politiques à leur solde. Poursuivre son œuvre aujourd’hui signifie aussi d’amplifier nos batailles sur l’emploi, les salaires et les retraites. »

Valérie Pons (L’Indépendant, le 8 mars 2026)

Communiqué du Syndicat CGT Cheminots de Perpignan. Retour du Train entre Perpignan et Villefranche

Ce samedi 24 janvier, les trains reliant Perpignan à Villefranche seront de retour. Il aura fallu attendre plus d’un an et demi après l’accident qui a endommagé le Pont d’Eus, pour que les circulations reprennent.

Depuis le début, le syndicat CGT des cheminots de Perpignan a dénoncé les délais anormaux avec des blocages administratifs mais surtout l’inaction de l’État face aux besoins des usagers du train et des citoyens utilisateurs du fameux Pont d’Eus.

Les usagers de la ligne vont enfin pouvoir retrouver leurs trains sur la totalité du parcours et ainsi mettre fin aux galères de correspondances avec les bus à Ille-sur-Têt ou tout simplement éviter les bouchons sur les routes pour aller travailler.

Aujourd’hui, nous saluons cette réouverture, mais nous restons mesurés car depuis de nombreux mois nous alertons sur l’insuffisance des moyens pour assurer l’ensemble des trains sur la totalité de la ligne, ainsi que le plan de transport nominal.

Pour rappel, si la fermeture partielle de la ligne a eu pour conséquence naturelle une diminution des moyens pour assurer les trains entre Perpignan et Ille-sur-Têt, dans cette même période les usagers ont subi des suppressions de trains (entre 25 et 30 %) par manque de personnel.

À partir du 24, la réouverture jusqu’à Villefranche est conditionnée par le retour sur cette ligne d’une rame TER ainsi que 2 conducteurs et 2 contrôleurs. Aujourd’hui la Direction ne souhaitant pas garantir ces conditions, le plan de transport quotidien sur la ligne sera une nouvelle fois fortement dégradé.

Mais soyons rassurés pour la journée du 24 janvier. La Direction va déployer un dispositif important pour s’assurer que l’inauguration en présence du PDG de la SNCF Jean Castex du préfet et de nombreux élus, se passe sans accroc. Tous les postes seront doublés avec des astreintes et plusieurs rames seront à disposition en cas de panne. Le train sera bien présent, tout beau et tout propre, bien accompagné en sécurité et sûreté avec des effectifs en nombre important. Mais qu’en sera-t-il après le 24 ?

La CGT appelle les cheminots à participer avec les associations d’usagers, les usagers, les citoyens et les élus politiques à cette inauguration. Mais contrairement à certains élus politiques et représentants de la Direction, nous continuerons à alerter sur les problèmes que les cheminots et usagers subissent au quotidien et nous resterons évidemment mobilisés afin de revendiquer des moyens pour assurer un service public de qualité sur cette ligne.

Perpignan le 19/01/2026