L’édito du webzine. La Révolution noyée sous l’armement

Ce 14 juillet 2026, notre fête nationale a été pris en otage par le grondement des chars, le vrombissement des avions de chasse et l’étalage des drones et des armes. Les Champs-Élysées, transformés en vitrine militaro-industrielle, ont réduit au silence la promesse de 1789, cette exigence d’abolir les privilèges, de conquérir l’égalité et la fraternité.

Un 14 juillet a célèbré l’économie de guerre, la course aux armements, la politique de la force. Un président proclame la primauté des budgets de défense sur les droits sociaux, comme si la santé, l’éducation, la sécurité sociale ou l’urgence écologique n’étaient que des accessoires négligeables.

La République puise sa raison d’être dans les idéaux de 1789, prolongés en 1848 et lors de la Commune de Paris. C’est un ensemble d’institutions, de droits et de devoirs qui forment la démocratie. Aujourd’hui, elle est malmenée, menacée. Les inégalités explosent, les privilèges des plus riches deviennent indécents, et l’extrême droite se présente désormais comme une alternative crédible au pouvoir, prête à aggraver les injustices du système.

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 a été un cri pour la liberté, pour l’égalité, pour la fraternité, pour la souveraineté du peuple, pour le droit à la révolte contre l’oppression. Après l’abolition des privilèges et l’avènement de la souveraineté nationale, la Révolution a ouvert la voie à des conquêtes majeures : la citoyenneté pour tous, l’accès de tous aux fonctions publiques, le divorce, les droits des enfants naturels, le suffrage universel, l’abolition de l’esclavage et à une éducation gratuite et obligatoire pour tous.

Poursuivre le 14 juillet 1789

Mais la Révolution n’a pas tout résolu. L’esclavage a mis un demi-siècle à être aboli. La liberté de conscience a souvent été bafouée. Les femmes, les ouvriers, les colonisés ont dû attendre des décennies, voire des siècles, pour que leurs droits soient reconnus.

Faire du 14 juillet un simple défilé militaire, c’est oublier que la pauvreté, le racisme, la xénophobie et l’ignorance sont les pires ennemis de la démocratie. Rien n’est jamais acquis. Chaque avancée progressiste est le fruit d’un processus long, difficile, toujours menacé. Aujourd’hui, alors que des monstres nouveaux se profilent à l’horizon -crises climatiques, prolifération des armes, montée des autoritarismes-, des mouvements émancipateurs émergent partout : les femmes luttent pour leur égalité pleine et entière, les jeunes se mobilisent pour le climat, des paysans et des chercheurs défendent la biodiversité, des ouvriers réclament le pouvoir sur leur travail, des prolétaires du clic ou de la logistique cherchent à s’unir au-delà des frontières, des militants de la paix exigent que l’argent des bombes soit redirigé vers la vie.

La République de demain doit être une civilisation nouvelle. Dans un pays aussi riche que la France, l’urgence est de rassembler. Deux cent trente-sept ans après 1789, la même question se pose à nous : alors que le capitalisme est à bout de souffle et menace l’avenir de l’humanité, n’est-il pas temps d’ouvrir la voie du post-capitalisme ? D’inventer un processus communiste adapté à notre époque ?

La soif d’émancipation ne peut être étouffée sous les bruits des défilés militaires, qui ne disent rien de l’esprit de 1789. La Révolution française reste une source d’inspiration inépuisable. À nous de la faire vivre.

Dominique Gerbault