Lille. 35 congrès après

En juin 1926, la ville de Lille accueille le 5ᵉ Congrès du Parti communiste – Section française de l’Internationale communiste (PC-SFIC). Cet événement marque un tournant dans l’organisation et l’identité du parti, alors en pleine structuration au sein du mouvement ouvrier international.

Fondé en décembre 1920 lors du Congrès de Tours, le PC-SFIC est la branche française de la IIIᵉ Internationale (Komintern), créée sous l’impulsion de Lénine pour unifier les partis communistes à l’échelle mondiale. Six ans plus tard, le congrès de Lille est l’occasion de réviser les statuts du parti et de renforcer son ancrage idéologique et organisationnel.

L’un des points centraux de ce congrès concerne la modification de l’Article 1 des statuts, qui définit l’appellation officielle du parti. La proposition soumise aux délégués stipule : « Le Parti communiste de France, section française de l’Internationale communiste, se nomme Parti communiste français, section de l’Internationale communiste (PCF-SFIC). »

Cette formulation, bien que redondante, souligne l’appartenance indéfectible du parti à l’Internationale communiste, tout en affirmant son identité nationale. Aucun changement de nom n’est acté à cette date : le parti conserve son appellation liée à la Komintern. Il faudra attendre 1943, après la dissolution de l’Internationale, pour que le PC-SFIC devienne officiellement le Parti communiste français (PCF).

Le congrès de Lille rassemble les principales figures du parti, reflétant la diversité des courants et des régions représentées. Parmi les titulaires (membres dirigeants) présents, on retrouve :

  • Pierre Sémard, secrétaire général, figure centrale du parti ;
  • Marcel Cachin, fondateur du PC-SFIC et directeur de L’Humanité ;
  • Jacques Doriot, futur dissident mais alors cadre influent ;
  • Maurice Thorez, qui deviendra plus tard le leader emblématique du PCF ;
  • Georges Marrane, Louis Sellier, Jean Crémet, Gaston Monmousseau, Lucien Midol, Jean Renaud, Édouard Dudilieux, Julien Racamond ;
  • Un représentant de la Région parisienne et un des Jeunesses communistes, probablement Henri Barbé, jeune militant en ascension.

Cette assemblée illustre l’unité relative du parti à cette période, malgré les tensions internes qui émergeront dans les années suivantes.

Quelques jours avant le congrès national de Lille, la Fédération des Pyrénées-Orientales du PC-SFIC tient son propre congrès à Cabestany. Cet événement local, moins documenté, s’inscrit dans la préparation des travaux nationaux et témoigne de l’activité militante dans le département. Il permet aux militants des Pyrénées-Orientales de débattre des orientations et de désigner leurs représentants pour Lille.

Le début des années 1920 est une période de consolidation pour le PC-SFIC, marqué par :

  • L’affirmation de son identité révolutionnaire face à la social-démocratie ;
  • Les débats internes sur la stratégie à adopter (alliances, action syndicale, rapport avec l’URSS) ;
  • La montée des tensions avec les autres forces de gauche, notamment la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière).

Le 5ᵉ Congrès de Lille s’inscrit dans cette dynamique, avec pour objectif de renforcer la discipline interne et de clarifier la ligne politique du parti, dans un contexte international marqué par les suites de la Révolution russe et les premières crises du capitalisme.

Le congrès de Lille de 1926 reste un moment fondateur pour le mouvement communiste français. Bien que les statuts n’aient pas changé de nom, les débats de cette période ont posé les bases de l’organisation et de l’identité du PCF, tel qu’il se structurera dans les décennies suivantes.

Aujourd’hui, alors que le PCF prépare son 40ᵉ Congrès en 2026, l’histoire de ces rassemblements rappelle l’importance des congrès comme lieux de démocratie interne et de définition collective.

Dominique Gerbault d’après les notes de Jacques Majester